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Bangui: les habitants affrontent une nouvelle nuit la peur au ventre

Après une journée historique marquée par l'entrée des rebelles du Séléka dans Bangui, la peur grandissait dimanche au sein de la population de la capitale centrafricaine livrée à l'anarchie et aux pillages.

A la tombée de la nuit, l'électricité n'était toujours pas rétablie dans la ville, et la multiplication des scènes de vols et pillages qui ont rythmé la journée faisait craindre aux habitants des attaques au sein de leurs foyers une fois la ville plongée dans l'obscurité totale.

Et les tirs entendus aux premières heures de la matinée ont confronté certains habitants à la vision de la mort, comme cette habitante qui assistait dimanche matin à la messe de la cathédrale, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel, déserté par le chef de l'Etat François Bozizé.

Elle a raconté avoir vu un mort lors de l'arrivée chaotique des rebelles dans la capitale: "On a entendu des tirs partout dans le centre-ville, et c'était la débandade. Tout le monde s'est mis à courir dans tous les sens". "On vient d'abattre quelqu'un, dit-elle. Je ne sais pas si c'était un militaire ou un civil, mais il essayait de fuir sur sa moto quand il a été tué".

Pillages de magasins, restaurants, maisons ou voitures: les mêmes scènes ont été rapportées à travers toute la ville tout au long de la journée.

"Il y a beaucoup de pillages avec des gens armés. Ils cassent les portes, pillent et après la population vient, se sert aussi", témoigne un habitant dans le centre, joint par téléphone. "Nous avons peur. Je ne sors plus, je reste dans ma maison", a-t-il ajouté.

"Il y a, selon une source diplomatique, des pillages à travers toute la ville".

Dans le centre de Bangui, les sociétés de téléphonie Orange et Télécel ont été saccagées, a constaté un journaliste de l'AFP. Les pillards ont presque tout emporté, repartant avec des ordinateurs, mais aussi des bureaux et même des chaises. Des jeunes des quartiers environnants ont profité de l'anarchie ambiante pour récupérer des téléphones portables qu'ils revendaient entre 2.000 et 10.000 Francs CFA dans la rue.

Les bâtiments institutionnels n'ont pas non plus été épargnés. Les rebelles ont attaqué le bureau de l'Unicef, et certains ont commencé à circuler au volant de véhicules estampillés Nations unies.

"On ne peut rien faire"

Pourtant, un des porte-parole du Séléka, Eric Massi, avait promis samedi "une tolérance zéro du Séléka contre toute exaction, pillage ou réglement de comptes".

Mais les habitants de Bangui, comme Jean-Artur, n'ont pu que constater les débordements. " Nous sommes là, on les regarde seulement, on ne peut rien faire", se désole un réparateur de frigos qui a assisté à plusieurs scènes de saccages.

Pour Eddy, chauffeur de camions, "la situation est grave. Ils ont mis le pays à sac, et il va encore nous falloir 30 à 50 ans pour redécoller".

La population banguissoise avait pourtant réservé un accueil chaleureux aux rebelles.

"Maintenant, on peut enfin respirer! Séléka est arrivé et les +Tu nous connais+ (surnom que se donnaient les proches de Bozizé, régulièrement accusés d'arrestations arbitraires et de violences envers la population) ont disparu!", s'était même écrié un jeune d'une vingtaine d'années au passage des rebelles.

Et après l'annonce de la prise du palais présidentiel, les habitants sont sortis dans les rues en poussant des cris de joie et en brandissant des feuilles de rameaux pour saluer les rebelles, qui répondaient en tirant en l'air.

Après 10 ans au pouvoir, Bozizé laisse un pays miné par l'insécurité et la corruption qui a surtout profité à son clan, compromettant les perspectives de développement malgré les richesses en uranium, or, pétrole et diamants.

AFP

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