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L'Afrique du Sud choquée par la perte d'au moins 13 soldats en Centrafrique

L'Afrique du Sud, chantre d'une Afrique réglant ses conflits elle-même sans intervention non-africaine, a essuyé en Centrafrique ses plus lourdes pertes militaires depuis 1994, avec au moins 13 morts, un disparu et 27 blessés, suscitant émotion et polémique.

Lundi devait être un jour faste pour le président Jacob Zuma. Il avait prévu de célébrer devant la presse ses succès diplomatiques en commentant par avance la visite officielle du président chinois Xi Jinping, attendu mardi à Pretoria, et le sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) organisé pour la première fois dans son pays, mardi et mercredi.

Mais la chute de Bangui, capitale de la Centrafrique prise dimanche par la rébellion du Séléka, a gâché la fête, faisant la Une de tous les médias et soulevant "de nombreuses questions" de l'aveu des experts, même les plus acharnées à défendre le "rôle de l'Afrique du Sud" sur le continent, selon Sylvester Maposa de l'institut Africa.

"Durant les combats (à Bangui), 13 de nos soldats sont tombés et l'un est porté disparu", a dû annoncer M. Zuma devant les médias étrangers, nombreux à son point presse. Vingt-sept autres soldats ont été blessés.

Un peu plus de 200 militaires sud-africains avaient été déployés en janvier pour aider à restaurer la paix en Centrafrique et épauler une vingtaine d'officiers formateurs déjà présents en vertu d'un accord de coopération de 2007, reconduit fin 2012 alors que le président François Bozizé était déjà sous la menace rebelle.

Selon M. Zuma, les soldats sud-africains, attaqués dans leur base par plus d'un millier de rebelles, se sont battus pendant neuf heures près de Bangui, infligeant de lourdes pertes aux hommes de la rébellion qualifiés de "bandits". "Nos soldats ont payé le prix ultime au service de leur pays, l'Afrique", a-t-il dit, alors que le commandement sud-africain est sous le feu des critiques et accusé de ne pas avoir retiré à temps ses hommes.

M. Bozizé, arrivé au pouvoir par les armes en 2003, avait fait un aller-retour éclair pour voir M. Zuma jeudi à Pretoria.

"Nous n'avons pas décidé de nous retirer de la Centrafrique, en raison de l'existence d'un accord entre nos pays", a également annoncé M. Zuma. "Quand la poussière sera retombée, nous évaluerons si notre présence est encore nécessaire".

"En tant que membre de l'Union africaine, l'Afrique du Sud rejette toutes les tentatives de prise de pouvoir par la force. Quel que soit l'endroit où nos troupes sont déployées, elles ont le devoir de se défendre et de défendre leur position", a ajouté M. Zuma.

En écho, le général Solly Shoke a déclaré que "partir n'était pas une option" tant que les autorités politiques n'en auraient pas décidé.

Des médias ont affirmé que deux avions s'étaient pré-positionnés en Ouganda pour évacuer les soldats restants et que les Sud-africains dépendaient des forces françaises tenant l'aéroport international de Bangui pour sécuriser leur retour à la maison.

Le général Shoke a souligné que les Sud-Africains n'étaient "pas là pour faire la guerre" mais pour "protéger du matériel destiné à renforcer les forces centrafricaines". Les rebelles "sont d'origine arabe, et clairement des étrangers, bien armés et motorisés mais ce sont également eux qui ont demandé la trêve", a-t-il affirmé, au sujet des insurgés centrafricains.

Des troupes "piégées" en Centrafrique

"Depuis la création des forces de défense nationale sud-africaine (SANDF) en avril 1994, c'est le plus grand nombre de morts que nous ayons subi dans n'importe quel déploiement", a précisé à l'AFP un porte-parole de l'armée, Xolani Mabanga.

"Nos troupes n'étaient pas équipées et pas censées engager des combats (...) Maintenant elles sont en infériorité numérique, en infériorité en puissance de feu et piégées en République centrafricaine", a critiqué Pikkie Greef, secrétaire national du syndicat militaire Sandu, au micro de la radio 702.

Un expert militaire, Helmoed Heitman, grand pourfendeur des budgets militaires trop faibles selon lui depuis que le parti ANC dirige l'Afrique du Sud, a fustigé le manque d'hommes, d'équipements mais surtout de transport de troupes: "Nous n'avons la capacité ni de faire une exfiltration rapide (de nos troupes) ni de les renforcer".

Un autre syndicat de l'armée, Sasfu, a pointé du doigt le commandement de l'armée qui "aura à rendre des comptes".

Outre la Centrafrique, l'Afrique du Sud a des troupes déployées en République démocratique du Congo où elle compte en envoyer davantage pour stabiliser l'est du pays avec d'autres pays, mais également au Soudan et dans le détroit du Mozambique contre la piraterie.

AFP

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