SlateAfrique

mis à jour le

La culture juive tunisienne sort du placard

Une association culturelle adressée aux juifs-tunisiens vient de voir le jour. Cette première, à contre-courant du climat social en Tunisie, est relayée par le site Nawaat.

Baptisée «Dar el Dhekra», la maison du souvenir, elle aura pour objectif la sauvegarde et la promotion du patrimoine judéo-tunisien. Ce, à l’heure où de récentes manifestations contre la normalisation des relations avec l'Etat d'Israël pointent du doigt cette communauté, pourtant réduite à 1.400 Tunisiens et 5 synagogues.

La priorité de l’association sera la création d’un musée dédié à la conservation du patrimoine judéo-tunisien. Son implantation est pressentie dans le quartier populaire de la Goulette, dans la banlieue de Tunis.  

L’histoire trimillénaire commune des juifs et des musulmans tunisiens ne doit pas tomber dans l’oubli. C’est en substance la vocation de cette association dont la création était inenvisageable avant la révolution. Le fondateur, Gilles Jacob Lellouche a décidé de profiter du vent démocratique et laïque qui souffle sur la Tunisie:

«Il y avait comme une sorte d’autocensure, car on craignait l’administration comme la population, on avait peur qu’elles réagissent mal. Mais, grâce au vent de liberté et de démocratisation qui règne en Tunisie depuis le 14 Janvier, on a entrepris de sauvegarder et de développer le patrimoine judéo-tunisienne afin de laisser une trace légitime dans l’histoire de la Tunisie», a déclaré le créateur de l’association.

En plus de s’afficher comme la vitrine du patrimoine juif-tunisien, l’association envisage de lancer plusieurs initiatives telles que: la création d’un musée virtuel sur son futur site internet «Dar el Dhekra» en attendant le centre culturel; la création d’une collection d’ouvrages papier ou numérique traitant du judaïsme tunisien de l’histoire à l’artisanat; un projet de recherche et de conservation du patrimoine emmené par des scientifiques et des spécialistes; des conférences et des ouvrages, prévus à l’édition, traitant par exemple de cuisine, d’humour ou encore de musique juive.

Paradoxalement, le fondateur de l’association ne semble pas préoccupé par la montée des partis islamistes en Tunisie:

«Ni moi ni ma communauté ne sommes inquiétés par le parti Ennahdha [grand parti islamiste tunisien, ndlr]. Je veux dire par là que si leur idéologie est sincère, nous n’avons rien a craindre, après s’ils veulent mettre dans la bouche de Dieu des mots qui n’ont jamais existé… D’autres pays seraient plus susceptibles de leur convenir comme l’Iran ou l’Afghanistan. Mais honnêtement, je n’ai aucune appréhension face au parti Ennahdha».

Le traditionnel pèlerinage juif, l’Hiloula, qui se tient tous les ans à La Gribha, la plus vieille synagogue du monde arabe située sur l’île de Djerba au sud de la Tunisie, et qui en temps normal accueille par milliers les juifs tunisiens, n’a cette année pas attiré les foules. Du point de vue sécuritaire, un accord entre les autorités religieuses, le grand rabbin, le président de la communauté et le gouvernement transitoire avait en effet décidé de réduire la portée de l’événement.

La communauté juive tunisienne a, quant à elle, besoin de sauvegarder son patrimoine spirituel et culturel et d’approfondir la connaissance de son passé. D’après Gilles Jacob Lellouche, la Tunisie est à ce jour «en droit de récupérer sa mémoire globale et de réconcilier son histoire» et ce, afin d’appréhender dans toute sa diversité son identité.

Lu sur Nawaat