Côte d'Ivoire: une information sous influence
Selon le politologue français Michel Galy, les médias occidentaux n'ont pas pris la juste mesure de la crise ivoirienne.
Journaux d'Abidjan le 14 mars 2011. Reuters/Thierry Gouegnon
Pour l'Elysée, le Quai d'Orsay et... la presse française, «Laurent Gbagbo doit partir» et «Alassane Ouattara est le président reconnu par la communauté internationale» (en particulier, ces «éléments de langage» officiels sont repris en boucle par RFI). Cette étonnante et suspecte unanimité fait problème et on en vient presque à regretter la presse de combat d'Abidjan, dans laquelle, au moins, le lecteur a le choix entre les polémiques des deux camps «bleus» et «verts»!
Le formatage des esprits
Dans la durée, cet alignement des médias sur les positions officielles a déjà été fortement critiqué, et toujours a posteriori... Ainsi, en 2004, Daniel Schneidermann, réalisant au jour le jour une insolente et indispensable critique des médias (au point qu'il a été licencié de l'émission de télévison Arrêt sur images) ironisait déjà , à propos des massacres de civils ivoiriens (à propos d’une presse française «embarquée», comme en Irak ou en Afghanistan) qu’il fallait trois semaines pour rétablir la vérité, connue sur place, y compris des occidentaux. Pour avoir vu à l’époque des confrères littéralement happés dans les hélicoptères de la force française Licorne vers Bouaké, «retour à 16 heures à l'Ivoire», on peut garantir qu'il ne s'agit pas que de métaphores...
Dans le temps... et l'espace. En ce moment la Libye, hier la Côte d’Ivoire, autrefois l'Irak. Dans l’urgence, les emballements de la presse se déclinent sur trois axes: unanimité politique, ethnocentrisme franco-français, alignement sur des positions militaristes. A vrai dire, ce dernier point résume souvent les précédents: c'est ce que Schneidermann nomme heureusement la «kakisation des esprits», en 2004 comme aujourd'hui!
Pour autant la presse, enfin toute la presse, n’est pas «aux ordres». Pas tous et tout le temps en tout cas. Comment s'explique alors cet alignement, si ce n'est par ces «présupposés» que Pierre Bourdieu opposait aux journalistes dans un débat célèbre et un livre stimulant (Sur la télévision)? Ici et maintenant la «fabrique de l’opinion» formate les esprits, sur la Côte d’Ivoire comme sur d'autres sujets, mais selon des topoï repérables et des processus souvent inconscients. Tout se passe comme si, à un moment donné, le courant dominant produisait un consensus idéologico-médiatique dont il est alors extrêmement difficile de sortir, quitte à ce qu'il vole en éclat quelques mois ou années plus tard, voire s’inverse!
Est-on si loin de 1984? Un social-démocrate devient «un dictateur»; un légaliste forcené se retrouverait pris à son atavisme pour redevenir un «guerrier bété»; ou un libéral du FMI un grand démocrate… Qu'il ait depuis 2002 (comme Foday Sankoh ou Charles Taylor en leur pays) mis la Côte d'Ivoire à feu et à sang par rebelles interposés ne compte pas, ne compte plus. Ces soldats perdus ne sont-ils pas des «rebelles qui sourient», et qu'importe si, dans ces guerres nomades, ce sont littéralement les mêmes qu’à Monrovia ou Freetown. De toute façon, si des exactions et même une violence continue comme «méthode de gouvernement» se produisent au Nord, les journalistes sont au Sud, et dénoncent vertueusement les contre-violences causées par le «coup d'Etat permanent» et la déstabilisation continue. Et alors? «La guerre c'est la paix», comme le savaient déjà les héros d'Orwell –et notre presse française, forcément libre et objective, est bien sûr composée de journalistes héros, intègres et clairvoyants!
Pour La Boétie déjà , l'énigme du pouvoir était non la sujétion au Prince, mais le plaisir, voire le désir des sujets à se soumettre…
Une presse africaniste en question
A l'occasion du printemps arabe, un certain nombre de désinformateurs ont été pris la main dans le sac; patrons d’hebdomadaires «africains», directeurs de «revues» panarabes ont dû reconnaître qu'ils étaient redevables au dictateur Moubarak, à M. Ben Ali –et pas que moralement! Les mêmes ou d’autres écrivent des dossiers systématiquement favorables à M. Ouattara, qui a toujours su traiter les journalistes et les directeurs d'organes de presse –et pas qu'en tenant table ouverte à Paris, Mougins ou Abidjan!
