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A la recherche d'un Mali rêvé perdu, Laurent Fabius ne sait plus à quel diplomate se vouer (1/3)

Etre le patron du Quai d'Orsay, c'est gérer une diplomatie de grande puissance : la France est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, membre de l'OTAN, membre fondateur de l'Union européenne, membre du G8 et du G20, c'est un des plus grands réseaux diplomatiques dans le monde, le deuxième en nombre après celui des Etats-Unis. Notre diplomatie est une « diplomatie d'influence » qui n'oublie pas, non plus, que nombre d'Etats de la planète sont membres de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Laurent Fabius, ancien premier ministre, ancien ministre, éminente personnalité politique française, s'est trouvé, du fait de la victoire de François Hollande à la présidentielle 2012, en charge des Affaires étrangères. Numéro un du gouvernement, avec pas moins de trois ministres délégués (affaires européennes, développement, francophonie) sous son autorité. Quand on a été le premier ministre de François Mitterrand et que l'on a charge, quelques décennies plus tard, les affaires étrangères de la France, on rêve de relations diplomatiques intenses avec les Etats-Unis, la Chine, le Japon, la Russie..., de débats européens, d'une réflexion géopolitique internationale qui prenne en compte les puissances émergentes.

La conjoncture en a décidé autrement. Washington, Pékin, Tokyo, Moscou, Bruxelles... sont bien là, mais l'essentiel, pour la diplomatie française, se passe ailleurs. Il y a eu le sommet de la francophonie à Kinshasa, pas vraiment la meilleure destination en Afrique pour ce type de manifestation ; et, surtout, le dossier malien avec une flopée de prises d'otages français y compris au Cameroun, là où Paris s'y attendait le moins (et dans le pire des scénarios : une famille avec femme et enfants !) ; tandis que le dossier centrafricain se profile à l'horizon.

Dans ce contexte « d'histoires de nègres » (sans oublier que les « Arabes » ne font pas mieux en Syrie et en Afrique du Nord), les initiatives « Out of Africa » de Fabius ne font pas recette dans la presse, qu'il s'agisse de sa « diplomatie économique », priorité du Quai d'Orsay* ou de la mise en place de son « Conseil des affaires étrangères » (cf. LDD France 0622/Jeudi 14 février 2013). On sent bien que cette conjoncture arabo-africaine pèse sur le moral de Fabius qui aurait aimé papillonner un peu plus de moquette pure laine en tapis de soie plutôt que de patauger dans le sang et le sable. Il l'a dit, récemment, pour ce qui est de la Syrie (70.000 morts - au moins - et un million de réfugiés !) : « Nous avons pris [...] plus que d'autres sans doute, notre part du fardeau » (Libération du jeudi 14 mars 2013). En ce qui concerne le Mali, même tonalité, et les mots traduisent une réelle lassitude : « éviter l'enlisement », « faire des efforts », « passer le relais », « rester vigilant », « retrait de certains éléments », etc. (entretien avec Ava Djamshidi et Frédéric Gerschel - Le Parisien du dimanche 10 mars 2013).

La révolution syrienne a deux ans ; la crise malienne un an seulement. Une affaire qui, pensait-on à Paris, allait être réglée vite fait, bien fait dès lors que la relève des troupes françaises serait assurée par l'armée malienne et les contingents dépêchés par la Cédéao. On sait ce qu'il en est. Et même la mission de formation de cette fantomatique armée malienne menée par l'Union européenne (EUTM) peine à se mettre en place. Il est vrai qu'il faut être « socialo » pour vouloir mourir pour Bamako. Même le capitaine Sanogo, qui avait fait son coup d'Etat « perso » rien que pour cela, a renoncé à devenir un héros. Pas assez motivant.

« La guerre est finie » ne cesse de proclamer François Hollande tout en affirmant que la France resterait sur le terrain le temps nécessaire à l'éradication des groupuscules terroristes. Il faut y être et faire le boulot que personne ne veut faire, pense-t-on à Paris ; mais, dans le même temps, tout cela coûte cher, financièrement et humainement (déjà 5 morts dans les rangs de l'armée française et un nombre conséquent de blessés), et ne rapporte rien, pas même en matière d'image présidentielle : après un « Sarko-Rambo » du côté de Benghazi, les Français en ont soupé des « opex » en Afrique qui font le jeu des « islamistes » ou de politiciens de pacotille alors que le gouvernement leur serre la ceinture.

