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Présidentielle 25 mars 2012 - 25 mars 2013 : Retour sur la planète Mack’s

Le Sénégal a connu le 19 mars 2000 un changement démocratique d'un régime socialiste de 50 ans. Cette alternance et son cachet historique ont dicté, pendant 12 ans, la célébration annuelle de l'arrivée au pouvoir d'un opposant de 26 ans. Le 25 mars 2012 a fermé cette page et ouvert une autre. Un Président élu, un jeune de la génération post-indépendance, crédité d'un modernisme qui devrait être un atout pour renforcer notre démocratie et jouer à fond la carte de la transparence. Bref, Macky Sall doit mener le Sénégal vers le chemin du développement qu'il appelle Yoonu yokkuté, son programme politique. Un an qu'il a hérité du fauteuil de Wade. Mais avec sa coalition Benno bokk yaakaar, s'il a marqué des points dans certains domaines, il traîne dans les urgences et peinent à convaincre par les résultats. Son vrai bilan est attendu en 2017. C'est celui-là qu'il mettra sur la balance pour faire 5 autres années ou céder la place. Le départ de son prédécesseur, après l'épisode de la candidature «de trop» et le legs d'une «République abimée», lui dicte la sobriété et la bonne gouvernance comme credo. Un an après, les graines ne sont qu'à l'état de fleurs et les quelque fruits n'ont pas encore mûri. Le Quotidien revient sur les péripéties d'une deuxième alternance, des témoignages inédits recueillis fraîchement au lendemain de la défaite du régime libéral. Un retour à la Planète 25 mars 2012 et les derniers instants d'un génie hanté par sa mort politique programmée. Voici le bilan de Macky Sall de A à Z et les chantiers urgents qui l'attendent.

L'abécédaire d'un bilan

A comme Abc

Commencer par Alioune Badara Cissé (Abc) ne peut être un hasard ni un choix chronologique, mais parce que ces trois lettres introduisent l'alphabet. L'ancien ministre des Affaires étrangères a été étrangement limogé du gouvernement de Abdoul Mbaye et inaugure, en même temps que Mbaye Ndiaye, Abou Lô, Aly Cotto Ndiaye et Mata Sy Diallo le premier réaménagement sous l'ère Macky Sall. Et c'est aussi à l'occasion du départ de ce n° 2 du parti présidentiel que le chef de l'Etat a ouvert l'abécédaire d'un gouvernement rallongé. Pour dire clair, une entorse au Wax jëf (respect de la parole donnée) qu'il avait prôné contre un certain Wax waxeet (le dédire).

B comme Biens mal acquis


L'appellation était plus familière aux familles Bongo, Obiang Nguéma, Sassou Nguesso. Elle est maintenant dans le lexique politico-judiciaire sénégalais. Il est vrai que la famille Wade a été déjà ciblée par Sherpa et la plainte d'un Sénégalais sur les Biens mal acquis, mais c'est à la chute du régime libéral que le vocable s'est «sénégalisé». Certains dignitaires de l'ancien régime sont appelés à justifier l'origine licite de leur fortune. Le gouvernement de Benno bokk yaakaar, la majorité présidentielle, y voit une question de survie politique. Et un second mandat de Macky Sall dépend, en partie, du résultat des poursuites contre l'enrichissement illicite.

C comme Communication

La Communication à outrance sur ces biens mal acquis a été parasitée par la proposition de médiation pénale. Un mort-né qui a fait souffler un vent de discrédit. Le travail de la justice à travers la Cour de répression de l'enrichissement illicite (Crei) a été sapé, alors que la juridiction a été ressuscitée dans la douleur, accompagnée de vives protestations et de débats sur son efficacité.

D comme Déclaration de patrimoine et Denrées

La soif de transparence a installé un débat sur la Déclaration de patrimoine, mais surtout celle du président de la République. Macky Sall s'est conformé à la Constitution en publiant son patrimoine dont l'inventaire a fait froid dans le dos et suscité des interrogations sur l'origine de sa fortune. Voilà une raison qui doit l'amener à réformer la gestion et le contrôle des fonds politiques, seul bouc émissaire. La faim- sans jeu de mot- a aussi dicté la baisse du prix des Denrées alimentaires comme le sucre, l'huile, le riz... Ce que le nouveau régime a pris comme une des premières mesures, mais le pouvoir d'achat en demande encore.

