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L'armée éthiopienne est-elle en train de se retirer de Somalie?

Le retrait surprise dimanche du contingent éthiopien de la localité somalienne de Hudur, immédiatement reprise par les islamistes shebab, suscite questions et inquiétude sur un possible départ d'Addis Abeba du sud-ouest de la Somalie, où ses troupes jouent un rôle crucial.

"L'attitude des Ethiopiens est ambiguë. Est-ce qu'ils partent vraiment ou est-ce qu'ils font semblant ?", s'interroge un expert des questions de sécurité dans la région contacté par l'AFP, qui n'exclut pas un retrait total de l'armée éthiopienne de Somalie, où elle est entrée en novembre 2011 pour combattre les insurgés shebab.

L'Ethiopie, dont le contingent n'est pas intégré à la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) déployée depuis 2007 en soutien aux fragiles autorités somaliennes contre les islamistes, supporte seule le coût élevé de son opération et a fait part à plusieurs reprises ces derniers mois de son intention d'y mettre fin.

"Nous attendons que l'Amisom vienne nous remplacer et nous attendrons (en Somalie) jusqu'à ce que nous ayons cette assurance", assurait néanmoins en novembre le Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn.

Dimanche en fin de matinée, les soldats éthiopiens ont pris de court autorités somaliennes et Amisom et évacué Hudur avec armes et bagages, vers leur frontière à 80 km au nord, accompagnés des autorités locales et des forces pro-gouvernementales somaliennes. Quelque 2.000 habitants paniqués par ce départ ont pris la route.

Quelques heures plus tard, les shebab qui assiégeaient la ville depuis des mois y entraient sans combattre.

Selon des sources concordantes, des préparatifs de départ sont désormais en cours à Baïdoa, la grande ville du sud somalien, prise aux shebab en février 2012, ainsi que dans plusieurs autres localités alentour.

"Tout porte à croire que l'Ethiopie est déterminée à se retirer de Baïdoa" dans un court délai, explique une source sécuritaire à l'AFP. C'est aussi ce que les chefs éthiopiens de Baïdoa ont fait savoir à des parlementaires somaliens qu'ils y ont rencontrés dimanche, selon une source humanitaire sur place.

"A Baïdoa, ils ont pas mal de matériel lourd, ça va être plus difficile pour eux de s'en aller" aussi rapidement que de Hudur, estime néanmoins la source sécuritaire.

Baïdoa ?

L'armée éthiopienne a également annoncé son départ prochain de Beledweyne, à une trentaine de km de sa frontière, mais aucun préparatif n'y était encore constaté, pas plus qu'à Dolow, ville-frontalière, selon des sources concordantes.

"L'Ethiopie n'a pas encore pris de décision" sur l'étendue de son retrait, estime une source au sein de l'Amisom. Elle va examiner "les réactions de la communauté internationale (...) et si les shebab réoccupent tous les endroits qu'ils évacuent" dans cette zone qui borde son territoire sur plusieurs centaines de km, ajoute-t-elle.

La soudaine décision éthiopienne semble liée à des tensions importantes avec les autorités de Mogadiscio et leurs émanations locales dans les zones sous contrôle éthiopien.

"La Somalie insiste sur sa souveraineté mais n'est pas capable d'assurer sa propre sécurité", rappelle la source au sein de l'Amisom, et le début de retrait éthiopien "vise à rappeler que ce qu'ils font (en Somalie) est d'une importance stratégique et que les shebab ne sont pas vaincus".

Le récent maintien, par le Conseil de sécurité de l'ONU, des effectifs de l'Amisom a également irrité Addis Abeba, qui réclame une augmentation.

Selon plusieurs sources, un retrait éthiopien du sud-ouest somalien pourrait y "changer la donne", la présence de l'Amisom y étant largement insuffisante.

Les effectifs éthiopiens en Somalie, dont le nombre est inconnu, sont estimés à entre 3.000 et 8.000 hommes et l'Amisom ne dispose pas de réserves en troupes lui permettant de les suppléer sans dégarnir dangereusement d'autres zones, estiment ces sources.

L'Amisom, déjà présente à Baïdoa et à Beleydweyne, devrait être en mesure de défendre ces deux villes, souligne la source sécuritaire. Mais les localités alentour seront extrêmement vulnérables en cas de départ de l'armée éthiopienne, les fragiles forces somaliennes étant incapables de les défendre seules.

De plus, ces troupes somaliennes y "travaillent étroitement" avec les soldats éthiopiens et "ne resteront pas s'ils s'en vont", avance la source à l'Amisom.

Selon la source sécuritaire, la prise de Hudur à "regonflé le moral" des shebab, présentés comme moribonds après 18 mois de graves revers militaires les ayant chassé de l'ensemble de leurs bastions.

"Même l'Ethiopie a été surprise de la vitesse à laquelle Hudur a été reprise. Ils savaient que les shebab reviendraient mais pas à cette vitesse", estime la source au sein de l'Amisom. Cela "montre clairement que tenir le terrain n'est pas suffisant pour venir à bout d'une insurrection".

AFP

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