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Commentaire du jour : Karim Wade peut se le permettre (Par Madiambal Diagne)

On a vu Karim Wade, le sourire aux lèvres à côté de son avocat Me El hadji Amadou Sall qui brocardait la mise en accusation que le Procureur spécial près la Cour de répression de l'enrichissement illicite, Alioune Ndao, venait de notifier à son client. Le sourire de Karim Wade apparaît incongru à moins qu'il ne fût amusé par le show de son avocat. Comment a-t-il pu ? A la vérité, il n'y avait rien de drôle dans la situation, bien au contraire, il y avait du tragique et rien de comique. Nous venions de découvrir que l'enquête a provisoirement chiffré à près de 700 milliards de francs Cfa le préjudice causé à la Nation par les actes de prédation de Karim Wade et sa bande de copains. 700 milliards, c'est 140% des recettes douanières annuelles du Sénégal.
700 milliards représentent 75% des recettes fiscales annuelles du Sénégal. 700 milliards, c'est le tiers du Budget de l'Etat du Sénégal. 700 milliards, c'est toute la dette que le Sénégal devra honorer cette année 2013 auprès des institutions financières. Dire qu'à chaque instant qu'un avion atterrisse ou décolle de l'Aéroport de Dakar, les comptes offshore de Karim Wade sont renfloués. Chaque fois qu'un bateau accoste au Port de Dakar ou largue les amarres, ça banque pour Karim Wade. Il a mis en place un système de rente à vie.
700 milliards ? Ce n'est rien pourtant par rapport à ce que Karim Wade nous a pompé et continue de nous pomper, chaque seconde, chaque minute, chaque heure, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année ! Et cela amuse Karim Wade ! Quel cynisme ! Certainement qu'il nous prend pour de «pauvres cons !». Naturellement, le personnage est arrogant et méprise ses «sujets». Il s'est toujours comporté de la sorte. Déjà, à sa première audition à la gendarmerie, il narguait les enquêteurs en leur proposant des bonbons et autres sucettes dont il avait rempli ses poches.
Quand une pause lui avait été proposée, il a fait une moue dédaigneuse pour dire : «Non ! Finissons-en vite !». Il regardait, tous les quarts d'heure, sa montre Rolex ou Patek Philippe. Sans doute qu'il peut se le permettre. Il peut se permettre de ne pas respecter les Sénégalais, car on se demande bien si tout le monde mérite le respect dans ce pays.
Si Karim Wade a fait ce qu'il a fait, c'est parce que des notaires et avocats l'y ont aidé. C'est parce que des notaires ont fermé les yeux devant des opérations de blanchiment d'argent et de prévarication de deniers publics sans faire, comme le leur dicte la loi, des signalements à la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif). Si tout cela a été possible, c'est parce que des banquiers ont laissé faire sans signaler les opérations suspectes à la Centif.
Si tout cela a pu se faire, c'est parce que les experts comptables désignés comme commissaires aux comptes ont failli. Si tout cela a pu se faire, c'est que nos hauts magistrats étaient couchés et n'avaient pas fait honneur à leur serment. Si tout cela a pu se faire, c'est parce que les fonctionnaires des Impôts et domaines ont failli à leurs missions. Si tout cela a été possible, c'est que la Cour des comptes et l'Inspection générale d'Etat n'avaient pas osé regarder dans la gestion de Karim Wade. Si tout cela a été possible, c'est qu'on n'avait pas un Etat digne de ce nom avec une Administra­tion publique au service de l'intérêt général. Si tout cela a pu se faire, c'est parce que les citoyens n'avaient pas été indignés par les révélations de la presse. Les journalistes qui sortaient les cafards de Karim Wade étaient insultés par le public et condamnés par les tribunaux.
Ils peuvent se f... de nous ces gens ! Tenez-vous bien, devant les gendarmes de la Section de recherches qui enquêtaient sur les marchés fictifs de produits phytosanitaires, Aïda Ndiongue s'est autorisée en plein interrogatoire à sortir de ses gonds pour gifler le témoin auquel elle était confrontée par les gendarmes-enquêteurs. L'ancienne sénatrice s'était déchaînée en lui balançant aussi son sac à main et couvrant le pauvre d'injures. Le témoin n'a eu droit à aucune reconnaissance ou protection de la part de l'autorité publique qui l'avait pourtant sollicité.
Pour bien moins que cela, des citoyens moins fortunés que Aïda Ndiongue ont été poursuivis, arrêtés et emprisonnés pour outrage à agent de la force publique dans l'exercice de ses fonctions, coups et blessures volontaires et voies de fait. Mais puisque rien ne lui est arrivé dans cette affaire, Aïda Ndiongue s'est autorisée de faire de la surenchère, le lendemain, en trempant sa plume au vitriol pour écrire au général Abdoulaye Fall, Haut commandant de la gendarmerie nationale, directeur de la Justice militaire, pour se plaindre du mauvais traitement que lui aurait réservé le commandant de la Section de recherches Cheikh Sarr. On se demande bien si un jour ou l'autre, le commandant Cheikh Sarr ne paiera pas de sa carrière ce prétendu crime de lèse-majesté. Ainsi va le Sénégal, disait l'autre.

Madiambal Diagne

Rewmi

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