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Diaspora : L'agriculture burkinabè au centre d'un Forum dans l'Ouest de la France

Loin de leur pays, les Burkinabè de l'étranger n'en restent pas moins préoccupés par les problèmes de développement de la mère patrie. Ceux du Grand-Ouest de la France se mobilisent pour l'agriculture burkinabè. Statut de l'agriculteur, financement de l'agriculture et de l'élevage, souveraineté et sécurité alimentaire au Burkina Faso, trois thèmes inscrits au menu d'un Forum organisé les 16 et 17 mars à Laval, en Mayenne, par l'Union des Burkinabè du Grand Ouest de la France (UBGOF) en collaboration avec le comité de jumelage Laval-Garango.

Selon le maire de Laval, Jean-Christophe Boyer, présent à l'ouverture officielle du Forum, la coopération décentralisée entre sa ville et Garango, qui dure depuis près de quarante ans, a permis entre autres, le parrainage de plus de 300 enfants, la construction de 21 forages en 2012 et une maison des artisans. Il s'est dit partisan d'une agriculture qui répond aux besoins des populations et assure la sécurité alimentaire, et s'est engagé à prendre avec ses collègues, des initiatives visant à faciliter l'octroi des visas aux acteurs de la coopération décentralisée qui voudraient venir en France.

Ancien maire de Laval et actuel ministre en charge de l'Agro-alimentaire, Guillaume Garot, s'est demandé comment parviendra t-on à assurer la sécurité alimentaire pour 9 milliards de personnes en 2050 tout en garantissant à chacun, une assiette pleine, saine et sûre ? Question d'une brulante actualité après le scandale des lasagnes de cheval. « Le défi alimentaire est en même temps un défi de justice sociale et un enjeu politique de stabilité du monde surtout après les émeutes de la faim en 2008 » a-t-il déclaré, avant d'insister sur l'urgence de « lutter contre la spéculation, contre la marchandisation de l'alimentation en mettant en place une disposition bancaire contre la spéculation sur les matières premières ».

M. Garot a aussi dénoncé le gaspillage qui représente 30% de la production mondiale selon la FAO et qui est due au manque de moyens de conservation, de transformation et de transport. Au plan politique, il préconise une coopération agricole sur le continent africain à l'image de la Politique agricole commune (PAC) qui a permis d'assurer la sécurité alimentaire à Europe.

Le Premier ministre annonce un Forum de la diaspora burkinabè d'ici la fin de l'année

Accompagné de monsieur Nicolas Zémané, conseiller technique à la primature, le ministre de la Décentralisation et des collectivités territoriales, Toussaint Abel Coulibaly, représentant le premier ministre, a d'abord lu un message de ce dernier dans lequel il déclare que la récente création du ministère de l'Agriculture et la sécurité alimentaire est la preuve que la sécurité alimentaire est une préoccupation de son gouvernement. Il salue la mobilisation de la diaspora qui se soucie aussi du bien-être des Burkinabè, s'engage à mettre en ½uvre les conclusions du Forum et annonce la tenue d'un Forum de la diaspora burkinabè d'ici la fin de l'année.

Le ministre Coulibaly a pour sa part révélé que la coopération décentralisée était le deuxième contributeur au développement derrière l'Etat, et a rendu hommage aux différents acteurs qui, dans l'ombre se dévouent pour apporter des réponses aux préoccupations de millions de Burkinabè dans les villes et villages burkinabè.

Les discours d'ouverture terminés, place aux débats. Conseiller économique à l'ambassade du Burkina à Paris, Abdourahmane Ramsès Ouédraogo d'abord dépeint la situation de l'agriculture burkinabè avant de décliner la politique agricole conduite par le gouvernement. Le Burkina, c'est 17 millions d'habitants dont 90% vivent de l'agriculture. Le secteur agricole et de l'élevage contribuent pour 40% du PIB et assurent l'emploi de 80% de la population, mais n'est pas encore suffisamment règlementé même si des chambres régionales d'agriculture ont été créées en 2001.

