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Arrestation de Boukary Daou : La presse dit non à l’arbitraire

Le mercredi 6 mars 2013, aux environs de 11 heures, des agents se réclamant de la Dgse (Direction générale de la sécurité d'Etat) se sont présentés au siège du journal « Le Républicain ». Le directeur du journal a été interpellé et conduit sans management dans les locaux de ce service, relevant (en temps normal) de la présidence de la République. Il est alors reproché au confrère d'avoir publié, le même jour, une lettre ouverte signée d'un capitaine Touré qui s'insurgeait contre les avantages et autres primes accordés à cet autre capitaine putschiste.

Le même jour, les organisations faîtières de la presse privée ont entamé des démarches en direction des autorités de la Transition, pour attirer leur attention sur le caractère arbitraire de cette interpellation. Pour ces organisations, il n'est guère du ressort de la sécurité d'Etat d'interpeller un journaliste, comme un vulgaire bandit de grand chemin, encore moins un terroriste.

Ainsi, les responsables de l'Assep, du Groupe, de l'Urtel et de la Maison de la presse, se sont vite rendus compte de la gravité de la situation. Car au-delà de cette affaire Daou, la presse malienne est en passe de devenir le souffre-douleur de certains depuis le coup d'Etat de mars 2012. Pour preuve, de nombreux journalistes ont été agressés, violentés, et menacés à Bamako et à l'intérieur du pays, dans l'exercice de leur profession.

Ainsi, le jeudi 7 mars, les responsables des organisations faîtières ont rencontré le Premier ministre, Diango Cissoko. Celui-ci avait promis de s'investir pour que Daou puisse recouvrer la liberté le même jour. En vain. Ensuite, le ministre de la communication, Manga Dembélé, a été saisi. Au terme de deux rencontres entre lui et les responsables des organisations de la presse privée, le constat était le même. Point de libération pour le confrère.

Il était toujours détenu dans le plus grand secret, sans aucun contact extérieur. Au même moment, d'autres membres du journal ''Le Républicain'' étaient recherchés par des agents de la DGSE. Il s'agit notamment du secrétaire de la Rédaction, Souleymane Maïga et de la directrice de l'entreprise Edicom-Le Républicain, (éditrice du journal Le Républicain), Madame Diarra Djéneba Diarra. Cette dame, mère de famille, a été sérieusement traumatisée, quand elle a appris que des agents étaient à ses trousses. C'est cela le Mali d'aujourd'hui. Le Mali, sous la conduite de Dioncounda Traoré. Celui-ci, à la surprise générale, décide (enfin) de s'assumer ( ?). Il tente de justifier l'arrestation du journaliste. Pauvre Dioncounda !

L'affaire Boukary Daou prenait alors les allures d'une affaire d'Etat. Or, les tentatives maladroites d'explications de certains officiels étaient là pour exprimer plus le désarroi du pouvoir que pour convaincre l'opinion. Une opinion malienne qui n'est pas dupe...

 

Mobilisation et pression

En effet, en haut lieu, l'on évoquait la circulation d'un « document séditieux » qui aurait été publié dans « Le Républicain ». Pour le pouvoir, il s'agit d'une incitation des troupes à la désertion. Sans commentaire !

Pour la presse privée, tout était désormais clair : au-delà de Boukary Daou, c'est l'ensemble de la corporation qui est en danger. C'est pourquoi, les journalistes de la presse privée se sont mobilisés pour dénoncer cette détention prolongée du journaliste dans les locaux de la Dgse. Cela sans aucune procédure judiciaire. Toutes choses qui sont contraires aux règles de la liberté de la presse.

Le 11 mars 2012, les organisations faîtières ont, au cours d'une assemblée générale, pris trois importantes mesures. Ce sont : l'instauration de journées sans presse jusqu'à la libération du confrère, la non couverture de toutes les activités institutionnelles jusqu'à nouvel ordre et le dépôt d'une plainte contre l'Etat pour arrestation arbitraire. Et pour suivre l'évolution de la situation, les organisations ont mis en place une commission de crise regroupant toutes les parties (Maison de la presse, Assep, Gppp, Urtel).

Aussi, des correspondances ont été adressées à toutes les Ambassades, représentations diplomatiques et organismes accrédités au Mali, pour leur expliquer le sens du combat de la presse privée. Un combat dont l'objet n'est guère d'obtenir une quelconque impunité. Mais, il s'agit pour la presse malienne de dénoncer l'arbitraire et illégalité.

La journée de presse morte, débutée le mardi 12 mars, a été très largement suivie au niveau de la presse écrite. Pour ce qui est de la presse parlée, le mot d'ordre de grève a été suivi à 99%, selon les estimations. Même les radios confessionnelles de la capitale et de l'intérieur ont cessé d'émettre.

A l'extérieur, la presse malienne a bénéficié du soutien de plusieurs médias, organisations de défense de la liberté de presse et d'autres organisations de défense des droits de l'homme. Cet élan de solidarité a permis d'attirer l'attention de l'opinion internationale sur le danger qui plane sur un journaliste au Mali et sur les menaces graves qui guettent l'ensemble de la presse malienne.

Finalement, cette mobilisation et cette pression à l'intérieur et à l'extérieur ont fini par aboutir ; le jeudi 14 mars, au transfert de Boukary Daou de la Dgse à la Brigade d'investigation judiciaire (Bij), une brigade spécialisée de la police.

Là, le confrère a, pour la première fois depuis 9 jours, pu entrer en contact avec l'extérieur, notamment sa famille, ses avocats et ses confrères.

Le vendredi, 15 mars, il a été auditionné par les officiers de la Bij, en présence de son avocat, Me Lamissa Coulibaly. Celui-ci est constitué avec d'autres avocats, notamment Me Cheick Oumar Konaré et Me Mamadou Camara, par les organisations faîtières, qui ont fait preuve d'une extraordinaire solidarité pour soutenir le confrère.

Ce lundi 18 mars, Boukary Daou, a été présenté au procureur de la commune IV. C'est là que le journal « Le Républicain » a son siège.

Par ailleurs, les avocats de Boukary Daou ont décidé de faire recours à des examens médicaux. Car, l'on évoque des sévices et tortures qu'il aurait subies à la Dgse. En attendant, les organisations faîtières poursuivent la mobilisation.

Si le mot d'ordre concernant « les journées sans presse » a été suspendu, les autres mots d'ordre, notamment le boycott des activités institutionnelles, demeurent.

La Rédaction

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