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Supporters de l'Olympique de Marseille au stade vélodrome: Jean-Paul Pelissier / Reuters
Supporters de l'Olympique de Marseille au stade vélodrome: Jean-Paul Pelissier / Reuters

L'OM fait vibrer l'Afrique

L'OM n'est pas uniquement un club de foot. C'est aussi un symbole fort, celui d'une «ville de métèques» un peu rebelle.

Ce titre de champion de France l'OM l'attendait depuis si longtemps, dix huit ans. Le 5 mai, il n'a pas été uniquement fêté sur le vieux port ou dans les banlieues nord de Paris. Loin de là. De Dakar à Bamako et jusqu'au fin fond de la Centrafrique, l'Olympique de Marseille compte des milliers de supporters «fanatiques».

Le championnat de France est suivi avec la plus grande attention dans toute l'Afrique francophone. Les soirs de matches, les rues de certains quartiers se vident de leur population masculine. Les soirées de championnat de France sont retransmises par Canal Horizons (version africaine de Canal Plus). Tous les foyers ne peuvent pas s'offrir l'abonnement. Mais les soirs de matches, les plus fortunés accueillent les fans désargentés. Des bancs et la télévision sont installés dans les cours intérieures.

D'autres abonnés montent même un «business». Ils font des raccordements clandestins pour leurs voisins en échange d'une participation financière. Ce qui leur permet de rembourser l'abonnement et même de faire un petit bénéfice, s'ils parviennent à trouver assez de clients.

Toutes les grandes équipes françaises ont de nombreux supporters sur le continent noir. Au Bénin, l'Olympique Lyonnais est particulièrement prisé. Car Sidney Govou est considéré comme un enfant du pays. Même si dans ce pays aussi, l'OM est sans doute plus populaire.

Le PSG aussi conserve la cote sur le continent, notamment en RDC (République démocratique du Congo). Claude Makelele est originaire de Kinshasa. Les Girondins de Bordeaux continuent également à faire rêver. «Je me rappelle avec émotion du grand Bordeaux des années quatre-vingt, de l'époque d'Alain Giresse, Marius Trésor, Jean Tigana (malien d'origine). C'est l'un des premiers clubs à avoir fait confiance à des joueurs d'origine africaine» explique l'écrivain béninois Marcus Boni Teiga. Il en allait de même de l'AS Saint Etienne dès la fin des années soixante: elle a fait jouer des footballeurs originaires du continent. Les clubs français ont été parmi les premiers à recruter en masse des joueurs africains.

«Moi je reste fidèle à l'AS Saint Etienne, c'est le club qui m'a fait vibrer quand j'étais enfant. J'ai même entretenu une longue correspondance avec Robert Herbin, l'entraîneur de la grande époque, celle des verts dans les années soixante-dix» explique Ibrahima, un chef d'entreprise dakarois.

Lors de ses passages en France, il adore faire un tour au stade «s'imprégner de l'ambiance des grands matches». Même si le traitement que certains supporters du PSG réservent aux spectateurs africains ne le rassure pas trop.

Certes, les «clubs français» subissent la concurrence de plus en plus forte des «grands d'Europe». L'ivoirien Didier Drogba —nouvelle idole de beaucoup d'Africains— a quitté Marseille depuis longtemps. Il fait les beaux jours de Chelsea. Drogba est en tête du classement des buteurs dans le championnat anglais. Et le magazine américain Time vient de le faire figurer dans la liste des 100 personnalités les plus influentes du monde. Son aura est telle dans son pays d'origine qu'il apparaît comme l'un des plus à même de réconcilier le nord et le sud de la Côte d'Ivoire.

Le Barça fait aussi rêver sur le continent noir. Pour son jeu spectaculaire, plein de panache, bien sûr, mais aussi pour ses joueurs d'exception. A l'image du camerounais Samuel Eto'o, après avoir brillé à Barcelone, il fait désormais les beaux jours de l'Inter Milan. Pourtant, si le palmarès de Marseille n'est en rien comparable à celui de ces grands d'Europe, l'OM reste pour beaucoup le choix du cœur.

L'OM n'est pas uniquement un club de foot. C'est aussi un symbole fort, celui d'une ville. Une image de cité rebelle à l'autorité du pouvoir central. «Marseille c'est aussi la ville des «métèques» par excellence. Celle à laquelle les gens du  Sud peuvent s'identifier» explique l'écrivain sénégalais Barka Ba. Un peu comme Naples à l'époque où Maradona y jouait, l'OM c'est la cité des marges, la ville rebelle à l'autorité du Nord. Plus tout à fait européenne. Déjà un peu africaine. Du moins du grand Sud.

Au Sénégal, la fascination pour l'OM est d'autant plus grande que les «Sénéf» (Sénégalais de France) ont joué un rôle essentiel dans le sacre marseillais. Leur meilleur buteur Mamadou Niang n'est-il pas sénégalais? Son compatriote Souleymane Diawara —transfuge de Bordeaux— n'est-il pas un élément essentiel de la défense du club phocéen?

«Au moment où messieurs Eric Besson et Brice Hortefeux jouent aux apprentis sorciers en alimentant les fantasmes et en jouant sur les peurs, transformant les immigrés en France en boucs émissaires, explique le quotidien dakarois Kotch, on est simplement heureux de voir deux jeunes (Mamadou Niang et Souleymane Diawara) issus des  "minorités visibles" donner tant de joie à Marseille, "ville de métèques" par excellence. Allez, après ces exploits homériques de Mamad et Soul, comme on dit de l'autre côté de la Canebière, qui ne saute pas n'est pas Sénégalais!»

Au-delà des joueurs, les Sénégalais sont aussi particulièrement fiers de Pape Diouf. L'ex-président de l'OM est le premier africain à avoir accédé à ces fonctions dans un grand club européen. Du coup, le titre de l'OM a aussi été fêté à Dakar. Avant même cette consécration, les graffitis à la gloire de l'OM fleurissaient déjà dans les quartiers populaires de Dakar. Comme si les banlieues du monde avaient trouvé leur champion. A des milliers de kilomètres de là. Dans un vieux port en voie de mondialisation.

Pierre Cherruau

Pierre Cherruau

Pierre Cherruau a publié de nombreux ouvrages, notamment Chien fantôme (Ed. Après la Lune), Nena Rastaquouère (Seuil), Togo or not Togo (Ed. Baleine), La Vacance du Petit Nicolas (Ed. Baleine) et Dakar Paris, L'Afrique à petite foulée (Ed. Calmann-Lévy).

Ses derniers articles: Comment lutter contre le djihad au Mali  Au Mali, la guerre n'est pas finie  C'est fini les hiérarchies! 

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