E comme Energie et Emploi

Le Sénégal d'après 25 mars 2012 a continué à voir la lumière du Plan Takkal suspendu à l'injonction du Fmi qui veut une hausse du coût de l'électricité. Quelques mois plus tard, le régime de Macky Sall, attendu plutôt sur une baisse impossible, a éteint Takkal et c'est toujours une tension électrique avec, de l'autre côté, du gaz en l'air. En attendant que les tankers bloqués par des tempêtes en haute mer arrivent à bon port. Seules des mesures énergiques pour le secteur de l'Energie peuvent être durables. Mais il y a aussi que cela ne gaze ni n'éclaire vraiment avec la pénurie... d'Emploi. Les jeunes attendent les résultats du maigre recrutement dans la Fonction publique, mais gardent l'espoir grâce aux 30 000 postes promis à partir de cette année et pour les 4 ans à venir. Ça comptera et se comptera à l'heure du bilan. Et peut-être déjà en 2014.

F comme Fonds politiques et Fiscalité

Il est vrai que dans le contrat entre Macky Sall et le Peuple, la clause de suppression des Fonds politiques n'y était pas. Toutefois, l'alibi de son successeur qui en usait et abusait, même pour ses propres désirs immobiliers, avait donné l'espoir de voir le nouveau régime légiférer sur la question pour fermer ce Guichet automatique incontrôlable. Il est tout de même louable que la Fiscalité lève sa main lourde sur le salaire en oxygénant les fonctionnaires du privé et du public.

G comme Gackou

La démission-surprise de El haj Malick Gackou du ministère du Commerce aura installé le malaise dans l'équipe de Abdoul Mbaye avec lequel d'ailleurs il ne partageait pas les décisions sur le dossier dit des meuniers et des boulangers. Il est fait état, en coulisse, de «conflit d'intérêts». Vrai ou faux ? Cela ne répondrait pas à cette gestion vertueuse prônée.


H comme Habré

L'éternelle patate chaude est tombée entre les mains du régime de Macky Sall. Cette fois-ci, ce sera «la bonne» pour l'ancien Président tchadien au Sénégal depuis 1990. Chapeau ! Mais c'est aussi une torture inattendue que le nom du Premier ministre soit associé à cette affaire «Habré-cadabrante» qui a motivé la motion de censure des Libéraux contre le gouvernement de Abdoul Mbaye. Contre Abdoul Mbaye lui-même à qui il est reproché d'avoir accepté l'argent de Habré alors qu'il était patron de banque.

I Interdiction de sortie du territoire

C'est pour les biens mal acquis et l'enrichissement illicite que 7 dignitaires de l'ancien régime ont été interdits de sortie du territoire. L'Etat du Sénégal s'est ainsi vu rappeler à l'ordre par la Cour de justice de la Cedeao qui condamne une violation des droits de l'Homme. La Cour communautaire ordonne à son tour une Interdiction de sortie de la légalité !

J comme Jet privé

Sous Wade, le Jet privé de Abass Jaber a fait les choux gras de la presse et des opposants. Ce qui était au départ une affaire de haut vol de milliards a atterri sans bruit. Karim Wade a donc mérité ce traitement royal, dit-on, que le père lui avait réservé. Et Jaber, souffle-t-on, est hors de poursuite. Ça laisse quand même un goût de jet... inachevé !

K comme Karim Wade

Dans la liste du Procureur spécial, Alioune Ndao, Karim Wade est en tête des présumés enrichis illicitement, derrière respectivement Oumar Sarr, Abdoulaye Baldé, Taïbou Ndiaye (ex-Dg du cadastre), Doudou Diagne (ex-directeur de l'Urbanisme), Madické Niang et Samuel Ameth Sarr. La communication de l'Exécutif fait de lui la première cible et l'opinion croit qu'il ne peut y avoir autre «Krim» avant celui du fils de l'ancien Président. La justice ne semble pas se tromper en fixant la fortune non exhaustive à 694 milliards ; l'«injustifiable» que Karim doit «justifier». En attendant les autres.

