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Dérives totalitaires sur la presse malienne : La mauvaise rançon du président Dioncounda Traoré ?

Depuis le coup d'Etat du 22 mars 2012, la presse malienne qui a joué un rôle très important dans l'avènement et l'ancrage démocratique dans notre pays, est mise à rudes épreuves à travers des intimidations, des harcèlements, des enlèvements, des arrestations arbitraires et des agressions. Alors qu'elle avait placé toute sa confiance en Dioncounda Traoré dans la conduite de la transition, elle est ces derniers temps plus que déçue de son attitude, pour ne pas dire de sa caution, qui fait en sorte qu'elle est de plus en plus martyrisée par une police politique, qui ne dit pas son nom, comme si nous étions dans une République bananière.

Comme dirait l'autre, la caractéristique principale de la Transition actuelle est la cohabitation entre la Constitution et le coup d'Etat du 22 mars 2012. En observant les événements des dernières semaines dans notre pays, on peut faire ce constat amer que le coup d'Etat du 22 mars 2012, loin d'être résorbé, est en train de prendre le dessus sur la Constitution. Cette réalité, source de confusion et d'immobilisme, ternit considérablement l'image du pays, au moment où nous sommes l'objet d'une attention particulière de la Communauté internationale.

En effet, les interpellations des parlementaires, d'hommes et de femmes politiques, ainsi que des hommes et femmes des médias, ont fait de la Sécurité d'Etat un immense commissariat de police détourné des missions fondamentales d'un service qui doit plutôt veiller sur la sécurité du pays. Pour preuve, depuis le coup d'Etat de mars 2012, les journalistes maliens ne dorment que d'un demi-½il. A qui sera demain le tour, se demandent-ils, en se référant aux interpellations et arrestations arbitraires. On se souvient encore que le 9 mai 2012, le Directeur de publication du journal LE PRETOIRE, Birama Fall, avait été interpellé par la Sécurité d'Etat. Le 24 mai 2012, Chahana Takiou, Directeur de publication du journal 22 SEPTEMBRE, est convoqué par la sécurité militaire. Le 2 juillet 2012, Abdramane Kéïta, Directeur de la Rédaction du journal AURORE, est enlevé, torturé et pillé. Le 12 juillet 2012, Saouti Haïdara, Directeur de publication du journal L'INDEPENDANT est enlevé, torturé et laissé pour mort.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase est la détention illégale, depuis le 6 mars 2013, de Boukary Daou, Directeur de publication du journal LE REPUBLICAIN. On aurait plutôt aimé voir la Sécurité d'Etat montrer le même zèle, au moment de l'attaque contre le président intérimaire le 21 mai 2012. A-t-elle vu venir cette agression ? Combien de personnes ont été interpellées ou détenues à la Sécurité d'Etat pour cause d'agression du président intérimaire, Dioncounda Traoré ? A-t-elle seulement interpellé une seule personne quand une Coalition séditieuse et putschiste conspirait pour renverser le président les 8, 9 et 10 janvier 2013 ?

Avec tout le courage qu'on le connaît, lui qui a été d'ailleurs interpellé par la Sécurité d'Etat, à la suite de notre confrère Boukary Daou en tant que promoteur du journal LE REPUBLICAIN, Tiébilé Dramé invitait, lors de la table ronde du 16 mars 2013 comptant pour le 24ème anniversaire du journal LES ECHOS, la Sécurité d'Etat «à se concentrer sur la sécurité du pays et à laisser les services compétents de police assumer leurs missions dans le respect des règles de l'Etat de droit.

La presse trahie par Dioncounda Traoré

Depuis sa désignation au terme de l'Accord-cadre du 6 avril 2012 entre la junte militaire et la Cédéao, le président par intérim de la République du Mali, Dioncounda Traoré, a eu l'aval de la presse malienne. Même dans les terribles tiraillements entre les pro et anti putschistes, les uns soutenant la décision de l'Accord-cadre et les autres la récusant, l'actuel président de la transition a eu l'appui de la majorité des journalistes locaux, en vue de la réussite qui la double mission qui lui a été assignée, à savoir, la reconquête des trois régions du Nord qui était sous occupation des jihadistes et des terroristes, et l'organisation des élections libres, transparentes et crédibles.

Mieux encore, son agression a été très mal ressentie dans les milieux de la presse, qui ont d'ailleurs dénoncé avec véhémence cette mascarade d'assassinat intenté contre la première Institution de la République. Ce qui est choquant dans cette histoire, c'est qu'il a préféré garder le mutisme devant ces agressions sans cesse croissante des journalistes dans l'exercice de leurs fonctions. Ingratitude ou peur devant les hommes en tenue ? L'on ne saurait clairement le dire. Toujours est-il que le président Dioncounda semble désormais se ranger du côté de l'ex-junte militaire, ou du moins, tenter de prouver à la face du monde que le capitaine Sanogo et lui soufflent dans la même trompette.

De toutes les façons, en témoignent ses sorties malencontreuses sur les médias étrangers, incriminant le Directeur de publication, Boukary Daou, d'avoir outrepassé ses prérogatives. Peut-on incriminer ou condamner quelqu'un, tant qu'il n'est pas devant les juridictions compétentes ? Incontestablement, Non. Le président Dioncounda Traoré, doit impérativement se réconcilier avec la presse nationale. Laquelle joue un important rôle dans la résolution de la crise du Nord et qui doit jouer sa partition dans la pacification de la Nation.

S'il est vrai que la presse est le quatrième pouvoir de la République, le président Dioncounda a plutôt intérêt à composer avec elle, plutôt que de l'avoir dans son dos.

Bruno LOMA

 

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