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Congotronics vs Rockers au Café de la Danse (Paris), le 9 juillet 2011 © Axel Ducourneau, tous droits réservés.
Congotronics vs Rockers au Café de la Danse (Paris), le 9 juillet 2011 © Axel Ducourneau, tous droits réservés.

Congotronics vs Rockers

Riche d’une diversité musicale, Congotronics vs Rockers est le fruit d’une rencontre entre les «tradi-modernes» congolais et les adeptes de l'indie-rock.

Polyrythmique et riche d’une diversité instrumentale oscillant entre les «tradi-modernes» congolais et des artistes de la scène rock indépendante, le cocktail musical offert par le groupe Congotronics vs Rockers est pour le moins explosif.

Un orchestre composé en réalité de 20 musiciens issus de 6 groupes différents: Konono n°1 et Kasai Allstars (RDC), Juana Molina (Argentine), Skeleton$ et Deerhoof (USA), Wildbirds & Peacedrums (Suède), et enfin Vincent Kenis (Belgique), le directeur artistique du groupe.

Un «versus» à interpréter moins comme une confrontation que comme une rencontre, une fusion entre deux univers musicaux pour créer un nouveau terrain d’entente artistique.

Café de la Danse - ©Axel Ducourneau

Café de la Danse - © Axel Ducourneau

Une rencontre inattendue

De prime abord, le mariage des instruments traditionnels congolais avec des percussions et guitares basses plus modernes semblerait improbable. Mais ne dit-on pas que c’est dans la diversité que l’on rencontre la richesse? Le quotidien américain Newsweek décrit jusqu'à des «distorsions sonores dont Jimi Hendrix aurait été fier».

On imagine bien qu’un tel projet ne s’est pas fait au hasard d’une soirée un peu arrosée. Sans doute l’histoire est-elle un peu plus complexe, puisque ses prémices se retrouvent chez les Congolais de Konono n°1 et Kasai Allstars.

Musiciens originaires de la République démocratique du Congo, ils ont révolutionné les sonorités et l'usage des instruments traditionnels en fabriquant des amplificateurs électrifiés à partir de matériau de récupération (enjoliveurs, batteries, etc.). Résultat surprenant offert par cette musique pionnière, impossible à confondre avec une autre dès les premières notes.

Peu importe que le son soit parfois saturé ou discordant, les mutations sonores offertes par l’amplification bricolée des Congolais prennent des formes de rock instrumental rythmé et un peu groovy.

C’est sans doute cette saveur unique et jamais vue qui a séduit les milieux musicaux anglo-saxons et américains, plus particulièrement ceux issus de la scène indie-rock et électro. Ravis d’y trouver un nouveau terrain musical à explorer, les adeptes de rock indépendant se sont finalement montrés beaucoup plus enthousiastes que le public traditionnel des musiques du monde.

Café de la Danse - ©Axel Ducourneau

Café de la Danse - © Axel Ducourneau

Les dés sont alors lancés et Crammed Discs, le label musical bruxellois des artistes congolais y voit l’opportunité de valoriser leur musique tout en permettant à des enfants du rock de s’en inspirer pour leurs propres compositions: 

«Ces échos ont influencé leur statut dans le monde musical, et ils sont devenus beaucoup plus populaires outre-Atlantique que dans leur propre pays, la RDC, souligne Marc Hollander, fondateur du label.

Le groupe des Congotronics vs Rockers est avant tout issu de l’enthousiasme, de la passion d’artistes indie-rock pour les Konono n°1 et les Kasai Allstars. Il ne s’agit pas d’un remix de leur musique, car ce sont eux qui la font.»

Le label lance alors l’idée d’un album, Tradi-Mods vs Rockers, concrétisation musicale de l’engouement suscité par les groupes des Congotronics. A la frontière entre hommage, reprise et relecture artistique, le principe de l’album est avant tout pour les «Rockers» de révéler musicalement et avec leur propre style ce qui les séduit dans l’œuvre des Congotronics. 

«Nous avons demandé à une palette de 26 artistes indie-rock inspirés par les groupes Konono n°1 et Kasai Allstars de constituer un album en se livrant à un travail de fiction sur ce qui les excite le plus dans la musique des Congolais, ajoute Hollander.

Notre label se situe traditionnellement entre musique du monde, électronique et rock, et nous recherchons toujours à franchir des lignes, à être à la jonction entre différents artistes.»

Café de la Danse - ©Axel Ducourneau

Café de la Danse - © Axel Ducourneau

 Ce melting-pot artistique a donné lieu à un double-album sorti le 2 novembre 2010, dont le succès a été immédiat. A tendance bruitiste, rejoignant des sonorités plus dansantes ou linéaires, le résultat intrigue par son côté créatif et ses entrelacements musicaux inattendus. Il faut toutefois souligner que les artistes ne se sont jamais rencontrés lors de l'élaboration de l'album, mais que chaque groupe a composé de son côté un morceau inspiré par les sonorités congolaises.

