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Rebelle de la Séléka devant le palais de François Bozizé le 25 mars 2013. REUTERS/Ange Aboa
Rebelle de la Séléka devant le palais de François Bozizé le 25 mars 2013. REUTERS/Ange Aboa

La dictature du Séléka s'annonce bien, elle aussi

Le tombeur de François Bozizé compte gouverner la Centrafrique à coup d'ordonnances durant les trois prochaines années.

Le nouvel homme fort de Centrafrique, le chef de la rébellion Séléka, Michel Djotodia, a annoncé lundi 25 mars qu'il allait suspendre les institutions du pays et légiférer par ordonnances pendant trois ans, au lendemain d'un coup de force condamné par la communauté internationale.

«J'estime nécessaire de suspendre la Constitution du 27 novembre 2004, de dissoudre l'Assemblée nationale ainsi que le gouvernement. Pendant cette période de transition qui nous conduira à des élections libres, crédibles et transparentes, je vais légiférer par ordonnances», a déclaré M. Djotodia dans un discours très attendu devant la presse.

Si M. Djotodia ne s'est pas explicitement autoproclamé président de la République, il se pose clairement en nouveau maître du pays.

«En respectant l'esprit des accords de Libreville, je vais reconduire le Premier ministre (Nicolas Tiangaye), chef du gouvernement d'union nationale dans ses fonctions», a-t-il déclaré.

«Michel Djotodia est le nouveau président, c'est acquis. L'opposition le reconnaît», a pour sa part déclaré le porte-parole du gouvernement d'union nationale, Crépin Mboli Goumba, opposant au régimé Bozizé, joint par l'AFP.

Agé d'une soixantaine d'années, M. Djotodia est un ancien fonctionnaire et diplomate —il a notamment été consul de Centrafrique au Soudan— qui avait basculé dans la rébellion, en devenant l'un des principaux animateurs depuis 2005.

Le 10 décembre 2012, la rébellion avait lancé une première offensive dans le nord du pays et enchaîné victoire sur victoire face aux forces gouvernementales désorganisées, avant de stopper sa progression sous la pression internationale à 75 km au nord de Bangui.

Dans le respect des accords de Libreville

A la suite de cette offensive, l'accord de paix signé le 11 janvier à Libreville mettait en place un gouvernement d'unité nationale composé du clan au pouvoir, des rebelles et de l'opposition. Mais les rebelles affirment qu'il n'a pas été respecté par le régime Bozizé.

«Nous nous engageons à conduire désormais les destinées du peuple centrafricain pendant cette période de transition consensuelle de trois ans conformément aux accords politiques de Libreville», a-t-il ajouté avant d'énumérer les principaux objectifs du prochain gouvernement, notamment «restaurer la paix».

De son côté, le Conseil de sécurité de l'ONU a «fermement condamné la prise de contrôle par la force» en République centrafricaine et a «demandé la restauration de l'ordre constitutionnel» et l'application des accords de Libreville.

L'Union africaine a suspendu la participation de la Centrafrique à l'organisation. Elle a également imposé des sanctions contre sept responsables de la coalition rebelle Séléka, dont Michel Djotodia.

Les Etats-Unis ont condamné lundi «la prise du pouvoir par la force de la coalition rebelle de la Séléka et la nomination d'un président par la Séléka hors d'un cadre constitutionnel», sans toutefois appeler au retour au pouvoir du président Bozizé.

Paris a condamné «le recours à la force ayant abouti à la prise de pouvoir» en Centrafrique.

L'Union européenne a qualifié d'«inacceptable» le changement «par la force» du gouvernement en Centrafrique et appelé à «cesser immédiatement toutes les hostilités, à faire preuve de retenue et à contribuer au rétablissement de l'ordre public».

Deux Indiens tués par erreur

Michel Djotodia a annoncé l'instauration d'un couvre-feu de 19h à 6h et des patrouilles pour sécuriser la capitale, toujours en proie à la violence et aux pillages. Témoignant de la confusion qui règne dans la ville, deux Indiens ont été tués par erreur par des soldats français chargés de la protection de l'aéroport de Bangui, a annoncé le ministère français de la Défense. Il a déploré «un drame». Un autre Indien et un Tchadien ont également été blessés, a-t-on ajouté.

Les forces françaises sont intervenues «dans une situation particulièrement confuse contre trois véhicules» qui menaçaient de pénétrer dans l'aéroport alors même qu'elles venaient d'être l'objet de tirs d'origine inconnue», écrit le ministère.

Le Premier ministre indien Manmohan Singh a fait part mardi 26 mars de sa «profonde tristesse» après la mort de ses deux compatriotes. Singh a précisé avoir reçu une lettre du président français François Hollande lui faisant part de ses regrets et lui assurant qu'une enquête serait menée.

L'ONG Médecins sans frontières (MSF) affirme dans un communiqué avoir été victime de pillages et de vols, et demande «un accès immédiat aux soins de santé pour la population».

«En raison de la forte violence et de l'insécurité qui régnaient à Bangui, les opérations de MSF ont été gravement perturbées et des blessés dans un état critique n'ont pu être opérés», déplore MSF.

Une journaliste d'une radio privée a rapporté que des rebelles étaient venus piller les locaux, repartant avec «du matériel, mais aussi des véhicules». «Nous ne pouvons plus travailler dans ces conditions», a-t-elle confié sous couvert d'anonymat.

De nombreuses patrouilles rebelles circulaient lundi 25 mars dans les rues de Bangui, tirant en l'air avec des kalachnikovs, a constaté un journaliste de l'AFP. Les magasins restaient fermés et les habitants se déplaçaient à pied, souvent en petits groupes.

Le président déchu François Bozizé a fui Bangui pour se réfugier au Cameroun, «où il se trouve actuellement dans l'attente de son départ vers un autre pays d'accueil», a annoncé la présidence camerounaise.

Avec AFP

Slate Afrique avec AFP

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