L comme Législature et Loyer


Le nouveau pouvoir a tout. Les électeurs, après lui avoir donné l'Exécutif, ont trouvé logique de lui refiler l'Assemblée nationale avec une majorité écrasante. Malgré tout, pour le moment, ce sont des coups de poing échangés entre opposition et majorité parlementaires sur la levée de l'immunité parlementaire de certains députés, anciens ministres poursuivis, sur la motion de censure contre le gouvernement, sur la suppression du sénat. Les «réformes consolidantes», comme le dit le professeur Ismaïla Madior Fall, ne sont pas encore soumises à l'Assemblée nationale. Encore moins, il n'y a eu pour une Législature «de rupture» des propositions de loi. Que dire de la création de commissions comme celle concernant la réduction du coût du Loyer ? Iba Der Thiam avait pourtant déposé son rapport sur la table du président de l'Assemblée nationale. Et on veut tout refaire. Le régime veut-il donner raison à Georges Clémenceau qui avait dit : «Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission.» ?

M comme Mandat

Il n'y a ni réduction du Mandat présidentiel de 7 à 5 ans ni retour du quinquennat du président de l'Assemblée nationale. Au second tour de la Présidentielle de 2012, Macky Sall avait mis sur la table une promesse qu'attendaient tous les Sénégalais qui ont combattu, non seulement la candidature «de trop», mais aussi le septennat. C'est seulement un an après que la commission chargée des réformes dirigée par Amadou Makhtar Mbow a composé son équipe pour s'y pencher.

N comme Népotisme

Les cas de Karim et de Sindiély, associés à la gestion du pouvoir par leur père de Président, ont été pris pour du Népotisme. La montée en puissance du frère de Macky Sall, Aliou, la nomination des cousins, oncles et beaux-frères dans les hautes sphères de décision ont réveillé des souvenirs wadiens. Si Aliou Sall, prêt à «occuper tous les postes sauf celui de Président», intègre le gouvernement, Macky Sall fera dans la jurisprudence...politique de Abdou Diouf avec son frère Magued Diouf. L'ex-leader de Air Macky ne voit pas Macky Sall en Abdoulaye Wade et lui non plus en Karim.

O comme Ofnac

Abdou Diouf a laissé «sa» Cour de répression de l'enrichissement illicite (Crei) qui hante le sommeil des «frères» de Abdoulaye Wade qui, lui, ne l'a pas brandi contre les Socialistes. Macky Sall en a fait son bâton, jugé trop lourd. Il propose désormais pour ses dignitaires à lui l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) en cas de mauvaise gestion ou d'enrichissement non justifié. Une véritable arme de dissuasion massive.

P comme Procureur spécial

Son évocation fait peur. Le Procureur spécial «détrône» le procureur de la République. Il est à la traque des biens mal acquis et peut faire tomber n'importe qui -ministres tout puissants, tout homme ayant occupé des fonctions publiques, électives ou nominatives, haut fonctionnaire, etc.-, sans passer par le Procureur général. Il ne lui appartient pas de prouver que l'enrichissement est illicite, mais à la personne poursuivie de justifier que sa fortune est licite. C'est en cela aussi qu'il est (très) spécial !

Q comme Questions

Quelle fortune de l'enrichissement présumé illicite reviendra dans les caisses de l'Etat ? Qui paiera ? Quelles conséquences ? Quel sera le bilan de Macky Sall le 25 mars 2014 ? Quelles réformes institutionnelles proposera la commission ad hoc dirigée par Amadou Makhtar Mbow ? Quelle voie ? Parlementaire ou référendaire ? Quel sera le sort de Hissène Habré ? Y aura-t-il un nouveau Premier ministre ou Abdoul Mbaye 2 ? Et les Questions ne sont pas exhaustives...

R comme Rupture

C'est le slogan du nouveau régime et de son homme. Pour rompre avec les pratiques peu orthodoxes de son prédécesseur, le Président Sall a prôné, avec Benno bokk yaakaar, la «gouvernance autrement». Assemblée de rupture (pas de lois «déconsolidantes», pas de Chambre d'applaudissement, retour à l'initiative des lois), pas encore ! Gouvernement de rupture (25 ministres, point barre !), du wax waxeet ! Présidence de rupture (pas de réunions politiques au Palais), pour le moment ! Rationalisation avec la suppression de certaines agences, il l'a fait, mais en a créé aussi. Il a amassé 3 milliards des factures téléphoniques de l'Administration et attend 3 milliards de la facture d'eau. En revanche, il a noyé le Sénat budgétivore dans les inondations sans le vouloir.

