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Ousseynou Guèye, Chef de la Brigade de recherches de la police de Mbour, incarcéré pour viol «Ma vérité sur l’histoire de viol et sévices qui m’a valu 100 jours de prison»

Un séjour en prison, ça vous fait un homme, 100 jours, ça vous marque à vie. Ousseynou Guèye, Chef de la Brigade de recherches de la police de Mbour, accusé de viol, sévices et actes de sadisme, a vécu 100 jours sous les barreaux, à cause de l'accusation d'une jeune fille, Fatou Faty Diakhaté. Le Tribunal a tranché et l'a relaxé, vendredi dernier, des faits à lui reprochés. Mis au banc de la société, traîné dans la boue par cette sombre histoire de viol, Ousseynou Guèye livre sa vérité.

Vous avez été accusé de viol, sévices et actes de sadisme, après 100 jours de prison vous avez été relaxé par le Tribunal correctionnel de Thiès, comment avez-vous vécu cet emprisonnement ?

Je l'ai vécu difficilement. Ça a été très dur. Je l'ai vécu dans ma chair. J'ai été traîné dans la boue, j'ai été tiré vers le bas par des gens pour lesquels je me suis bâti dans le sens de la protection des personnes et de leurs biens. Et puis voilà, un jour des policiers, certains de mes collègues se sont ligués et ont aidé cette fille-là à porter plainte contre moi pour des faits qui n'existent que dans l'imaginaire de la fille. Parce que je gênais des gens, une organisation mafieuse de policiers qui se sont engouffrés dans cette brèche-là.

C'est grave quand même d'accuser vos collègues de connivence avec des dealers ...

Ces policiers encaissaient des sommes importantes des dealers. Parce que si vous parvenez à avoir 6, 7 ou 8 gens qui vous versent des centaines de mille de FCfa par mois, ça fait de l'argent et ce sont des gens qui étaient habitués à ça et je gênais. Quand j'ai été affecté à Mbour, c'était parce que l'autorité pensait que j'étais le dernier des Mohicans. Ils m'ont affecté à Mbour pour que je continue ce que je faisais l'habitude de faire dans les autres commissariats comme Thiaroye, Pikine, Point E, etc.

Qu'est-ce qui s'est passé avec cette fille pour qu'elle vous accuse de viol et d'actes de sadisme ?

C'est une fille que je connais, car nos maisons sont contiguës, depuis près de 3 ans. J'avais l'habitude de la déposer quand elle allait travailler. Souvent, elle venait me voir si elle avait besoin d'argent. Moi aussi quand j'éprouvais le désir d'entretenir des relations sexuelles, je le lui disais ouvertement. Un jour, elle est venue et je n'avais pas d'argent, je reconnais que je devais lui donner de l'argent parce qu'elle avait fait un effort supplémentaire. Et, je lui avais demandé d'attendre quelques jours, le temps que je cherche de l'argent. Ce que je n'ai pas pu, elle n'a pas arrêté et continuait à me harceler.

Racontez-nous cette fameuse nuit où la fille, Fatou Faty, vous a accusé de l'avoir violée ?

Fatou s'est senti lésée, quand j'ai remis un bol de «laakh (bouillie de mil)» et de l'argent à une fille, Thiouna, avec qui elle partage la maisonnée. Elle a piqué une crise de jalousie. Après 23 heures, alors que j'avais fini de prendre mon bain et de faire mes ablutions, elle débarque chez moi, en frappant avec insistance à la porte, en me disant : «khana danga doon sangou ?» (Tu te lavais, j'imagine ?). Je lui ai alors demandé ce qu'elle voulait. Elle me dit : «Je veux te parler.» Je lui supplie de me laisser prier, mais elle insiste en disant qu'elle peut m'attendre. Je lui ordonne alors de prendre place et de patienter. Quand j'ai fini la prière du crépuscule, je lui ai donné 200 FCfa pour qu'il m'achète quelque chose dans la boutique. Quand elle revient, elle se montre agressive en m'ordonnant de lui donner ce que je lui avais promis. Effaré, je lui réponds que je ne savais pas de quoi elle faisait allusion. Elle me parle d'argent que je lui devais. Et pendant plus de 15 minutes, elle ne cessait de me harceler. J'ai juré sur le Coran, sur le Prophète (Psl) que je n'avais pas d'argent et elle me dit pourquoi acheter et donner tout ça alors que tu n'as pas d'argent. Elle me rétorque que ce n'est pas vrai. Je l'arrête et lui dit qu'elle ne recevra plus aucun sou. Et, je l'ai même insultée. Je lui ai fait savoir que si à chaque rapport sexuel, elle voulait qu'on lui donne de l'argent, elle n'a qu'à aller chercher un carnet de santé, elle est une prostituée. J'avoue que je l'ai humiliée en lui parlant ainsi. Et, c'est le lendemain, dans l'après-midi, que j'ai entendu dire qu'une femme a porté plainte contre moi, pour viol.

