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Camp de refugies de Sévaré : «Nous vivons seulement des dons des bonnes volontés», a dit M. Boubacar Traoré, responsable du Camp

Il était 13heures passées de quelques minutes seulement quand nous sommes arrivés à la porte du seul et unique Camp des déplacés de la crise qui oppose notre pays, le Mali et ses amis aux groupes armés islamistes et autres groupes rebelles qui ont occupé durant de longs mois les régions Nord du pays.

Le soleil de Sevaré, quartier périphérique de Mopti se trouvant bien implanté sur la route nationale quittant le Nord pour le Sud du pays, était à son comble. Mais cette chaleur torride et ce vent chaud n'ont nullement empêché les nombreuses personnes déplacées de voguer à leurs activités quotidiennes avec à l'esprit de pouvoir retournés un jour chez eux, dans leurs familles, leurs villages respectifs.

En effet, pour comprendre cette présence massive des populations de toutes les régions septentrionales de notre pays, il est important de remonter le temps à quelques mois près pour mieux comprendre.

Attaqué par des aventuriers Touaregs se proclamant d'une certaine localité dont ils voulaient l'indépendance en collaboration avec des islamistes et autres djihadistes venus de partout, le Mali, notre pays s'est vu divisé en deux parties après le retrait des militaires maliens des régions de Gao, Tombouctou et Kidal.

Pendant cette occupation, les populations civiles ont subi toute sorte d'exaction de ceux-là même se proclamant du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), groupe rebelle qui a commis les massacres d'Aguelhok. C'était donc pour fuir ces exactions à répétitions que des familles entières ont préféré quitter leurs terres et leurs biens pour trouver refuge dans les camps de déplacés de guerre vers les régions du Sud et du Centre du pays dont Mopti.

C'est pour connaitre davantage sur les réalités et les conditions de vie de ces centaines de personnes que nous sommes allés à la rencontre des responsables de ce camp de déplacés implanté dans plein Sevaré. Ainsi, nous avons rencontré le secrétaire général du Camp, M. Boubacar Traore, originaire de Hombori. Sans détour, M. Traoré  nous a expliqué dans les plus petits détails les conditions de vie, les difficultés auxquelles ils sont confrontés et aussi l'espoir des populations à retourner un jour chez eux.

«Je suis très heureux de votre visite. Aujourd'hui, nous avons dans ce camp 70 familles avec 587 personnes dont 333 femmes. Les personnes présentes ici sont venues de toutes les régions Nord du Mali, Gao, Tombouctou et Kidal. Mais il faut noter que la région de Tombouctou est la plus représentée.

Depuis maintenant plus d'un an, nous ne vivons que des dons et du soutien des populations de la ville de Mopti et de Sevare. Plusieurs ONG, notamment Enda Tiers Monde, Caritas, Catholic Relief Services qui ont soutenu en construisant des kiosques d'habitation aident aussi pour la nourriture, les médicaments et l'accompagnement socio-éducatif... aussi des organisations de femmes de Mopti viennent nous aider beaucoup. L'une des plus grande difficultés que nous avons aujourd'hui est le cas d'un déplacé du nom de Alassane Maiga qui souffre d'hypertension et qui n'a aucun moyen de se soigner. Il est présent ici avec sa famille de neuf (9) enfants. Nous cherchons des sponsors pour l'aider à se soigner.

L'autre difficulté majeure est le nombre très petit de toilettes dans le camp. Il y'a seulement 14 toilettes pour 587 personnes.»

Sur la question des exactions commises sur les populations par les combattants du MNLA, en présence de la présidente des femmes du Camp, le secrétaire général, M. Boubacar Traoré a dit ceci : «Nous avons ici plusieurs femmes et autres jeunes filles qui ont été violées par les combattants du MNLA. Souvent des femmes étaient violees devant leurs maris sans que ceux-ci ne puissent dire mot. Nous avons évoqué ces questions avec toutes les autorités nationales et internationales qui nous ont rendu visite pour que justice soit faite.

Nous n'avons pas d'armes pour nous défendre ou nous rendre justice, mais nous attendons beaucoup de l'état de rendre justice à nos femmes et à nos filles violées ou simplement des cas des hommes tués par les combattants du MNLA avant même la prise des choses en main par les islamistes. En tout cas nous restons derrière nos autorités et notre gouvernement

C'est dans une émotion très visible que le responsable du site a émis le v½u de retourner chez lui dans un bref délai, car la vie dans le camp  n'est pas du tout repos. «Je sais que le retour ne sera pas du tout facile, car nous n'avons plus rien là-bas chez nous, mais en plus de cela, cette crise nous a énormément divisé. Nous avons vu et subi toute sorte de traitement par des touaregs avec lesquels nous avons toujours vécu dans les mêmes quartiers et dans les mêmes villes. Et je vous dis, rien ne sera plus comme avant. Nous souhaitons avoir quand même un soutien des hautes autorités avant de retourner dans nos villages respectifs, car nous avons tout perdu. Nous n'avons plus de bétails, plus de maisons habitables. Nous retournons avec l'espoir de tout reprendre et de pouvoir continuer vivre dans nos villages respectifs

Avant de terminer ses propos, M. Boubacar Traore a tenu à saluer l'engagement des populations de Mopti qui ne les traitent jamais de « déplacés» et qui ont soutenu beaucoup les enfants dans leur insertion sociale. Et selon un responsable du développement social de Mopti, les retours se feront au fur et à mesure que la sécurisation des villes sera totale, car le risque serait trop grand si cela n'est pas le cas.

Moussa KONDO, envoyé spécial à Mopti

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