S comme Sobriété

Cette «rupture» était aussi la Sobriété prônée. Oui ! Le folklore des Libéraux «manque» aux Sénégalais. L'arrogance- qui gagne de plus en plus ses hommes de parti- et l'insolence sont moins en exergue. Bien qu'il y ait de plus en plus de futurs «Farba Senghor», si l'on y prend garde.

T comme Transhumance

L'on a fait de la Transhumance une tare du système politique. Elle est assimilable à la corruption, à un manque d'éthique, etc. Wade en avait fait une arme contre ceux qui n'étaient pas clean sous le régime socialiste. Macky Sall aussi ouvre l'abreuvoir beige-marron aux Libéraux vomis par le Peuple le 25 mars 2012. Et cela au nom de la massification de son parti. Qu'y a-t-il à gagner pour des hommes politiques que son propre parti a pourtant battus, envoyés à la retraite ? Ça s'appelle le recyclage.

U comme Universités

Macky Sall mise sur la décentralisation de l'Université, comme son prédécesseur l'a fait avec ces Collèges universitaires régionaux (Cur). Pour l'heure, il est à l'état de projet comme l'Université de Fatick dont il a déjà nommé le Recteur, avant même que les travaux démarrent. Il avait réussi dans l'entre-deux tour à convaincre le Syndicat autonome de l'enseignement supérieur (Saes) de lever son mot d'ordre et à l'école d'ouvrir les salles de classe, évitant de justesse une année blanche. Mais ça redémarre de plus belle avec une école en ébullition.

V comme Valeurs

Macky Sall aura le mérite de faire revenir au moins certaines Valeurs. La «républicanité» symbolisée par la levée du drapeau dans les écoles et les institutions. Mais aussi la culture du patriotisme et du patrimoine comme l'entrée des Véhicules de Senghor et de Diouf au musée des Forces armées. A quand celui de Abdoulaye Wade ?

W comme Wade

Il est absent, mais présent dans tous les dossiers judiciaires ou presque. Tous le mouillent, mais personne ne le fouille. Ça donne l'air d'un intouchable Président. Au point que pour voir clair dans les affaires de certains dignitaires de l'ancien régime, il ne reste pour le juge qu'à chercher un X introuvable. Et ça donne l'impression d'une «justice à double vitesse» qui ne rassure pas sur la volonté de mettre fin à l'impunité. La véritable.

X comme Inconnue

Nombre de personnes poursuivies ou arrêtées par la justice pour mauvaise gestion ou enrichissement illicite indexent l'ancien Président. Et le juge a, à plusieurs reprises, visé X. C'est le cas dans l'affaire des chèques de 3 milliards trouvés entre les mains de Aïdara Sylla et qui agit au nom de Wade. Et si X serait l'intouchable W !

Y comme Yoonu yokkuté

Ce chemin du développement semble encore long. Le chef de l'Etat l'a emprunté plus que celui des Assises nationales et son Premier ministre l'avait déclaré dans sa Déclaration de politique générale. Macky Sall arrivera-t-il à bon port en 2017 et, peut-être, 2022 ?

Z comme Zèle

Dans la traque des biens mal acquis, les pratiques ont dépassé le droit. Et le verdict de la Cour de justice de la Cedeao a montré tout le Zèle du Procureur spécial de la Crei. Au début, l'interdiction de sortie du territoire faite au «Club des 7» libéraux avait semblé normale, mais sans responsable. Et c'est seulement après que ce qu'on peut appeler le «rappel à l'ordre» de la juridiction communautaire a poussé Alioune Ndao à avouer que ces interdictions venaient de lui. Tout comme ce même zèle qui avait interdit le garde du corps du Président Wade, Lamine Faye, d'embarquer à l'aéroport au seul motif du coup de fil de supérieurs.

Le Quotidien

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