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Claude Guéant, le ministre français de l'Intérieur, à Nice, le 4 mars 2011. REUTERS/Eric Gaillard
Claude Guéant, le ministre français de l'Intérieur, à Nice, le 4 mars 2011. REUTERS/Eric Gaillard

Guéant, le côté obscur de la France

Le ministre français de l'Intérieur, Claude Guéant, explique que «l'accroissement du nombre de fidèles (musulmans) en France pose problème». Quelle est la prochaine étape, leur demander d'abjurer leur foi?, s'interroge Akram Belkaïd.

Mise à jour du 18 juin 2012: Claude Guéant, l'ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy n'est pas parvenu à réussir son installation à Boulogne-Billancourt, en région parisienne, lors des législatives françaises. Il a été battu, dans le cadre d'une triangulaire par Thierry Solère, un dissident UMP. Claude Guéant n'a pu obtenir que 38,41% des suffrages.

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Il fallait s’y attendre. Impossible pour le gouvernement français et l’UMP de ne pas débiter au moins une bêtise par semaine à propos de l’islam et des musulmans de France. Cette fois encore, c’est le serial-provocateur Claude Guéant, ministre de l’Intérieur de ce qui reste de la République française, qui fait parler de lui en affirmant que «l’accroissement du nombre de fidèles (musulmans) et un certain nombre de comportements posent problème». Et d’ajouter, alors qu’il était en déplacement à Nantes, qu’en 1905 —date à laquelle fut votée la loi de séparation entre l’église et l'Etat«il y avait très peu de musulmans en France» alors qu’il y en aurait «entre 5 et 10 millions» aujourd’hui.

On ne peut être plus clair: l’augmentation du nombre de musulmans en France est donc un problème pour Claude Guéant. Une dénonciation qui fait écho à celle du président Nicolas Sarkozy qui s’était élevé en novembre 2007 contre «le trop grand nombre de musulmans en Europe». Une sortie que le journaliste Jean Quatremer avait rapportée sur son blog sans que, d’ailleurs, cela n’émeuve personne dans l’Hexagone.

Commençons d’abord par relever qu’en 1905, l’Algérie faisant partie intégrante de la France, il y avait donc déjà un nombre important de fidèles musulmans sur le sol français —mais soit, passons… Cette sortie du ministre de l’Intérieur prouve d’abord une chose: en France, on peut désormais dire tout et n’importe quoi sur les musulmans. Terminé le temps des faux semblants, de la prudence oratoire et des circonvolutions sournoises; il suffit de dire les choses comme on pense. Il y a trop de musulmans: point à la ligne. Mais qu’en pensent les fidèles musulmans encartés à l’UMP? Jusqu’à quand vont-ils continuer d’avaler des couleuvres au sein d’une formation politique qui semble décidée à braconner à l’excès sur les terres du Front national?

Autre interrogation: que veut ce ministre de l’Intérieur, qui est censé défendre la liberté de culte? Réduire le nombre de fidèles musulmans? En les expulsant? En les privant de leur citoyenneté française au prétexte de défendre la loi de 1905? Va-t-on instaurer l’obligation d’abjurer sa foi musulmane pour devenir citoyen français ou tout simplement résident étranger en France? Imaginons la scène dans une préfecture: moi, Kaddour, ben Kaddour, jure sur l’honneur que je ne créerai aucun problème de nature religieuse. Je ne demanderai aucune construction de mosquée et je m’efforcerai de ne pas manger halal. Je serai, en un mot, invisible.

On va me dire, «oui, mais les prières dans la rue?» Ma réponse est simple: dans de nombreux pays musulmans, ces prières sont strictement interdites par les autorités. Pourquoi ne le sont-elles pas en France? De plus, il n’y a aucune obligation pour les musulmans de prier à la mosquée sauf pour quelques prières particulières, notamment celle du vendredi —et là encore, certaines interprétations estiment que ce n’est pas obligatoire. En clair, cette question de la prière dans la rue peut se régler pour peu que l’autorité politique le veuille. Et j’aimerais bien savoir combien de gens prient dans la rue sur ces 10 millions de musulmans estimés par Guéant.

Ce n’est pas à un ministre de la République de dire s’il y a trop ou pas assez de musulmans, de juifs ou de chrétiens en France. Ce n’est pas à lui de porter un jugement sur l’aspect positif ou non d’une évolution démographique. Les propos qu’il vient de tenir en disent long sur l’état de confusion qui règne dans ce pays. Tout cela est de très mauvais augure —comme si des forces négatives concouraient à envenimer toujours un peu plus un climat déjà délétère.

Akram Belkaïd

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Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste indépendant, travaille avec Le Quotidien d'Oran, Afrique Magazine, Géo et Le Monde Diplomatique. Prépare un ouvrage sur le pétrole de l'Alberta (Carnets Nord). Dernier livre paru, Etre arabe aujourd'hui (Ed Carnets Nord), 2011.

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