Citons le groupe américain Deerhoof, qui a pratiquement décortiqué un morceau des Kasai Allstars pour une adaptation guitare, basse et batterie (Travel Broadens The Mind - Wa Muluendu), ou Juana Molina, qui s’est inspirée d’une base rythmique des Kasai Allstars pour l’adapter à une chanson de son premier disque, Hoy supe que viajas.
 

De l'album à la tournée

«L’expérience de voir comment chacun appréhendait le projet a été très excitante. C’est ce qui nous a donné l’envie de créer une vraie rencontre, de monter un nouveau groupe à partir de l’album. Un pari fou!», s’exclame Hollander.

Vincent Kenis, collaborateur de Crammed Discs depuis sa création, producteur des albums Congotronics et directeur artistique des Congotronics vs Rockers, a permis d’établir une véritable passerelle entre les deux univers musicaux révélés sur l’album.

Grâce à sa collaboration étroite avec de nombreux artistes congolais au cours de sa carrière, sa connaissance du pays «de l’intérieur» fût la clé pour mettre sur pied une tournée réunissant des membres des Congotronics (Konono n°1 et Kasai Allstars) et des Rockers. Et la participation de divers festivals au projet (Nuits Botaniques, Paléo Festival, Couleur Café, Les Vieilles Charrues) a fait le reste.

Dès le mois de mars 2011, Congotronics et Rockers s'échangent des ébauches de morceaux et de rythmiques pour donner une base théorique et musicale à leur collaboration future. La rencontre «physique» entre tous ces artistes n’est intervenue qu’au mois de mai, une semaine avant le début de la tournée.

Live du titre Ambulayi Tshaniye par les Congotronics vs Rockers.

«Ce bouillon de culture a mijoté sept jours à Bruxelles avant la première représentation sur scène. Le rythme était très intense, et la collaboration a été un peu difficile au début car personne ne se connaissait, l’ensemble musical était très théorique», souligne Marc Hollander.

Pari réussi, car le public pardonne volontiers aux artistes les quelques incohérences du début face à l’enthousiasme collectif suscité par la spontanéité du projet. Le côté entremetteur un peu téméraire du label a porté ses fruits, puisque la réalisation d’un album Congotronics vs Rockers est en cours d’élaboration.

La success-story des Congotronics

Qui aurait cru que les «tradi-modernes» congolais se seraient un jour retrouvés sur scène aux côtés des enfants rebelles du rock indé ? C’est dans les faubourgs urbains de Kinshsa au Karsaï que se trouve la réponse, là où la musique se joue des difficultés quotidiennes pour se faire entendre.

A commencer par Konono n°1, caractérisé par l’utilisation de Likembés (aussi appelé pianos à pouce ou sanza) électrifiés par un système d’amplification constitué de matériau de récupération. Résultat surprenant, dont l’initiative revient à Mingiedi Mawangu, musicien originaire du Bacongo, qui avait fondé le groupe dans les années 70.

Leur premier album Congotronics, sorti en 2004, a suscité un véritable raz-de-marée médiatique dans les milieux anglo-saxons du rock indépendant et de la musique électronique. A tel point qu’ils ont été sollicités par des artistes tels que Björk ou Herbie Hancock.

Leur album Live at Couleur Café a même été nommé aux derniers Grammy Awards, tandis qu'Assume The Crash Position, sorti en mai 2010, a été pendant quelques semaines dans le top des ventes d’albums musique du monde aux Etats-Unis.

Joueur de Balafon du groupe Konono n°1 - ©Axel Ducourneau

Joueur de Balafon du groupe Konono n°1 - © Axel Ducourneau

Quant aux Kasai Allstars, c'est un collectif qui regroupe à l'origine pas moins de 25 musiciens originaires du Karsai (sud de la RDC). Tous sont issus d’ethnies différentes, mais leurs différences culturelles, musicales et linguistiques n’ont finalement pas été un obstacle à leur collaboration.

Avec des sons puissants inspirés directement de musiques traditionnelles, rituelles et festives, c’est «l'une des musiques les plus sauvages et inhabituelles de la planète», selon le quotidien britannique Guardian.

Le résultat est un mélange d’instruments acoustiques, de guitares électriques et de pianos à pouce. Dans la lignée des Congotronics, leur premier album In The 7th Moon, The Chief Turned Into A Swimming Fish And Ate The Head Of His Enemy By Magic, sorti en 2008, a été largement salué par la presse britannique.

«C'est le rock qui retourne au continent de sa naissance, pour y connaître une résurrection glorieuse», titrait alors le magazine anglais The Word.

Anaïs Toro-Engel

Le prochain concert Congotronics vs Rockers aura lieu le dimanche 17 juillet 2011 au Festival des Vieilles Charrues (Carhaix, Bretagne).

SlateAfrique remercie l'équipe de Crammed Discs, des Congotronics vs Rockers ainsi qu'Axel Ducourneau pour leur contribution.

Anaïs Toro-Engel

Journaliste à SlateAfrique.

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