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Mamadou Lamine Bâ : "La rupture, ce n’est pas seulement changer de président"

L'émission Grand Oral de la radio Rewmi FM animée par Aminata Ndiaye (RewmiFM) et Pape Amadou Fall (Dirpub de La Gazette) recevait ce matin le Docteur Mamadou Lamine Bâ, ancien ministre libéral et président du Parti pour la liberté et la citoyenneté/Defar Djiko-yi (PLC/DJ). Avec lui, ils ont fait le tour de l'actualité politique nationale.

Invité à dresser un bilan du régime de Macky Sall après un an : l'ancien ministre de la coopération admet la difficulté de faire une analyse sur le régime en place, croyant que c'est « très tôt de faire le bilan d'un gouvernement après un an d'exercice ». Cependant, il dresse un réquisitoire sévère contre le pouvoir actuel. En effet, un an après son arrivée au pouvoir, le régime de Macky Sall affiche, selon lui, un « bilan mitigé puisque les promesses qui ont été exprimées durant la campagne électorale passée et qui ont suscité trop d'espoirs n'ont pu être tenues : les coupures de courant sont de retour et de manière récurrente, les inondations ont fait beaucoup de dégâts il y'a quelques mois, les prix des denrées ont flambé, le gaz a disparu, l'école ne fonctionne pas, l'université est en ébullition, les sénégalais sont dans le désarroi et certains n'hésitent même pas à s'immoler par le feu, les agressions ont repris de plus bel, et à longueur de journée, on fait de la politique politicienne, de la transhumance, on cherche des militants. Finalement, on a envie de se demander si l'enjeu en valait la chandelle».

Toutes ces défaillances, font dire à l'allié d'Idrissa Seck lors de la dernière présidentielle que « la rupture est un bien joli mot qu'on utilise très souvent mais elle n'est pas seulement changer de président ». Pour lui, « la rupture, c'est changer de politique ; changer de politique, c'est bannir à tout jamais les pratiques de l'ancien régime parce que la deuxième alternance peut être perçue comme une seconde révolution après la première alternance. Dans les grandes démocraties, quelques fois, on parle même de deuxième république, de troisième république avec des changements profonds : changer les hommes mais également changer les pratiques et la politique et, je crois que c'est ce qui manque au Sénégal en ce moment ». D'où sa déception, « moi je croyais qu'avec le départ de Wade, on allait plus entendre ces communiqués qu'on diffuse à travers les ondes faisant la liste des membres du gouvernement qui doivent parrainer un drapeau de lutte quelque part, une soirée à Sorano où on distribue des millions. Je croyais qu'avec le départ du président Wade, on n'allait pas faire de cérémonies mondaines où des responsables politiques de l'autre camp viennent se prosterner sous forme de transhumants. Je croyais qu'avec le départ de Wade, on allait prendre en charge l'école sérieusement, ne pas rejeter tout sur l'ancien régime ». C'est pourquoi, il estime que « la rupture, ce n'est pas seulement changer de président, changer de gouvernement, c'est changer de pratiques et de politique et présentement ce n'est pas le cas ». Très en verve, l'ancien camarade d'université de Macky Sall, a aussi remis en question le processus de refondation de l'Etat prôné par les tenants du pouvoir actuel, jugeant que « la refondation de l'Etat, ce n'est pas la levée des couleurs tous les matins ou bien toutes les semaines ; la citoyenneté ne se limite pas à lever des couleurs, aligner des soldats et des élèves pour regarder le drapeau être hissé vers le ciel ». Avant d'affirmer que « la refondation de l'Etat procède d'une justice indépendante, d'institutions renforcées mais quand on met à la tête d'institutions des partisans, ce n'est pas cela la refondation de l'Etat ».


Interpellé, ensuite, sur l'incontournable question de la Traque des biens mal acquis, Mr Bâ dira : « Puisque je ne suis ni traqueur ni traqué, j'en parle avec beaucoup de pudeur », car il ne « veut pas donner l'impression de condamner ou de soutenir parce que c'est un dossier pendant en justice » mais, il estime que « quand on a eu à gérer des deniers publics, on doit rendre compte ; c'est la moindre des choses ». Il regrette, cependant, la passion avec laquelle cette question est couverte par les médias qui, « du matin au soir » ne traitent que de la traque des biens mal acquis, « sous l'influence des politiques qui, dans leur combat de gladiateurs filent les informations à la presse ». Il est d'avis (à l'image de ceux qui disaient qu'on ne se nourrit pas de routes durant le règne de Wade) qu'on « ne se nourrit pas d'informations sur les biens mal acquis ».

Sur les accusations contre ses anciens compagnons, il croit que « des sommes aussi faramineuses, quand on les évoque, on doit en avoir les preuves. C'est très grave, dit-il, de parler de 4000 milliards de francs Cfa, avant d'en avoir les preuves, pour dire qu'on va chercher maintenant ». Poursuivant, il jure « être pour la solidarité gouvernementale mais pas pour l'association de malfaiteurs (...) j'ai beau siégé dans les gouvernements mais il ne m'est jamais arrivé de participer à de telles entreprises non transparentes sur les biens publics. Je ne pourrai même pas imaginer que dans un gouvernement où je siège il s'est passé des choses pareilles ». Mais, « s'il est avéré que des ministres ont détourné, prenons le cas de Karim Wade comme on dit, plus de 600 milliards », c'est « qu'il y a un niveau de complicité insoupçonné » de l'administration sénégalaise. « Comment peut-on, dans ce pays, détourner 600 milliards sous la barbe de toute l'administration qui est là : la douane, la gendarmerie, la sécurité du pays, le ministère des finances ? », s'est-il interrogé. Avant d'en déduire que finalement, « c'est accuser toute la République, tout le système qui était là avec Wade ». Il ne croit pas à ces accusations et il est contre la médiation pénale car, « parler de médiation avant d'avoir pris les voleurs c'est déjà légaliser le vol ».


Donnant sont point de vue sur la durée du mandat présidentiel, Mamadou Lamine Bâ fait savoir qu'il est pour sa réduction non pas de 7 à 5 ans, mais à 4 ans comme c'est le cas aux Etats-Unis, en Angleterre ou encore en Allemagne, ainsi, « en un an, le président élu fait l'état des lieux, en deux ans, il fait ses chantiers, il finalise ses chantiers un an plus tard et il se présente devant les électeurs ». Ceci « donnerait la chance à toutes les générations, à tous les hommes politiques d'accéder rapidement au pouvoir et d'apporter leur savoir-faire ». Selon lui, « le monde va très vite aujourd'hui » et qu'on « ne peut pas s'éterniser pendant sept ans à la tête d'un pays ».


En outre, le président du réseau libéral africain est revenu sur son prétendu débauchage par Mbaye Ndiaye, le chargé des structures de l'Alliance pour la République (Apr) pour dire qu'il l'a appris par la presse, qu'il conseille de faire « davantage d'investigations ». « Je ne suis en contact avec aucun responsable de l'Apr », précise-t-il.

REWMI.COM/AW

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