M. Ouédraogo a expliqué que notre pays a de fortes potentialités agricoles qui sont insuffisamment exploitées en raison de la pluviométrie capricieuse, de l'exploitation artisanale et de la faible mécanisation des moyens de production. En vue de moderniser l'agriculture burkinabè, le gouvernement a lancé la Stratégie de croissance accélérée et de développement durable (SCADD) sur la période 2011-2015 qui vise le développement des filières de production et les secteurs prioritaires. Un Programme national du secteur rural (PNSR) d'un coût de 1230 milliards de F CFA a été également lancé, en même temps que des pôles de croissance pour l'agrobusiness, un programme d'appui aux filières agro sylvo pastorales et un code des investissements adopté.

Quid du statut de l'agriculteur burkinabè ? « Il n'en a pas », répond Maurice Oudet, un Père Blanc des missionnaires d'Afrique, arrivé au Burkina en 1965 et installé à Koudougou depuis 15 ans. Il rappelle que c'est pourtant une revendication légitime et justifiée de la Confédération paysanne du Faso qui n'est pas encore satisfaite. Pour preuve, quand les membres de l'Union nationale des mini-laiteries et des producteurs de lait sont allés au ministère de l'Agriculture demander à bénéficier d'un régime fiscal spécial pour importer du matériel agricole, on leur a répondu : « Quel est votre statut pour demander à bénéficier d'un régime fiscal particulier ? Vous n'avez pas de carte professionnelle, donc, on ne peut rien faire pour vous ».

Pourtant, insiste-t-il, les paysans qui en ont les moyens doivent pouvoir importer du matériel agricole moderne avec moins de taxes comme on le fait déjà pour le riz, taxé à 10%, le lait à 5% même si on peut douter que tout soit déclaré en douane. « D'ailleurs, s'insurge Maurice Oudet, certains comme à Koubri, profitent de cette fiscalité généreuse, importent du lait en poudre, fabriquent du yaourt et font croire sur l'étiquette que c'est un produit 100% burkinabè. Il y a tromperie sur la marchandise ».

Professeur titulaire de génétique et d'amélioration des plantes à l'université de Ouagadougou et directeur général de l'Institut supérieur des sciences et technologies agricoles « Zaongo Hilaire », (ISSTA) dans le quartier Pissy de Ouagadougou, Jean-Didier Zongo considère pour sa part qu'au Burkina, « nous avons à faire, non à des agriculteurs, mais à des paysans démunis, équipés de matériel rudimentaire et confrontés à des difficultés d'accès aux crédits ». Il a déploré le faible niveau technique des producteurs burkinabè, la pauvreté des sols et le manque de techniciens en quantité et en qualité suffisantes. Résultat : Les surfaces cultivées ne représentent seulement que 13% de la superficie cultivable tandis que l'irrigation n'en représente que 0,6%. Le plus inquiétant, souligne le professeur Zongo, c'est que 50% du personnel d'encadrement des paysans ira en retraite dans les dix prochaines années alors que l'offre de formation reste très insuffisante.

En BTS agricole par exemple, entre 2007 et 2011, sur une moyenne de 2307 candidats par an, seulement 2,5% en sont admis ! Il en appelle à l'Etat, au secteur privé et aux partenaires internationaux bilatéraux et multilatéraux afin de renforcer les capacités des paysans, seul moyen pour eux, au-delà de la fierté d'être paysan, d'obtenir un statut correspondant à leur rôle dans la société burkinabè.

Un état des lieux diversement apprécié par les protagonistes

Le tableau peint par les deux derniers intervenants n'est pas du tout du goût du ministre Coulibaly. « Nous sommes ici dans une logique d'échange et non d'affrontement », lance-t-il, agacé, ajoutant qu'il n'est ni nécessaire, ni possible de délivrer une carte professionnelle à 8 millions de paysans comme si on avait à faire à des commerçants. Il milite plutôt pour une reconnaissance de l'agriculteur et le respect de ses droits. « Le gouvernement s'est engagé dans une politique de professionnalisation du métier d'agriculteur et dans cette optique, il a procédé à la délivrance de titre de propriété qui peut servir de garantie auprès des banques pour obtenir des crédits », explique-t-il, sans vraiment convaincre l'auditoire. Vu le montant des frais d'établissement du titre de propriété qui est hors de protée des paysans, on peut se demander si cette opération ne vise pas à contenter une certaine élite qui s'est découvert ces dernières années une vocation paysanne, qu'à donner aux vrais paysans les moyens de vivre dignement de leur travail.