L'opération « Serval » ne fait plus consensus au sein de la classe politique française et les critiques sont de plus en plus acerbes, y compris de la part de ceux qui étaient favorables à cette intervention militaire. La « bêtise et [la] pingrerie de l'Europe au Sahel » (titre de l'édito du quotidien Le Monde daté du 14 mars 2013) ajoute au désenchantement. « Ce n'est pas un échec - lequel supposerait qu'on ait sincèrement essayé -, c'est une débâcle, une triste pantalonnade, écrit ainsi Le Monde au sujet de la 'désespérante absence de l'Europe au chapitre de la défense et des affaires étrangères'. Le Mali en témoigne, magistralement. Et ce fut tout particulièrement le cas lors du conseil des 27 ministres des affaires étrangères, réuni lundi 11 mars à Bruxelles. La France s'y est sentie plus seule que jamais depuis le début des opérations militaires au Sahel ».

Edmond Mulet était cette semaine à Paris. Ce diplomate guatemaltèque, sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix des Nations unies (1er septembre 2007), venait de séjourner à Bamako en vue « d'identifier les nouvelles priorités [et de] travailler en appui au gouvernement de transition pour les élections et la stabilisation du pays ». Diagnostic sans appel : « La transition vers la mise en place d'une opération de maintien de la paix va encore prendre du temps ». Au mieux, le passage de témoin se situerait en juillet. Mulet achève la rédaction de son rapport pour le Conseil de sécurité ; mais a d'ores et déjà souligné que « les Nations unies n'auraient ni le mandat ni la capacité d'endiguer la menace en matière de sécurité qui est posée par les terroristes » ; ce sont là, dit-il, « des actions qui sont entreprises avec beaucoup plus d'efficacité par des partenaires qui en ont la capacité ». Pas de quoi réjouir Paris, unique « partenaire » ayant cette « capacité ». Mulet a expliqué qu'il ne s'agira pas d'une « force tampon entre le Nord et le Sud » mais d'une « mission de stabilisation » dont « l'objectif principal » est « la souveraineté du Mali »**. Pour enfoncer le clou, il a ajouté : « La France a dit qu'elle serait sur le terrain le temps nécessaire et s'il y a encore du travail à faire [les forces françaises] continueront de le faire ». Monsieur Hollande est vraiment un chic type... !

Quant à Fabius, il aimerait bien se désengager de tout ce « foutoir » malien et passer aux choses sérieuses. Le Mali ne le passionne pas ; et il n'en comprend pas le mode de production politique. Il en a une vision restreinte et particulièrement naïve d'ailleurs. « L'antagonisme est ancien entre le sud et le nord où vivent notamment les Touaregs. Il faut le réduire. Une commission nationale de dialogue et de réconciliation vient d'être décidée. Le président, le Premier ministre et l'Assemblée malienne ont prévu des élections en juillet [on parle du 7 juillet 2013 pour le premier tour] : elles seront décisives, il ne faut pas perdre de temps. Pour que la paix s'installe durablement, chacun devra faire des efforts » (Le Parisien du dimanche 10 mars 2013 - cf. supra). C'est qu'il y a un préalable à la mise en place d'une « mission de stabilisation » : il faut qu'il y ait une paix à « stabiliser ». Et ce n'est pas le plus évident actuellement au Mali où le gouvernement est plus enclin à arrêter les journalistes que les terroristes (et, surtout, les nomenklaturistes du régime de transition).

* Pour la première fois depuis la nomination de « diplomates économiques », Laurent Fabius a organisé le 12 mars 2013, au Quai d'Orsay, un déjeuner réunissant les six personnalités sélectionnées : Martine Aubry (Chine), Jean-Pierre Chevènement (Russie), Paul Hermelin (Inde), Louis Schweitzer (Japon), Philippe Faure (Mexique) et Jean-Pierre Raffarin (Algérie).

** La base principale de cette « mission de stabilisation » serait implantée à Gao. Et c'est sans doute pourquoi le MUJAO, qui ne sait pas lire que l'arabe, entend maintenir la pression sur cette capitale du Nord.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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