Est-ce que ce jour-là vous ne l'avez pas contrainte à entretenir des relations sexuelles ?

Non jamais ! C'est ce que j'ai dit depuis le départ. Elle était venue pour de l'argent. Elle ne cessait de me demander de l'argent dès qu'elle me croisait à la boutique, dans la rue.

Comme un homme marié peut se conduire de la sorte, aviez-vous un faible pour cette fille ?

C'est un peu le côté tendon d'Achille des faits. Parce que mes épouses ne sont pas avec moi, elles sont à l'étranger.

«J'assume, j'ai un penchant pour le sexe»

Assumez-vous cette relation adultérine ?

Oui, j'assume et je veux dire la vérité ! Parce qu'il y a des gens intelligents qui m'écoutent et qui connaissent le rapport que j'avais avec cette fille. Donc, il ne sert à rien de mentir, car je serais petit devant ces gens-là. Elle était venue me voir pour de l'argent et ça a été confirmé lors de la reconstitution des faits.

Est-ce que vous n'avez pas failli moralement ?

J'assume ce que j'ai fait. Parce que je suis un homme et j'ai quelque part des sensations et mes femmes sont à l'étranger. Elles ne viennent au Sénégal que pour 45 jours. Donc, il arrive parfois que j'ai un penchant pour le sexe et je l'assume. Quelles que soient les conséquences, je les assume, car j'ai 9 enfants que j'ai bien éduqués.

Comment le Chef de la Brigade de recherches que vous êtes a vécu son arrestation ?

Cela a été un grand choc, j'ai pensé automatiquement à ma mère, c'est la première personne à qui j'ai pensé. Elle est née en 1928 et si elle ne me voyait pas à la maison pendant 30 jours, elle me cherchait partout. Je suis jumeau, mais mon frère est décédé quand on était jeunes, donc ma mère a reporté tout son capital affectif sur moi. J'ai été arrêté le 5 décembre 2012, le commissaire m'a appelé sur mon portable pour me dire que le Commandant de brigade avait besoin de moi. Je me suis présenté devant lui, mais il m'a demandé de revenir le lendemain, parce qu'il était occupé. Le lendemain, je suis allé à la Brigade de gendarmerie et ils m'ont emmené au Parquet de Thiès. Jusque-là, je ne m'attendais pas à être mis sous mandat de dépôt, parce que je pensais que c'était un entretien que je devais avoir avec le Procureur pour complément d'informations. Mais j'ai trouvé le greffier qui m'a demandé mes filiations et qui m'a informé que j'étais placé sous mandat de dépôt.

Est-ce que vous étiez au courant, au moment où vous étiez déféré, du tort que vous aviez causé à la société ?

Il y en avait pas, je n'ai pas causé de tort, je ne fais du tort à personne. J'ai porté la tenue pour la première fois en 1977, ça fait 35 ans, je ne vais pas attendre la fin de ma carrière où je devrais avoir des honneurs pour tomber aussi bas.

Et comment avez-vous vécu les premiers jours de votre détention ?

C'était très difficile, j'étais avec la presque totalité des gens que j'ai emmenés à la prison de Thiès. Les uns l'ont compris et d'autres ne cessaient de prier pour que je sois condamné comme eux.

«En prison, j'ai hérité du matelas de Luc Nicolaï»

Est-ce que vous avez eu droit à un traitement hostile de leur part ?

Je l'aurai accepté s'ils l'avaient fait. Les premiers jours, j'ai remarqué qu'ils étaient presque hostiles. Mais quelques jours après, chaque fois que je sortais de ma chambre pour aller prendre un bain, certains applaudissaient en criant «Baye Fall, Baye Fall». Je partageais ce que j'avais avec eux. Mais je ne savais pas que c'était aussi dur en prison, que le monde carcéral, la détention étaient aussi difficiles. La privation de liberté déteint aussi sur l'alimentation, sur le comportement...

Comment étaient les conditions de détention ?

J'ai été détenu comme les autres dans une cellule un peu à l'écart. Nous y étions trois fonctionnaires, on peut dire que c'était une chambre Vip (Very important personality), parce qu'on avait des matelas, on n'était pas à l'étroit, et il y avait aussi des moustiquaires. J'occupais d'ailleurs le matelas de Luc Nicolaï. Car, c'est quand je suis arrivé qu'il a été transféré à Dakar.

