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Ces nouveaux « afghans »

Que des tunisiens sa fassent massacrer partout sur la planète Djihadiste, cela me laisse de marbre et je dirai même : tant pis pour eux. Détrompez-vous, je suis loin d'être « chmayti » mais je ne peux accepter une liberté limitée. De quel droit, en effet, se permet-on de donner des leçons à ceux qui s'engagent, volontairement ou involontairement, sur le chemin du Djihad ? De quel droit limite-t-on le droit à la liberté du choix dont dispose chaque individu de disposer de sa vie comme il l'entend ? Celui qui se suicide par le feu serait-il, ainsi, un martyr et celui qui se fait massacrer, en Syrie, un idiot manipulé ? Allons donc, les choses ne sont pas aussi simples. Sinon comment peut-on, sérieusement, croire que des dizaines de milliers de jeunes tunisiens ne seraient que des simples d'esprit ? Cessons, une fois pour toutes, de projeter notre vision du monde sur les autres et de croire que tout ce qui n'y cadre pas est forcément mauvais. Libre à quiconque d'aller se faire massacrer où il veut. N'oubliez jamais que si le droit à la vie est sacré, le droit à la mort l'est tout aussi, sinon, plus.

Bon maintenant que j'ai dit ce que j'avais à dire, je vais nuancer, tout de même, mes propos. Rassurez-vous, je ne vais pas me contredire, je maintiens mes propos concernant la liberté de choisir et je dirais, même plus, TOUTE LA LIBERTE SE RESUME DANS LA LIBERTE DE CHOISIR, tout le reste n'est que théories fumeuses, funestes et funambules sur un fil d'araignée. Non, ma nuance tient au rôle que doit jouer la puissance publique, vis-à-vis des citoyens. Mais attention, je m'aventure, là, sur un terrain, non seulement inconnu, sous nos latitudes, mais, également, fortement miné, y compris chez ceux qui le fréquentent, depuis deux ou trois siècles, en occident. Il est évident, que chez nous, depuis la « évolution », la puissance publique a totalement disparu. Quant aux citoyens, j'ai beau chercher, je n'en ai pas rencontré un seul qui porte l'épithète de tunisien. C'est que les derniers citoyens qui ont vécu sur ce territoire ont disparu depuis plus de deux mille ans !

Voilà donc où nous en sommes : 11 millions d'êtres humains non citoyens, pas plus sujets, d'ailleurs, qui se chamaillent, à longueur de journées, de semaines, de mois et d'années, sur un beau territoire où l'ETAT, ou la PUISSANCE PUBLIQUE conserve une forme sans contenu. Alors, pourquoi prendre la peine d'en parler ? C'est que l'on ne peut parler de rien d'autres si l'on veut parler des hommes vivant en société. La société humaine n'est rien d'autre que ce continuel ajustement entre les prérogatives de la puissance publique et les droits des citoyens. Ce rapport dialectique détermine, en totalité, l'essor, la stagnation ou la déchéance d'un pays. Lorsque le mécanisme de l'ajustement de ce rapport de force se coince, c'est la disparition, à plus ou moins brève échéance, ou bien... la Révolution. Dans les deux cas, l'on assiste à la disparation, immédiate, de la puissance publique sans que les habitants aient acquis le statut de citoyens. A la disparition, succède une longue période de troubles durant laquelle l'homme redevient un loup pour l'homme (surtout, pour la femme), alors qu'à la suite d'une Révolution, la période d'incertitude ne dure que quelque temps car la puissance publique, mais si elle a disparu, conserve la forme sans le contenu. Or une forme, c'est, une sorte de moule, qu'il suffit de retravailler, un peu, et de remplir, à nouveau. Cela peut prendre, deux ou trois ans, comme cela peut prendre quelques dizaines d'années. A ma connaissance, aucune Révolution n'a pu faire l'économie d'un tel processus.

Mais revenons, un peu, à nos lavés du cerveau. J'ai déjà expliqué dans un précédent article que le besoin de spiritualité est fondamental pour un pays traditionnaliste, comme la Tunisie. Si ces jeunes avaient trouvé les réponses spirituelles adéquates sous leurs cieux, ils ne seraient pas allés les chercher dans des élucubrations fumeuses, fraichement importées. Et c'est ici qu'il nous faut regarder, pour comprendre comment on peut, facilement, les manipuler. Il est plus facile de manipuler un cerveau vide qu'un cerveau bien rempli. Si vous voulez que l'on ne manipule pas vos gosses, maintenant qu'ils ne sont plus protégés par la puissance publique, il ne suffit pas de crier au loup ou de chialer, après coup. Il vous faut, d'abord, répondre à leur besoin d'ancrage et de spiritualité. On me fait marrer lorsque l'on fait remarquer, avec étonnement, que les Djihadistes appartiennent tant aux milieux aisés qu'aux milieux démunis. Depuis quand le besoin de spiritualité tient compte des comptes en banques et compagnie ; de la satisfaction ou de la non satisfaction des besoins matériels ? Vos gosses vous envoient un signe de détresse et tout ce que vous trouvez à dire, c'est que Larayedh ne fait pas son boulot ?

