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Algérie: les imams créent leur syndicat pour contrer les salafistes

Les autorités algériennes ont récemment autorisé un syndicat d'imams des mosquées pour leur permettre de protéger la pratique religieuse en Algérie, où domine le malékisme, une école de l'islam sunnite afin de contrer l'influence d'autres courants, notamment salafistes.

Pour cheikh Djeloul Hadjimi, secrétaire général de ce premier syndicat, la corporation aura pour "mission de défendre les droits matériels et moraux des imams et de dresser un rempart contre les idées importées, salafiste ou autres".

Autour d'une tasse de thé et des dattes, le prédicateur reçoit à la mosquée El Fodhil El Ouarthilani, en plein quartier bourgeois de Télémly à Alger. Ses fidèles sont en quête d'une fatwa (décret religieux), d'un conseil où d'une aide matérielle.

D'autres hôtes souffrant de troubles psychologiques, des jeunes candidats au suicide viennent aussi le consulter.

Mais depuis l'annonce de la création du syndicat le 17 mars, il a du mal à gérer son agenda et son téléphone n'arrête pas de sonner.

"Nous avions crée en 1999 un premier syndicat, Ligue algérienne des imams et des ulémas, mais nous n'avons pas eu d'agrément" à l'époque, déclare M. Hadjimi à l'AFP.

Le pouvoir craignait alors que les mosquées ne deviennent des arènes politiques avec une réédition du scénario du début des années 1990 quand le Front islamique du Salut (FIS, dissous) avait pris le contrôle de la majorité des mosquées du pays.

Le FIS avait ainsi remporté haut la main les élections municipales de juin 1990 avant de se positionner en vainqueur des législatives de décembre 1991 que les militaires avaient annulées dès la fin du premier tour. Ce qui avait plongé le pays dans une guerre sanglante de plus de dix ans entre l'armée et des groupes islamistes radicaux, encore actifs aujourd'hui dans le Sahel.

"Nous avons attendu jusqu'à 2012 et décidé de créer un syndicat affilié à la centrale syndicale: l'Union générale des Travailleurs algériens" (UGTA, reconnu), a précisé le prédicateur.

"Les Algériens observent le rite malékite. L'imam doit s'y conformer. Il n'a pas le droit de propager des idées venues d'ailleurs, salafistes, wahabites ou chiites", estime-t-il.

Mieux protéger l'islam traditionnel

Le wahabisme, islam ultra-rigoriste qui a donné naissance au salafisme, est pratiqué en Arabie saoudite, le chiisme est dominant en Iran et Irak, mais le malékisme est très présent en Afrique du Nord.

Les représentants du salafisme en Algérie se plaignent de ne pouvoir accéder aux tribunes des mosquées et exprimer leurs idées.

Leurs imams "sont interdits de prêche dans les mosquées", affirme le responsable du "Front de l'Eveil libre" (salafiste), Abdelfettah Ziraoui Hamdache.

De nombreux imams contestent la référence au seul malékisme, un des quatre rites sunnites pratiqués en Algérie, et défendent le droit de prêche salafiste.

"Nous sommes en faveur de fetwas préservant l'unité du pays même si elles sont en contradiction avec le rite malékite", a déclaré à l'AFP l'imam de la mosquée de Bachadjarrah, un quartier populaire au sud d'Alger, cheikh Djamal Foughal.

Les affaires religieuses en Algérie emploient quelque 50.000 fonctionnaires, dont 30.000 imams répartis dans 20.000 mosquées, selon M. Hadjimi. Le salaire des prédicateurs oscille entre 18.000 et 40.000 dinars (entre 180 et 400 euros).

L'Algérie, pays de quelque 37 millions d'habitants, est presque entièrement musulmane.

Deux ans après la révolte contre le régime de Zine el Abidine Ben Ali, la Tunisie voisine, est elle, confrontée à l'essor des salafistes jihadistes, responsables selon les autorités, de l'attaque de l'ambassade américaine en septembre 2012 et de l'assassinat de l'opposant Chokri Belaïd le 6 février.

AFP

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