Dans un pays où seulement le tiers des terres arables est exploité avec de faibles rendements, est-il possible d'atteindre l'autosuffisance alimentaire ? « Le Burkina prône la sécurité alimentaire et non l'autosuffisance alimentaire », répond le ministre. Autrement dit, le souci des pouvoirs publics est de mettre à la disposition des consommateurs des céréales et autres denrées en quantité suffisante, peu importe qu'elles aient été produites sur place ou importées. « L'importation n'est pas incompatible avec la production nationale ; d'ailleurs, existe-t-il un pays au monde qui n'importe rien ? », interroge t-il avant de se livrer à un plaidoyer de la politique agricole menée par le gouvernement : amélioration des variétés développées par l'INERA pour faire face à la pluviométrie capricieuse, mise en place de producteurs de semences dans toutes les régions et mise à la disposition de ces semences aux paysans à un tarif préférentiel, lancement de l'opération 100 000 charrues par an dont 50 000 réservées aux femmes, mécanisation agricole avec la mise à la disposition de tracteurs à crédits aux paysans ou aux coopératives, etc. Il n'a pas manqué de fustiger ceux qui utilisent les structures paysannes comme tremplin à des carrières politiques, ce qui sape la crédibilité de ces structures auprès des paysans.

Sécurité alimentaire et non autosuffisance alimentaire

« La sécurité alimentaire est une conception libérale qui prône la suppression des frontières pour que les produits arrivent dans tous les villages, mais tous les paysans n'auront pas les moyens d'en acheter », réplique le Père Maurice Oudet, très remonté contre L'UEMOA, « la partie la plus pauvre du monde, qui est aussi celle qui se protège le moins ». « Dans une boutique à Koudougou, poursuit-il, on trouve des produits venant de 22 pays et de quatre continents différents, y compris du riz de 10 ans d'âge venant de Thaïlande sous prétexte que ça gonfle. A-t-on vraiment besoin de ça ? », interroge t-il, tout comme il ne comprend pas pourquoi « la télévision nationale fait la publicité de lait étranger, mais pas de lait produit au Burkina ».

Sur le financement de l'agriculture, le constat établi par le socio-économiste Simplice Méda est implacable : Il n'y a pas d'institutions bancaires ou financières dédiées spécialement au financement de l'agriculture burkinabè. « Les crédits accordés par les banques au secteur agricole représentent seulement 2% du volume des prêts » a-t-il révélé. Les banques sur place ne sont que des filiales de grands groupes internationaux (BICIA-B, SSBG, BIB-UBA, etc.) qui font du dépôt leur principale activité et qui se refusent à prendre des risques de financer des projets agricoles même quand ils sont bien montés. Pis, racontant sa propre expérience, il a expliqué que son projet, qui n'avait pas bénéficié de financement, a par la suite été soutiré par un cadre de la banque pour être exécuté. Seul le réseau des caisses populaires trouve grâce à ses yeux. Présent dans toutes les provinces du pays, proches des paysans, il les accompagne dans le financement de leurs activités, mais à des montants relativement bas.

Des propos qui ont eu le don de faire prendre la mouche au ministre. Quand il reprend la parole, c'est pour déclarer qu'on « est à côté du sujet », avant de dénoncer ce qu'il appelle « un procès ». Il reproche aux intervenants de « n'être pas à jour dans leurs données alors qu'elles sont disponibles sur les sites internet des ministères », s'en prend aux organisateurs du forum qui « n'ont pas mentionné que le Burkina a atteint les 10% du budget consacré à l'agriculture comme l'avaient recommandé les chefs d'Etat lors du sommet de l'Union africaine à Maputo en 2003 ». Il conclut en affirmant que l'université de Koudougou forme depuis plusieurs années des ingénieurs agricoles, affirmation contredite par le professeur Jean-Didier Zongo.

Marges de man½uvre limitées dans la politique agricole

Comme poussé dans ses derniers retranchements, le ministre Toussaint Abel Coulibaly a reconnu que sur l'agriculture comme dans les autres secteurs, le gouvernement n'avait pas toute la latitude pour définir sa politique comme il l'aurait souhaité parce que le FMI et la Banque mondiale fixent le nombre de fonctionnaires et la masse salariale à ne pas dépasser. Un aveu d'impuissance qui est aussi valable dans les tous pays africains qui, depuis 1980 se sont mis sous la coupe des institutions financières internationales par l'adoption des programmes d'ajustements structurels.

