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Chaussettes sales: l'arme fatale contre le paludisme

Bientôt, les chaussettes sales auront peut-être une deuxième vie avant d'aller à la machine. Une équipe de scientifiques tanzaniens de l’Institut Ifakara Health vient en effet de mettre au point un piège à moustiques on ne peut plus original, rapporte The Washington Post.

Il utilise l’odeur, pourtant repoussante, des pieds sales pour attirer les insectes et les tuer. Les chercheurs espèrent ainsi lutter efficacement contre le paludisme, qui selon l’OMS, fait 800.000 victimes par an —essentiellement des enfants, précise Afriquinfos.

«Qui aurait pu penser qu’il existait une technologie à même de sauver des vies dans notre panier à linge sale?», lance le docteur Peter A. Singer, chef de la direction de l’association canadienne Grands Défis Canada, qui finance le projet à côté de la Fondation Bill & Melinda Gates.

Le piège est simple: il s’agit d’une petite boîte renfermant des chaussettes sales,ou un diffuseur de parfum synthétique reproduisant leur odeur:

«Lorsque les moustiques pénètrent dans le piège, ils sentent quelque chose qu'ils croient être un humain, ils tentent de le piquer et plutôt que de sucer du sang, ils se font tuer», explique le docteur Fredros O. Okumu, qui dirige l’équipe de scientifiques d'Ifakara Health

Les parois de la boîte sont en effet couvertes d’un pesticide naturel qui élimine les insectes au bout de 24 heures.

Le procédé repose sur une simple découverte: l’odeur des pieds sales a la propriété étonnante d’attirer 4 fois plus de moustiques que l'odeur d’un corps humain, indique The Washington Post.

Or, comme le confie le docteur Okumu, «les chaussettes sont faciles à se procurer et n’ont pas à être mélangées avec un produit chimique». Le piège à moustiques pourrait donc devenir un complément performant aux moustiquaires et répulsifs déjà utilisés en Afrique, qui compte 90% des victimes de paludisme à l'échelle mondiale.

Les tests en laboratoire laissent penser que ce nouveau système d’appât pourrait réduire de 20% les cas de palu, soit autant que le recul provoqué par la généralisation des moustiquaires dans les zones où la maladie est endémique.

Actuellement testé dans trois villages tanzaniens, le système de la «boîte à chaussettes» demande encore à être peaufiné, afin de savoir combien de pièges sont necéssaires et à quelle distance des habitations les installer pour attirer les moustiques mais sans accroître l’exposition de la maisonnée aux piqûres des insectes.

Malgré l’enthousiasme provoqué par sa découverte, Okumu garde la tête froide:

«Les moustiques restent des animaux intelligents. Ce qu’ils cherchent est du sang. Ils peuvent être attirés par les chaussettes, mais ils ne resteront pas longtemps dans la boîte».

Lu sur The Washington Post, Grands Challenges Canada, Afriquinfos