Dans ce contexte de corruption des esprits généralisée se posent des interrogations sur la «presse Rothschild» –pour inverser le stigmate que ses «experts» ont publiquement affiché sur la «presse Bolloré», jugée par eux non pas tant favorable à Laurent Gbagbo que trop tiède dans ses condamnations.
Depuis les années 90, le journaliste Stephen Smith, successivement responsable Afrique à Libération, puis au Monde, a mené une campagne acharnée contre Laurent Gbagbo et en faveur d'Alassane Ouattara. Dénoncé par les intellectuels africains pour ses écrits méprisants, il fut un temps soutenu par des politologues africanistes qui lui ouvrirent leurs colonnes.
Quand, dans un procédé digne d'époques que l'on croyait révolues (procédés typiques de la presse factieuse d’entre deux guerres), on amalgame hommes d'affaires et intellectuels, politiques et militants, pour les dénoncer coram populo, on doit s’attendre à rendre des comptes.
Sans être des admirateurs sans faille de Roland Dumas et de Jacques Vergès, l'un ancien ministre des Affaires étrangères et président du Conseil constitutionnel, l’autre brillant et inlassable avocat «de rupture» depuis la guerre d'Algérie, est-il inadmissible de traiter leur séjour à Abidjan comme «les deux grigous de Gbagbo»? On atteint là des sommets d'une certaine ignominie médiatique... Listes noires et insultes dépassent les bornes de la déontologie ordinaire des journalistes.
Le plus étonnant aujourd'hui: des trois grands quotidiens français, le Figaro est certainement le plus modéré dans son approche du conflit ivoirien.
La rhétorique de la désinformation
La désinformation n'est pas un discours intellectuellement construit: c'est une série de pratiques plus ou moins visibles (plus ou moins conscientes d'ailleurs dans leurs effets de falsification, répétition et mimesis), articulée dans une rhétorique d’inversion ou de déplacement.
On a fait allusion à une «politique de l'information» qui va de la ligne plus ou moins explicite d'un organe de presse, s’inscrivant dans un champ médiatique, dominé à un moment donné par une idéologie consensuelle. Cette politique se décline dans le nombre des articles et leur place, envoi (ou non) d'envoyés spéciaux (et leurs pratiques de terrain), l'acceptation ou le refus de tribunes ou d'entretiens extérieurs, les analyses «maison» des événements culminant dans des éditoriaux parfois signés, souvent courageusement anonymes...
Le recyclage des acteurs, intellectuels ou journalistes étrangers constitue une tactique de choix dans la propagande de masse, à laquelle la blogosphère n'échappe pas; suffit-il, comme Venance Konan par exemple, d'être une «bonne plume» ivoirienne pour pouvoir écrire n'importe quoi (et faire oublier son passé de chantre de l'ivoirité et son militantisme actuel pro-Ouattara)? Loin de tout devoir de réserve (les amis du Prince, réfugiés ou étrangers, n'y sont bien sûr pas tenus!), on peut se permettre ainsi d'user des procédés les plus classiques de l’extrémisme: tribune ignoble sur le physique ou la vie privée du «dictateur» dénoncé; lettre collective dans Le Monde un jour, personnelle dans Libération le lendemain —toujours dans des termes où l’insulte ne cède qu’à l’outrance.
Le sommet a sans doute été atteint en reprochant à Laurent Gbagbo la responsabilité de la guerre urbaine d'Abidjan: tous les observateurs savent que le «commando invisible» d'Abobo vient de la rébellion et de la mouvance Ouattara. Ou encore d'indexer les morts civils de 2000 qui affrontèrent les militaires soutenant le putschiste R. Gueï, se faisant massacrer pour un régime civil et le respect des élections. Ici, l'ironie n'est plus de mise: attribuer les victimes du général Gueï à Laurent Gbagbo est ignoble et digne des procédés de Goebbels: «plus c'est gros, plus ça passe»! Tout comme un quarteron de chercheurs sous influence, ayant en commun de ne pas avoir connu la Côte d'Ivoire depuis dix ans, recyclent l'ivoirité ou attribuent ce faux concept, «l'ethnocratie», à celui qui a un électorat multiethnique! La responsabilité dans ces cas est partagée entre les auteurs et ceux qui laissent passer ces textes: à supposer que la presse se relise, dans quelques années, le rôle des rédactions n'en sortira pas grandi.