Comment avez-vous vécu ces 100 jours en prison ?

Je les ai vécus comme une épreuve, tout en l'acceptant. Les premiers jours étaient les plus difficiles. Mais chaque fois que je venais au tribunal et que le siège renvoyait l'affaire, je sentais au fond de moi que j'allais gagner cette bataille. Parce que c'était un cas de flagrance, et ces cas c'est pour une quinzaine de jours, l'accusé comparaît et soit il est relaxé soit il est condamné. Mais chaque fois que le délibéré était renvoyé, ça me réconfortait dans le fait qu'il y avait quelque chose qui n'était pas clair, surtout quand le Procureur a requis cinq ans. Je suis un homme de loi, je sais que la peine maximale, c'est dix ans, donc cela signifiait qu'il était indécis. Donc, j'ai attendu jusqu'au moment où l'on m'a dit qu'il y avait des zones d'ombre et qu'il fallait faire une reconstitution des faits.

Expliquez-nous comment vous avez vécu cette libération, après 100 jours de détention à la prison de Thiès ?

(Il marque une pause) Très heureux. Parce que c'est le sentiment positif, même si j'étais amer contre des gens qui étaient censés me soutenir. J'ai été libéré parce que le tribunal a estimé le 15 mars que la plainte initiée par la nommée Fatou Faty à mon endroit, que sa constitution comme partie civile est infondée. C'est le terme que le juge a utilisé. Dans ce cas, on ne parle même pas de non-lieu total, mais de l'annulation de la procédure.

Aujourd'hui, avez-vous une perception différente des plaintes déposées pour des cas de viol ?

(Catégorique) Bien sûr. Dans l'exercice de mes fonctions, j'ai eu à interpeller des gens, sur des plaintes pour viol. Aujourd'hui, je me demande est-ce que ces gens-là n'ont pas été accusés à tort ? Si c'est le cas, j'ai eu à envoyer énormément de gens en prison. Il ne se passe pas une journée sans que la presse n'évoque un cas de viol. C'est devenu maintenant un commerce et puis ça paye. Malheureusement, beaucoup de gens n'ont pas eu ma chance. Si la reconstitution n'avait pas eu lieu, certainement je serais condamné. Parce que quand nous sommes allés dans ma chambre pour la reconstitution des faits, elle est revenue sur tout ce qu'elle avait dit.

Aujourd'hui, qu'est-ce que la hiérarchie de la police dit de votre cas ?

La hiérarchie de la police ne dit rien du tout. L'attitude de mes supérieurs a accentué mon amertume. La hiérarchie de la police ne m'a pas rendu l'ascenseur.

Allez-vous réintégrer le corps des policiers ?

Jusqu'à présent, je me considère comme policier. Même si l'autorité a tenté de couper mon salaire. Quand je suis arrivé à la prison en mars, on m'a tout coupé. Personne n'a respecté ma présomption d'innocence, mais j'y croyais quand même. Je n'ai pas cédé, même si c'était très difficile. Je me sentais tiré vers le bas, mais je sentais qu'un jour, avec l'aide de ma mère, que cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir. Il y a des gens dont j'attendais le soutien à l'image de mon chef de service, malheureusement ils se sont comportés autrement. Il y a un autre de mes collègues qui s'est mal comporté aussi, et je vais porter plainte contre mon chef de service et l'agent de police à qui j'avais remis les clefs de ma chambre.

«J'ai fait du tort à mes épouses»

Vos épouses ont eu écho de vos déboires, est-ce qu'elles ne vous ont pas fait des scènes de
ménage ?


Ma seconde épouse est très en colère contre moi. Ma première épouse n'en a pas encore fait cas. Je leur ai fait du tort. Elles sont à l'étranger, elles se battent de toutes leurs forces dans ces pays occidentaux et un jour vous apprenez que votre mari est accusé de viol. Cela fait très mal. C'est un grand tort que je vais devoir supporter, parce que je sais que ce n'est pas encore fini. Et les gens se rendront compte que je n'ai rien fait du tout.

Est-ce que vous n'êtes pas ravagé par le remords ?

Non. Je ne suis pas ravagé par le remords, du moins pas totalement. Je sais qu'il y aura des séquelles, il en restera toujours. Je suis très fort dans ma tête. Cela ne peut pas s'effacer du jour au lendemain. Mais, je pense que j'y arriverai un jour.

Est-ce que vous regrettez ?

Je ne regrette rien du tout, parce que je n'ai rien fait.

MOR TALLA GAYE L' Observateur

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