Moments rares durant les deux jours de débats, deux sujets ont fait l'objet d'un consensus entre participants : la pression démographique et le risque que représente l'introduction des Organismes génétiquement modifiés (OGM) sur la liberté des paysans à choisir ce qu'ils veulent ou ne veulent pas semer. « Le taux de croissance démographique dans notre pays est plus un problème qu'une solution, car il annihile les efforts faits dans le domaine économique », lance le ministre Coulibaly et préconise « l'intensification de la sensibilisation des hommes sur la planification familiale ».

Sur le second point, le Professeur Jean-Didier Zongo a rappelé que c'est en 2003, lors d'une conférence à Bobo que l'opinion a appris, incidemment, qu'on avait déjà introduit les OGM au Burkina. Alors que le directeur de l'INERA niait le fait, le représentant de la firme Monsanto affirmait le contraire, brandissant même les papiers les autorisant à cultiver les OGM.

Depuis, 2007 la culture du coton Bt est donc vulgarisée, celle du niébé étant en cours. Présentée comme une avancée technologique, Jean-Didier Zongo, qui n'est pas un opposant radical des OGM, estime qu'il faut cependant encadrer cette technique d'autant plus que les « promoteurs des OGM reconnaissent que même les souris préfèrent le niébé bio au niébé OGM ! ». En plus des problèmes de santé que la consommation des produits OGM pourrait occasionner, il y a risque que représente le brevet pour les paysans. « Il s'agit d'un gène qui est introduit dans le maïs, le sorgho et qui ne peut être reproduit par le paysan. Chaque année, il sera obligé d'acheter les semences chez Monsanto », met-il en garde. Une inquiétude partagée par le ministre qui estime qu'il faut protéger le sorgho burkinabè. Y a-t-il déjà des OGM dans le maïs ou l'huile de coton que nous consommons ? La question n'est pas illégitime.

En clôturant les débat, le président de l'UB GOF, Ardiouma Sirima a déclaré qu'il faisait sien le slogan, « Génération sans famine » lancé par une association burkinabè, et a annoncé que les travaux du Forum feront l'objet d'un livre blanc. Il a aussi demandé que la diaspora burkinabè en France soit représentée aux Cités unies France. Quant au ministre, qui a reçu des mains du maire, la médaille de la ville de Laval, il s'est dit satisfait des discussions, « même si parfois, on a eu des divergences. Mais comme il s'agissait bien de regards croisés sur l'agriculture burkinabè ! ». Avant de regagner Paris, la délégation conduite par le ministre ainsi que les délégués d'associations venus de Paris, les membres du comité de jumelage Laval-Garango ont visité l'abattoir SVA de Vitré, de la chaine d'abattage à l'atelier de viande hachée en passant par l'atelier de découpe.

Joachim Vokouma, Lefaso.net

« En 2015, vous allez voter »

Peu après la clôture du Forum, la délégation burkinabè a rencontré dans l'après-midi les Burkinabè de la région du Grand Ouest de la France. Une occasion pour la diaspora de poser à nouveau la question de la citoyenneté des Burkinabè de l'étranger et leur participation aux élections, mais aussi de la mobilisation rationnelle des fonds qu'elle envoie (Environ 50 milliards de F CFA par an), mais destinés pour l'instant en grande partie à la consommation domestique (frais de santé, de scolarité, etc.) au détriment de l'investissement et enfin, de l'identification de l'expertise de la diaspora et sa contribution à la formation des jeunes Burkinabè.

Sur la citoyenneté, la réponse du ministre a été claire : « En 2015, vous allez voter. Ce n'est plus un point de discussion ; la loi a été votée en mai 2009 et il s'agit à présent de mettre en place les dispositifs pour que tous les Burkinabè de l'étranger puissent voter où qu'ils soient », a-t-il déclaré.

Sur l'expertise de la diaspora, il s'est réjoui à l'avance de ce que les compétences des Burkinabè de l'étranger puissent être mises au service du pays et a confié à ses interlocuteurs que 50% des cadres de l'administration burkinabè proviennent de la diaspora. A commencer par lui-même, rentré au pays après 23 ans passés en Côte d'Ivoire.

J.V
Lefaso.net

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