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Au Mali, Paris victime de l’impuissance africaine

Les voisins du Mali ont laissé la France s'engager seule contre les islamistes.

Une intervention militaire française de grande envergure dans un pays africain, et aucune réaction des intellectuels camerounais réfugiés au bord de la Seine si prompts à fustiger le néocolonialisme et l'impérialisme français ? Cela aurait semblé bizarre si, pour une fois, l'affaire n'avait pas été aussi sérieuse, et si notre réaction, à nous, Africains, n'avait pas été aussi peu glorieuse.

Voici qu'une bande d'islamistes sortis d'un siècle lointain envahit un pays africain, le Mali en l'occurrence, coupe des pieds et des mains, lapide à mort tous ceux qui ne sont pas mariés selon leurs critères à eux, si différents des nôtres, détruisent quelques-uns des rares monuments historiques que nous avons encore sur ce continent, et veulent imposer à tous leur vision du monde.

Qu'a fait l'armée malienne face à cette invasion et ces crimes ? Un coup d'Etat pour renverser le Président qui était à moins de deux mois de la fin de son mandat, des exactions contre la population civile, surtout celle à la peau claire, de gros salaires et avantages accordés à l'auteur du putsch, le capitaine Sanogo, et rien d'autre. Les populations qui subissaient la barbarie des islamistes étaient priées de se démerder toutes seules. Et nous autres pays africains directement menacés par ce péril ? Guère mieux que les Maliens. Beaucoup de réunions, de parlottes, et puis rien. Jusqu'à ce jour, seuls les soldats tchadiens ont versé leur sang aux côtés des Français.

 

Que se serait-il passé si l'armée française n'était pas allée se battre au Mali ? Nous le savons tous, et c'est pour cela que nous ne la ramenons pas trop : aucune de nos armées corrompues et prédatrices n'aurait fait le poids face à ces islamistes fanatisés d'un autre âge, et il y avait fort à parier qu'ils seraient à cette heure-ci à Abidjan ou à Dakar. Personne n'a osé crier aux traîtres lorsque les Maliens se sont mis à arborer des drapeaux français dans les rues de Bamako. Nous savions que la France avait des otages détenus dans le nord du Mali et qu'ils risquaient de payer le prix fort dans cette aventure. Il est à craindre qu'ils n'aient commencé à le faire avec l'exécution annoncée de l'un d'entre eux.

 

Que doit à présent faire la France ? Il nous est difficile de lui demander de continuer de mettre en péril la vie de ses 14 autres ressortissants toujours détenus au Mali et au Nigeria. Peut-elle faire marche arrière et se retirer ? Ce serait évidemment une victoire des islamistes et cela ne ferait pas disparaître la menace que ces fous furieux font peser sur la sécurité de l'Afrique et même de l'Europe. En tout état de cause, c'est à la France de décider.

 

L'Afrique célébrera en mai le cinquantième anniversaire de l'Organisation de l'unité africaine devenue l'Union africaine. C'est peut-être l'occasion pour le continent de réfléchir sur les moyens d'assurer sa propre sécurité, sans demander aux autres de venir verser leur sang pour lui. La souveraineté dont nous nous réclamons commence par là.

 

Par VENANCE KONAN Journaliste et écrivain ivoirien

liberation.fr/

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