Les procédés de désinformation sont légion, et l’ignorance du terrain ne saurait les résumer. Certains sont conscients et servent de marqueur, de repérage dans le champ médiatique: ainsi entendre un «expert» journaliste évoquer sciemment 2004 en déplorant les 10 morts et les 30 blessés de l'armée française à Bouaké sans citer les 60 morts et plus de 1.000 blessés ivoiriens semble significatif. Plus récemment, dans les pseudo débats télévisés (on pense par exemple à un débat de «spécialistes» à 100% ouattaristes: si la conversation manquait de diversité, le forum en ligne était plutôt animé, ayant sans mal remarqué le procédé…), le fait de citer le Conseil constitutionnel ivoirien constitué de pro-Gbagbo (sans d'ailleurs faire référence à l'identique situation française) sans mettre en regard la composition de la CEI à plus des deux tiers pro-Ouattara parait un marqueur évident de partis pris tout à fait voulus.
Les procédés d’inversion, plus scandaleux, ne manquent pas: on se souvient de Jacques Chirac —lui qui a 2004 sur la conscience— traitant Laurent Gbagbo de... «fasciste»! On a pu récemment entendre des journalistes prendre les commandos d'Abobo pour le «soulèvement du peuple» ou la «désertion de l'armée ivoirienne».
La diabolisation de l’adversaire se fait par calomnies successives, procédant de l’inversion systématique, ou du déplacement victimaire: tactique langagière courante chez les promoteurs de génocide, si l’on en croit les analyses de Jacques Semelin.
Tout ne ressort pas cependant d'une diabolique volonté de désinformation, de la corruption des esprits ou d'une obéissance à des rédactions inféodées: même si cela existe et si l'Afrique, depuis longtemps, a servi de miroir déformant à nos turpitudes. Notons au passage ce que l’on pourrait nommer le «rendement décroissant de l’information», qu’il faudrait approfondir: de la télévision, à la radio et à la presse écrite occidentale, la désinformation régresse, ou se fait moins flagrante; d'autres ont pu travailler bien mieux sur les procédés de «construction» audiovisuelle, qui concernent aussi les réseaux sociaux ou les blogs (comme la fiction, bien écrite et entièrement inventée, du décès de Ouattara au Val-de-Grâce).
Beaucoup vient, au-delà de l’ethos (qui n’est pas qu'une absence d’éthique ou de déontologie!), d'un certain habitus journalistique: pour en avoir partagé quelques épisodes au plus fort des événements de décembre et janvier, on peut assurer de l'intérêt d'une recherche anthropologique sur le journalisme occidental à Abidjan...
Ni presse locale, ni profondeur historique, ni éclairage socioanthropologique: faute de mise en perspective, les journalistes occidentaux interagissent sur le terrain, vivant dans un monde d’autoréférencement. Leur dépendance des «fixeurs» autoproclamés n’en est que plus flagrante, et parfois pitoyable; demi-journalistes, demi-informateurs fonctionnant eux aussi en réseaux (d’ailleurs très majoritairement pro-Ouattara), ces derniers fonctionnent eux aussi en réseaux et jouent un rôle aussi important dans la désinformation que dans l’information.
