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Election des maires : Le naam a pris le pas sur le programme

Après les déboires du scrutin législatif et municipal couplé qui se sont finalement achevées par la reprise des municipales dans plus de 30 des 45 provinces que compte le Faso, on n'a pas fini d'en finir avec la saga de l'élection des maires. A Bobo-Dorosso, les dieux sont même allés jusqu'à tomber sur la tête (lire page 3).

Au lieu de choisir les édiles d'arrondissements avec celui de la commune, comme à Ouaga, on a renversé le processus dans la cité de Sya. Conséquence, il a fallu aller devant le juge avant de pouvoir installer le maire. Pendant ce temps, les nombreux problèmes de développement que connaissent la plupart des communes urbaines et rurales du pays n'attendent pas.

Tout se passe comme si l'essentiel était de s'emparer de la tête d'une mairie, et par tous les moyens. A Gourcy, cette ville où le giga-parti au pouvoir a failli être non partant, le beau-père national a pris sa chose. Après deux mandats de député, Tahéré Ouédraogo sera bientôt intronisé premier magistrat de la commune de la capitale du Zondoma. La belle-mère nationale pourra se prévaloir d'être elle aussi « la première dame » de cette ville de toutes les rivalités qui ont failli faire perdre la face au Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Mais ce n'est pas seulement dans les rangs du camarade "Asssimi-lé" Kouanda qu'on a ce goût quelque peu exagéré pour le naam.

A l'Union pour le progrès et le changement (UPC) de "Zéphyr One", on a poussé le ridicule jusqu'à vendre la queue du loup avant même de l'avoir tué. Ses lieutenants étaient sûrs et certains que la mairie de l'arrondissement n° 5 était à eux. Mais le jour du vote, ils n'avaient que leurs yeux pour pleurer. Leur désormais ex-camarade Assibo Ouédraogo a décidé de retourner sa veste en faveur du CDP, faisant basculer ainsi la majorité étriquée que détenait le « parti du lion ». Les mauvaises langues n'ont pas hésité à jeter tous les anathèmes sur le conseiller-caméléon. A qui la faute, si la conquête des mairies est devenue si juteuse au point que certains peuvent être tentés de vendre leur âme au diable ? A la vérité, si les gens du parti au pouvoir, de la majorité présidentielle et de l'opposition se ruent autant vers la direction des mairies, c'est bien parce qu'ils sont plus intéressés par la parcelle de pouvoir qu'ils espèrent en tirer que par le véritable service qu'ils peuvent rendre. La preuve, c'est qu'on a très peu entendu parler de programmes de gestion de ces cités qui font l'objet de toutes les convoitises. Ce qui intéresse les uns et les autres, c'est de se faire ceindre les reins par l'écharpe de maire. Pour le reste, on verra.

Et pourtant, dans ce pays où la politique de décentralisation est à la croisée des chemins, on devrait davantage se soucier de sortir des sentiers battus que se livrer à des bagarres de chiffonniers pour le contrôle de mairies qui peuvent réunir à peine un budget de 5 briques (au propre comme au figuré). Pour reprendre la chanson du célèbre reggaeman ivoirien Alpha Blondy, « c'est la course au pouvoir ». Le spectacle est parfois si désolant que les déchirements et autres louvoiements qu'on entend ici et là des candidats malheureux ou grugés font penser, à juste raison, que la gestion des mairies est une fois encore mal partie pour les cinq prochaines années. Ce n'est pas cruel de le croire, puisque les véritables programmes de gestion axés sur des résultats se comptent sur le bout des doigts. Les partis politiques n'ont cure d'exiger la personne qu'il faut à la place qu'il faut. Au lieu de l'efficacité des hommes et de leurs objectifs, ils préfèrent la fidélité de lieutenants qui sont prêts à tout pour maintenir leurs concitadins dans l'obscurantisme et le sous-développement.

Aussi longtemps que l'accession au poste de maire ne sera subordonnée à aucune autre exigence que celle « d'avoir l'aval de la direction de son parti » et/ou d'être issu des rangs du parti qui a le plus de conseillers municipaux ou encore d'avoir les reins suffisamment solides pour rouler tout le monde dans la farine, le processus de décentralisation ne sortira pas de l'auberge. On va continuer à avoir des maires de communes rurales et urbaines qui se battront pour le pouvoir et le plaisir et après ils reviendront à Ouagadougou pour boire leur bière, manger leurs brochettes et sacrifieront au troisième B. Les populations sur le dos desquelles ils prennent le naam en otage peuvent continuer à manquer d'eau, d'électricité, de soins de santé primaire, d'éducation fondamentale...

Lorsque le naam prend le pas sur le programme, il y a de quoi déplorer l'absence d'instance au niveau du gouvernement pour y mettre le holà. Il faut exiger des futurs maires de faire la preuve d'un minimum de programme ainsi que des moyens financiers, humains et techniques pour prétendre à l'écharpe, les gens se mettront un peu plus au sérieux. Car, ce n'est pas lorsque ces édiles élus par deal vont commencer à gaffer qu'il faut sortir dans la rue pour demander leur démission. La légitimité, c'est maintenant qu'ils devraient l'avoir. Après, ce sera trop tard. Il ne restera plus qu'à payer les pots cassés.

F. Quophy

JJ

Le Faso

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