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Université de Ouagadougou : Environ 10 000 étudiants concernés par le blanchiment technique

Trois années académiques se chevauchent actuellement dans les universités de Ouagadougou et de Ouaga II. La solution trouvée par le gouvernement, en accord avec les premiers responsables de l'UO, est le blanchiment technique pour la promotion 2010-2011 et une partie de la promotion 2011-2012 qui a exécuté environ 50% de son programme. Mais, ce concept suscite des interrogations et des inquiétudes aussi bien chez les étudiants que chez leurs parents. Le blanchiment technique, ses implications, le nombre d'étudiants concernés, ce qu'ils y gagnent, ont été expliqués aux journalistes le 23 mars 2013.

Blanchiment technique. Cette expression est à la mode au Burkina depuis la visite controversée du premier ministre, Luc Adolphe Tiao, le 18 mars 2013 dans les universités de Ouagadougou et de Ouaga II. En effet, le chef du gouvernement a annoncé officiellement la décision du blanchiment technique des années académiques 2010-2011 et 2011-2012 pour certaines promotions. Ainsi, dans un mois, tous les étudiants de l'UO devraient être inscrits au titre de l'année académique 2012-2013. Y compris ceux qui sont en train de terminer l'année 2010-2011.

Mais, cette décision a été mal accueillie ou disons mal comprise dans le milieu des étudiants, avec en tête l'ANEB (Association nationale des étudiants burkinabè). Pour expliquer le concept, une conférence de presse a été organisée à la présidence de l'UO le samedi 23 mars. Elle était co-animée par le ministre des enseignements secondaire et supérieur et les présidents de l'UO et de Ouaga II.

La « thérapie de choc » de Tiao

Le premier ministre Luc Adolphe Tiao avait promis « une thérapie de choc » pour sortir les universités de Ouagadougou de la cacophonie dans laquelle elles sont depuis bientôt cinq ans. Cette thérapie devrait permettre d'avoir des années académiques « normales ».

Mais le concept en lui-même est flou. C'est pourquoi, ce 23 mars, le Pr Moussa Ouattara, ministre des enseignements secondaire et supérieur a commencé par définir ce qu'est une année invalidée et une année blanche avant d'en venir au blanchiment technique d'une année académique.

Lorsqu'il est question d'année invalidée, les résultats de l'année sont nuls et non avenus. Elle est considérée comme une année d'échec pour tous, a-t-il soutenu. Pour ce qui est de l'année blanche, les résultats sont aussi nuls et non avenus, mais ne sont pas comptabilisés dans le cursus l'étudiant. A l'université de Ouagadougou, il ne s'agit d'aucun de ces deux concepts. Mais plutôt de blanchiment technique, c'est-à-dire un aménagement technique tout en capitalisant les acquis, car ce n'est pas la faute aux étudiants. Ce qui revient à sauter une année académique tout en conservant les avantages sociaux.

L'objectif est de mettre fin aux chevauchements de plusieurs années académiques dans la même université. Ce blanchiment technique concerne seulement l'université de Ouagadougou avec notamment les UFR/SEA (Unité de formation et de recherche en sciences exactes et appliquées) et UFR/SVT (Unité de formation et de recherche en sciences de la vie et de la terre).

Trois cas de figures

Le premier cas de figure concerne la promotion 2010-2011. Il s'agit de « blanchir » l'année académique 2011-2012 et de procéder à leur inscription en 2012-2013. Toutefois, les étudiants concernés conservent leurs acquis académiques et les inscriptions se feront sur la base des résultats de 2010-2011. Pour les allocations sociales, les boursiers remplissant les conditions de renouvellement de leur bourse pourraient en bénéficier au titre de 2011-2012 et 2012-2013. Ils sont estimés à 91 étudiants.

Ceux d'entre eux qui, au regard de leurs résultats pouvaient bénéficier de l'aide ou du prêt FONER en bénéficieront au titre des deux années académiques sus-citées. 4200 étudiants seraient concernés par cette situation.

Le second cas de figure concerne les étudiants ayant exécuté l'année académique 2011-2012 à 50% à peine. Il s'agit de blanchir 2011-2012, de les inscrire en 2012-2013 en capitalisant leurs acquis académiques (résultat du 1er semestre). Ils conservent leur statut social. Ceux-ci sont estimés à 5000 étudiants.

Le troisième et dernier cas de figure concerne tous les étudiants déjà inscrits en 2012-2013 (les nouveaux bacheliers et les filières ayant terminé leur année 2011-2012) qui conservent leur statut. Aussi, tous les étudiants qui sont en train de finir l'année 2011-2012 s'inscriront en 2012-2013.

Un blanchiment technique qui coûte 710 millions de francs Actuellement, sans avoir des chiffres très précis, les étudiants concernés par le blanchiment technique sont environ 10 000. Ce blanchiment technique coûtera au gouvernement burkinabè plus de 710 millions de francs CFA.

Tout en proposant cette solution, les acteurs du système éducatif reconnaissent qu'elle n'est pas la panacée. D'autres mesures doivent suivre pour sortir l'université burkinabè de son marasme actuel. Il faudra « investir sérieusement en termes d'infrastructures, d'équipements et de ressources humaines ». La situation sociale des étudiants doit bénéficier d'une attention particulière. Aussi, il y a beaucoup d'efforts à faire dans la gouvernance (académique, administrative et financière), ont reconnu les principaux responsables.

Aidez-nous à expliquer

C'est certainement l'incompréhension de la mesure qui provoque les réticences. C'est pourquoi le ministre en charge de l'enseignement supérieur s'appuie sur la presse pour se faire comprendre. « Aidez-nous à expliquer que c'est dans l'intérêt des étudiants. Ce blanchiment technique contribue à la crédibilité de nos diplômes », lance-t-il.

Dans une semaine, les inscriptions académiques devraient s'ouvrir, tout comme les dépôts de dossiers au FONER pour l'obtention de l'aide et du prêt, ainsi qu'au CIOSPB pour ce qui concerne la bourse.

Mais, cette mesure de blanchiment technique a-t-elle été imposée par le gouvernement ? Absolument pas, répond Pr Karifa Bayo, le président de l'université de Ouagadougou. Il affirme que les leaders d'opinion (structures à caractère syndical) ont été associés dans la concertation. Mais, elles sont restées muettes. « En décembre 2012, les associations à caractère syndical ont reçu les propositions de la présidence de l'université. Mais à la date d'aujourd'hui, je mets au défi une seule association qui ait réagi », lance-t-il.

Avouant sa déception suite à cette réaction négative des étudiants, le ministre Moussa Ouattara précise : « les étudiants n'ont pas suffisamment compris. Sinon, rien n'est fait contre eux, vraiment on veut sauver les choses. Ce blanchiment technique leur permettra de conserver leurs acquis et crédibiliser leurs diplômes ». Comprendront-ils à la suite de cette sortie médiatique ? C'est ce qu'espèrent le ministre Ouattara et les présidents des universités Ouaga et Ouaga2.

Moussa Diallo
Lefaso.net

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