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Une Libyenne fait le V de victoire, le 26 février 2011. REUTERS/Valentin Flauraud
Une Libyenne fait le V de victoire, le 26 février 2011. REUTERS/Valentin Flauraud

Et les gagnants de l'intervention militaire en Libye sont...

Si l'heure n'est pas encore au bilan en Libye, on peut d'ores et déjà produire la liste des acteurs de l'intervention militaire qui s'en sortent plutôt bien.

Si l’on se fie à l’Irak et à l’Afghanistan —et je ne vous parle même pas du Vietnam—, il sera bientôt temps de déclarer la victoire en Libye et de rentrer à la maison. Mais on peut d’ores et déjà produire une liste des grands gagnants du moment de cette non-intervention policière/non-guerre/non-changement de régime/zone d’exclusion aérienne qui est en train de rappeler au monde que la diplomatie est un art plus difficile que d’organiser des actions sociales à Chicago.

Ce ne sont peut-être pas les seuls gagnants, mais en voici qui pour l’instant ne s’en sortent pas mal.

5. Le peuple libyen

Il est absolument exclu que cette guerre se termine avec Kadhafi au pouvoir. Ça, c’est la bonne nouvelle, et la raison pour laquelle le peuple de Libye figure dans cette liste. La mauvaise nouvelle, c’est que nous ignorons qui va prendre les rênes une fois le nouveau gouvernement en place, et que certaines personnes qui soutiennent activement l’opposition ne sont pas très sympathiques. Vous pouvez vérifier. Selon un rapport de la CNN, Abou Yahya al-Libi, le leader d’al-Qaida en Libye, a récemment déclaré:

«Sortir ces régimes n’est pas la dernière étape du changement.»

Dans le même article nous est livrée une déclaration d’al-Qaida au Maghreb islamique:

«Nous serons à vos côtés, si Allah le veut.»

4. Ceux qui se font oublier

Le cynique et le réaliste en moi pensent que la Ligue arabe a soutenu l’intervention en Libye parce qu’il était dans l’intérêt d’une foule de gens dans le monde arabe de détourner l’attention. Ne sont-ils pas contents, les Saoudiens, de pouvoir écrabouiller la rébellion au Bahreïn pendant que les caméras regardent ailleurs? Et les Syriens alors? Et les Émirats arabes unis, de pouvoir soutenir les Saoudiens à Bahreïn tout en ayant l’air de soutenir l’Occident en Libye? Et Mahmoud Ahmadinejad, depuis que le monde ne pense plus à regarder ses petites expériences scientifiques à la cave (voir plus bas)? Ne parlons même pas de tous ceux, des Nord-Coréens aux ministres des Finances de pays comme le Portugal et l’Espagne, trop contents de laisser Mouammar & Co occuper le devant de la scène pendant un moment.

3. L’Iran

À Téhéran, évidemment, on n’est pas seulement content parce que le monde regarde ailleurs… On a des raisons de se réjouir puisque jusqu’à présent, les soulèvements ont été bénéfiques sous biens des aspects. Les ennemis en Égypte et en Libye ont été déposés ou ne tarderont pas à l’être, les chiites se soulèvent à Bahreïn, les Jordaniens modérés et les Saoudiens sont inquiets et les Israéliens peut-être encore plus que les autres. En outre, l’Amérique va sortir de l’aventure libyenne encore moins encline à consacrer du temps et des ressources à l’Irak et à l’Afghanistan, créant ainsi un vide que les Iraniens sont déjà en train de remplir. On l’appelle peut-être le «printemps arabe», mais en farsi (persan) ça ne se traduit pas du tout comme ça.

2. Les autoritaristes ombrageux

En parlant des Saoudiens —mais cela vaut aussi pour les Yéménites, les Syriens et les Bahreïnis, sans oublier les Chinois— le double message de cette intervention est clair comme de l’eau de roche. Le premier est que si vous avez l’intention d’écraser l’opposition, faites-le vite, parce que la communauté internationale ira moins vite que vous. Et deuxièmement, même si vous prenez votre temps pour éliminer vos ennemis, l’issue certaine de l’Opération Odyssée Merdeuse est que tout le monde y réfléchira à deux fois avant de se lancer de nouveau dans ce genre d’aventure militaire.

1. Les abstentionnistes

Si les diplomates qui ont adroitement tricoté le vote de l’ONU en faveur de la mise en place de la zone d’exclusion aérienne ont fait l’objet d’une grande attention, les projecteurs ont oublié le bloc de puissances alternatif qui a émergé au cours du vote: les abstentionnistes. Ces pays, le Bric plus l’Allemagne, se sont peut-être abstenus pour le vote mais en imaginant ce qui se serait passé dans le cas contraire, leur puissance potentielle apparaît clairement. La Chine et la Russie ont un droit de veto. Et des quatre pays les plus susceptibles de les rejoindre en tant que membres permanents du Conseil de sécurité dans les années qui viennent, trois faisaient partie de ce groupe (même si Barack Obama n’approuve pas la candidature du Brésil. Après tout, le Brésil n’est pas un candidat potentiel parce que c’est ce que veulent les États-Unis —c’est un candidat potentiel parce que c’est la septième plus grande économie du monde, que ce sera la cinquième dans quelques années, parce que c’est le cinquième pays le plus peuplé de la planète et la puissance dominante de son continent).

La Chine et la Russie ont commencé à attaquer la mission en Libye à peine était-elle lancée, et l’Allemagne vient de se retirer de l’opération de l’Otan. Ce groupe, ou la plus grande partie de ses membres, sera bientôt vu comme l’alternative à la vieille alliance transatlantique qui, vous l’aurez noté, ne fait pour l’instant pas partie des gagnants de cette liste (bien qu’il faille reconnaître qu’il suffise de quelques jours, de quelques retournements de situation et du départ de Kadhafi pour que cela change).

David Rothkopf

Traduit par Bérengère Viennot

A lire aussi, du même auteur: Et les perdants de l'intervention militaire en Libye sont...

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Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

Ses derniers articles: Plongée dans les rues de Bambari, symbole du chaos centrafricain  Les partisans de Kadhafi sonnent leur retour dans une Libye désabusée  Mauvaise nouvelle, la mort d'un dictateur est rarement suivie d'une transition démocratique 

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