D'un autre point de vue, oui, Larayedh ne fait pas son boulot. Mais attention, je ne dis pas qu'il est coupable, car il ne l'est pas. Pas plus, d'ailleurs, que son chef et Cheikh, Rached Ghannouchi, ni qui que ce soit d'autre, d'ailleurs. Comment voulez-vous que ces gens soient responsables de quoi que ce soit, alors qu'ils ne sont responsable de rien du tout ? Avez-vous, déjà, oublié le terrible et pathétique aveu de Hammadi Jebali, qui, dans un rare moment de lucidité, nous a, clairement, dit qu'il n'est pas plus « responsable » que n'importe qui d'entre nous ? Entendez par là que personne n'est responsable, dans ce pays. Hamadi Jebali voulait confier les affaires du pays à un panel de technocrates, seuls susceptibles, à ses yeux, de restaurer la puissance publique, en quoi il se trompait, bien évidemment. La puissance publique se construit, autrement, je vous l'assure, je le sais car je connais la bonne recette, pour l'avoir cherchée et trouvée ! Je suis prêt à partager ce secret avec vous si vous me le demandez.

Mais supposons, un instant, que la puissance publique est là pour jouer son rôle vis-à-vis de ces jeunes en perte de repère spirituel. Comme s'y serait-elle prise, pour empêcher que le Djihed ne devienne un phénomène de société ? En d'autres termes, comment recadrer un sujet en l'absence du réceptacle qui le contient ?

La réponse est simple : l'Etat se serait, tout simplement, assuré que le choix est assumé à titre individuel, c'est tout. En aucun cas l'Etat n'aurait empêché quelqu'un d'assumer son choix fait en TOUTE LIBERTE ! Or, légalement, chacun est libre de s'assumer, à partir de 18 ans révolus. Exit, donc, la dimension familiale et avec elle cette grande charge émotionnelle qui nous prend à la gorge, chaque fois que l'on évoque ce sujet. De même la puissance publique est dans l'obligation de s'assurer que rien d'illégal n'entache ou ne conditionne le choix personnel. J'entends par illégal, non pas que des prêcheurs profitent des mosquées pour appeler, les jeunes ou les moins jeunes, au Djihad, car j'estime que c'est leur droit absolu de le faire ou de ne pas le faire, mais, plutôt, tout ce circuit qui mobilise, finance, assure la logistique et l'intendance de cette opération, en dehors de toute légalité. C'est là que la puissance publique est tenue d'agir, non pas tant pour sauver la vie à ces pauvres bougres, que pour veiller au respect de la loi. Pour dire ça, méchamment, je dirais que la puissance publique ne doit pas tolérer que des individus ou des organisations non déclarées, s'enrichissent du commerce de la chair humaine sans qu'ils paient d'impôts ! Comme la puissance publique n'a aucune chance de légaliser ces organisations ou de percevoir de l'impôt sur des opérations frauduleuses, il ne lui reste plus qu'à sévir. Exit, donc, la dimension organisationnelle et clandestine du problème.

Il reste, cependant, un dernier problème à traiter. Comment décourager ces bouchers de venir faire commerce de chair humaine, chez nous ? À mon sens, la seule solution, qui remet le moins en cause le sacrosaint principe de liberté du choix individuel, mais qui barre, tout de même, la route à toute opération de manipulation et de lavage de cerveau est celle qui traite et exclut, légalement, l'aspect sectaire de la question. La puissance publique est en droit, en effet, de cadrer les activités des sectes. Comment le faire, relève du consensus général. En fait, la question n'est pas si simple. Il s'agit de savoir, ici, ce qu'il faut déléguer, de notre droit à la liberté, à la puissance publique sans, réellement, aliéner, celui-ci ? C'est que la puissance publique est gourmande, en matière de confiscation des libertés. Une fois le processus de confiscation est entamé, il est difficile de l'arrêter, surtout dans des pays qui manquent de tradition dans la pratique de la liberté. Si vous avez compris cela, vous n'irez plus demander à l'Etat de confisquer la liberté de qui que soit, sous prétexte que la société est menacée. C'est simple, cela peut se retourner contre vous, surtout vous les femmes. Certains, en effet, prétendent que notre société est menacée de dissolution du fait même de « l'excès de liberté » accordée aux filles d'Eve et proposent, de fait, de limiter la liberté de la moitié de la société. Vous ne pouvez soutenir, en même temps, que l'on interdise aux jeunes d'aller faire le Djihad, en Syrie, et que l'on interdise, à certains, de vouloir limiter la liberté de la femme, car cela procède, en fait, de la même logique. Tout cela doit être interdit, ce qui signifie que chacun est libre de choisir le lieu et l'heure de sa mort.

