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RDC: Bosco Ntaganda, au gré des guerres de l'est congolais

Le général congolais Bosco Ntaganda, réfugié à l'ambassade des Etats-Unis au Rwanda où il attend son transfert à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, a mérité son surnom de "Terminator" en deux décennies de violences dans les pays des Grands lacs.

Du génocide des Tutsis au Rwanda (1994) à la dernière rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans l'Est de la République démocratique du Congo (RDC), cet aventurier opportuniste sera de toutes les guerres qui vont déchirer la région, entraînant des violences inouïes sur les civils.

Grand, de corpulence moyenne, teint clair, très imbu de lui-même, Ntaganda est réputé, partout où il est passé, pour avoir la "gâchette facile". Il est surnommé "Terminator" ou "Maréchal", même s'il n'aura été général congolais que de 2007 à 2012.

Issu d'une famille tutsi de six enfants, Bosco Ntaganda est né en 1973 à Ruhengeri, ville du nord-ouest du Rwanda qu'il a quitté au milieu des années 80 pour s'installer dans l'est de la RDC à Ngungu, dans la région du Masisi, dans la province du Nord-Kivu, où vit une importante communauté rwandophone.

Dépourvu de tout diplôme, d'expérience exclusivement militaire, il fait ses armes avec le Front patriotique rwandais (FPR) avec qui il conquiert le Rwanda et met fin au génocide des Tutsis par les Hutus en 1994.

Deux ans plus tard, en RDC, il prend part à la rébellion victorieuse de Laurent-Désiré Kabila contre le maréchal Mobutu Sese Seko, lequel tombe finalement en mai 1997.

Alliances et trahisons

Une fois Joseph Kabila - fils de Laurent-Désiré - président, Ntaganda intègre l'armée gouvernementale congolaise, mais il entame, dès l'année suivante une décennie de rébellions.

Il combat dans l'Ituri (nord-est) aux côtés des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC) où il commet les méfaits qui lui valent en 2006 un premier mandat d'arrêt de la CPI, resté secret.

En 2008, la CPI révèle ce mandat. Ntaganda a alors pris du poids et s'active dans une autre rébellion: le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Il renverse début 2009 son chef charismatique Laurent Nkunda, qui est arrêté au Rwanda et placé en résidence surveillée par le président Paul Kagamé.

Ntaganda, qui a été nommé général en 2007 sans intégrer l'armée, gère en 2009 l'intégration du CNDP dans l'armée, qu'il rejoint lui aussi. Malgré sa trahison de Nkunda, il garde le contrôle de ses combattants et, selon des ONG, profite de sa position pour exploiter illégalement des minerais, dont regorge le Kivu, riche région qui aimante tous les prédateurs. La CPI lance un second mandat en juillet 2012.

Les organismes internationaux des droits de l'homme font alors pression sur le président Kabila pour qu'il livre "Terminator" à la CPI qui lui reproche notamment l'enrôlement d'enfants soldats et des viols, commis dans les régions de l'Ituri et du Kivu au début des années 2000.

Kabila refuse, prétextant que son maintien dans les Kivu représente le prix à payer pour la paix. Alors qu'il semble sur le point de céder aux pressions, Ntaganda est finalement radié de l'armée congolaise début 2012, après avoir fait défection. Il fonde, selon Kinshasa, une nouvelle rébellion, le M23.

Ce groupe armé à forte dominante tutsi rwandophone a toujours démenti tout lien avec Ntaganda. Cependant, selon des experts de l'ONU et plusieurs ONG, le général Ntaganda joue un rôle de premier plan au sein de la rébellion et fait partie de la "chaîne de commandement de facto" du M23, accusent dans un rapport les experts de l'ONU.

Le M23 s'est finalement divisé fin février 2013 entre son président politique Bishop Jean-Marie Runiga et son chef militaire, le général Sultani Makenga, plus conciliant avec le gouvernement congolais et qui annonce son intention d'arrêter Ntaganda pour le remettre à la justice internationale.

Son avocat, Antoine Mahamba Kasiwa, dresse de l'ex-général un tout autre portrait. Ntaganda "n'a pas les caractéristiques d'un criminel", assure-t-il. Il enrôle pourtant des enfants dans la rébellion, accuse Human Rights Watch.

Contrairement à la plupart des militaires vivant dans des conditions difficiles, le général polyglotte (kinyarwanda, swahili, anglais) possède une ferme dans le territoire de Masisi et, à Goma, la capitale du Nord-Kivu, une résidence cossue où il offre volontiers aux invités un verre de lait en signe de bienvenue.

Il "adore le jogging, passe la moitié de son temps sur internet et aime bien s'habiller", ajoute son avocat.

AFP

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