SlateAfrique

mis à jour le

Mali - Accoucheuses traditionnelles mais pas trop

Les accoucheuses traditionnelles maliennes s’impliquent dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale. C’est ce qu’indique le quotidien pro-gouvernemental du Mali, L’Essor, qui rend compte dans ses colonnes, d’un débat organisé le 5 juillet par Aide au développement de la médecine traditionnelle (Aidemet), une ONG locale.

La question est d’autant plus importante que malgré les différentes politiques de santé initiées dans le pays, le taux de mortalité infantile et maternelle reste élevé. Une enquête démographique et de santé menée en 2006 au Mali indique que 464 femmes pour 100.000 bébés nés vivants, ont perdu la vie pendant l’accouchement. La même enquête indiquait un taux de mortalité infantile de 94 pour 1.000.

L’accouchement aussi appelé en langue bamanan (une des principales langues du pays), muso kèlè, littéralement «la guerre des femmes»,  est considéré comme un évènement aussi bien naturel que mystique. Ce qui explique sans doute l’intervention des accoucheuses traditionnelles pendant cette période cruciale de la vie. Parce que pour beaucoup de femmes enceintes qui ont recours au service des accoucheuses, ces dernières représentent un soutien moral, car possédant un don surnaturel.

Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’accoucheuse traditionnelle est «une personne réputée dans son entourage pour aider les parturientes [femmes qui accouchent, ndlr], et dont la compétence provient d’un héritage familial ou de son apprentissage auprès d’autres accoucheuses traditionnelles».

Le recours aux accoucheuses est fréquent dans les zones rurales en raison de la pauvreté ou de l’éloignement des services de santé. Il a aussi été établi que la plupart de ces femmes sont en même temps des exciseuses. Cette double compétence peut aider à lutter contre les mutilations génitales. Car, lors des accouchements, les accoucheuses traditionnelles se rendent compte des complications que peuvent engendrer les conséquences de l'excision au moment de l'accouchement.

L’implication des accoucheuses dans la lutte contre la mortalité maternelle et néonatale est essentielle selon le professeur Rokia Sanogo, présidente d’Aidemet. Elle explique que le travail mené sur le terrain par l'association, a démontré que quatre facteurs peuvent être à l’origine du taux élevé de mortalité maternelle: la non-reconnaissance des signes du danger, le retard dans la prise de décision, le temps trop long pour accéder aux soins et le fait de recevoir des soins non adéquats. Elle ajoute que la responsabilisation des accoucheuses dans les deux premiers facteurs peut diminuer le risque encouru par les femmes enceintes. 

L’objectif de cette campagne n’est pas de faire de ces accoucheuses des agents de santé. Il s'agit plutôt de leur faire jouer leur rôle de premier recours des populations, surtout dans les villages. L'ONG Aidemet entend les inititier au respect des normes sanitaires pour servir de relais entre le système traditionnel et le système moderne.

Lu sur L'Essor