Voilà ce qu'aurait fait une puissance publique bien établie dans ses chaussures. Voilà ce que ne peut faire une puissance publique qui n'existe plus. Mais savez-vous quoi ? En réalité les fondements de la société sont, réellement, menacés par ce nouveau phénomène Djihadiste. Non pas, parce que ces jeunes sont en manque ou en perte de repères -qui ne l'est pas, de nos jours? - mais parce que l'on est en train d'assister à un phénomène de naissance de milliers de bombes à retardement. Oui, et là je pèse mes mots : « malheureusement », tous ne mourront pas en Syrie. Ne vous offusquez pas, ce « malheureusement » s'adresse à ces jeunes, car n'est-ce pas ce qu'ils sont allés chercher, en Syrie ? Figure-vous que, les nombreux survivants d'entre eux, s'ils ne sont pas correctement déprogrammés, en temps voulu, ils se diront que ce n'est que partie remise et qu'ils pourront toujours se rattraper, à LEUR RETOUR AU PAYS. Vous voyez le danger, maintenant ? Ce ne sont pas quelques dizaines d'afghans qui rentreront au pays, mais des milliers de NOUVEAUX AFGHANS en provenance, directe, de Syrie et d'autres horizons. Même ceux qui sont en train de les mobiliser et de les manipuler dans l'ombre, risquent de faire les frais, dans l'avenir, de leur incommensurable bêtise présente. Mais le plus grand des dangers viendrait du fait que ces déracinés spirituels, si leurs rangs continuaient à grossir, de la sorte, à leur retour, de retarder, considérablement, la renaissance de la puissance publique, ce qui prolongerait, de facto, la période chaotique d'incertitude et de tâtonnements.

Incidemment un autre danger se profile à l'horizon de nos malheurs. Ils seraient, d'après des sources algériennes, 10 à 17 000 jeunes tunisiens, partis en Syrie. Les projections nous promettent 30 000 à 50 000, jeunes djihadistes, made in Tunisia, d'ici la fin de l'année. Imaginez ce que serait ce nombre, si le conflit syrien se venait à se prolonger quelques années ! Ce sont autant de jeunes qui manqueront à l'appel lorsque leurs équivalents féminins seraient en âge de se marier. Cela donnerait un argument de poids pour les nombreux tenants de la polygamie. Ne vient-on pas, déjà, de déposer, à l'ANC, un projet de loi, pour le retour à la polygamie, comme l'a dénoncé, le 18 mars, Selma Mabrouk, élue ANC démissionnaire d'Ettakatol? Et tenez-vous bien, ce sont les même qui tirent les ficelles des filières djihadistes qui sont à l'origine de ce projet de loi ! C'est comme s'ils n'avaient fait, tout cela, que pour avoir l'occasion, officielle, de faire fructifier leurs projets matrimoniaux en multipliant les épouses, à souhait. En attendant que les jeunes qu'ils envoient à la mort, en Syrie, ressuscitent et se voient attribuer des Houris, en grand nombre, au paradis, pour service rendu à je ne sais qui, eux, ils profiteraient de vraies chairs fraiches, ici et maintenant, et ils seraient remerciés, en plus, pour service rendu à la communauté, pour avoir épousé des dizaines de milliers de jeunes filles qui, sans cela seraient devenues... de vieilles filles aigries. Oh, mon Dieu. Les tordus !

Alors, et en attendant que la puissance publique retrouve ses esprits, qui, d'après vous, est à même de dissuader les virtuels nouveaux afghans si ce n'est leurs virtuelles futures promises ? Plus que le père et la mère, plus que le frère et la s½ur, plus que l'ami, le professeur, ou la prostituée du coin, la future promise, qui fréquente le même banc d'école ou de faculté, a plus d'ascendant sur n'importe quel boutonneux ou même puceau ! Alors courage, mesdemoiselles, défendez, becs et ongles, vous futurs époux, probablement, aussi, vos futurs tortionnaires. Sinon, vous serez parquées dans une fruste Tunisie, peuplée d'un vaste troupeau de moutons. Un vaste troupeau de moutons, comme vous le savez, se compose, presqu'exclusivement, de brebis et de leur petits et, accessoirement, d'un ou deux moutons/béliers reproducteurs, de leur état. Les petits mâles, une fois devenus grands, sont sacrifiés durant l'Aïd avec la garantie d'aller au paradis. On ne sait s'il s'agit d'un paradis pour moutons. Ni ce qu'est un paradis de moutons ! Les femelles sont gardées pour être engrossées autant de fois que leur résistance physique le permet. Les mâles reproducteurs sont là pour satisfaire leurs propres besoins sexuels débridés, à tout bout de champ. Cela ne vous rappelle, vraiment, rien ?

Par Ridha Ben Kacem le 19 mars 2013

Nous ajoutons à ce papier ce reportage réalisé par Nessma Tv qui parle des réseaux d’encadrement et de recrutement de ces jahadistes chair à canons qui agissent avec une complicité totale des autorités islamistes en place .

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