Il est vrai que le milieu politique ivoirien est préstructuré, dans une inégalité flagrante devant les attentes, collaboration ou refus avec la presse occidentale; globalement tenus pour des ennemis virtuels par le camp Gbagbo —avares de contacts et de données—, les journalistes venus d’Europe sont accueillis à bras ouverts… et désinformés à proportion par le camp Ouattara… depuis 2002! Ce sont d’ailleurs les supplétifs, on veut bien croire involontaires, de la rébellion: quant au mythe du «smiling rebel» de 2002, lui correspond celui du «commandant du Vent», chef du commando invisible de 2011; et qu’importe si ce sont les mêmes guerriers nomades ayant mis à feu et à sang Liberia, Sierra Leone et Nord de la Côte d’Ivoire, qui s’apprêtent à des massacres de masse à Abidjan et dans le Sud: ce n’est que trop tard que les mêmes s’apercevront que le sourire n’était qu’un rictus complaisant et que le vent d’Abobo ne charriait que l’odeur des cadavres. Aucun mea culpa à attendre de ce que Sartre nommait les «belles âmes», ces idiots utiles de la sanglante Histoire à venir. «On ne savait pas…» diront-ils, comme toujours. Pour autant, à écrire une prose éphémère, faut-il encore qu’elle soit irresponsable?
Michel Galy
l'auteur







Je viens de lire que des jeunes de Yamoussoukro dans les mois précédents ont été envoyés dans le nord pour y être entraînés par le rebelles avant de recevoir des armes après les élections. Le pire est à venir parce que ces jeunes, soit ne pourront être canalisés, soit serviront à molester et tuer les opposants.
Qu'est ce qui nous attend?
Que nous a t-on fait ainsi?
Vous ne devriez pas vous inquiéter trop pour ces rumeurs fantaisistes, si vous êtes de Yamoussoukro essayez de chercher des noms précis de jeunes soit-disant "enrôlés" et envoyés dans le nord, vous verrez que personne ne pourra vous en citer. En revanche demandez vous ce que deviendront les "jeunes patriotes" armés une fois que Gbagbo sera parti ! (Car là il s'agit d'information vérifiée et revendiquée) S'ils ne deviennent pas délinquants, à votre avis, à qui vont-ils revendre leurs armes !
@bernierfr
Vous faites du déni.
très déçu par ce pseudo-article de quelqu'un qui se présente comme politologue. Je ne pensais pas qu'il existait encore des personnes capables de défendre "l'épopée des pieds nickelés Dumas et Vergès" en CI?! celà en dit long sur votre objectivité;
sincèrement si vous étiez réellement politologue, vous auriez mieux fait d'envoyer G Labertit et H Emmanuelli chuchoter quelques conseils avisés à leur ami Gabgbo Laurent...s'il était capable d'ecouter!
car enfin, monsieur, contentons nous des faits, et rien que celà :
qui a perdu une élection et refuse de le reconnaitre, quitte à sacrifier son pays? c'est uniquement de celà qu'il s'agit.
pitoyable, vraiment;
Les insultes justement.
La vérité vous fait mal hein? Ce monsieur parle du traitement que la presse de son pays a fait de la crise ivoirienne. Il critique le manque de déontologie de cette presse et rien que ça, vous ne supportez pas.
Les élections, ça compte pour du beurre?
Gbagbo social-démocrate et légaliste forcené ! Quelle objectivité !
Monsieur Michel Galy a depuis longtemps pris parti mais comme il veut apparaître objectif, il accuse les autres de désinformation.
Tout le monde, les européens, les américains, les autres pays africains, l'ONU, l'OUA, la CEDEAO, tout le monde désinforme sauf lui !
Mais il n'en est pas à son coup d'essai ni à son article à charge contre les adversaires de son ami "social-démocrate". Regardez son article de fond en 2007
Michel Galy , « Politologie d’une rébellion. Une « gouvernance par la violence » au Nord de la Côte d’Ivoire ? », Cultures & Conflits, 65, printemps 2007
§21 "La violence militaire, criminelle ou politique, en zone rebelle, est mal connue et mal documentée, à tel point que certains observateurs, paraphrasant la formule connue en Occident, prétendent que les « observateurs des droits de l’Homme sont au Sud, les crimes de guerre au Nord »."
C'est "mal connu" mais ça fait l'objet d'un paragraphe ! Quelle objectivité !
§23 "Cela n’empêche pas une « violence ordinaire » contre la population autochtone, régulière et sanglante, encore plus mal connue, due en particulier à l’absence de forces de l’ordre de l’appareil militaire rebelle et qui devrait conduire à reposer, comme au Congo, en Ouganda, au Libéria, au Sierra Leone, etc., la question de la criminalisation de ce pouvoir et des sanctions juridiques encourues."
C'est "encore plus mal connu" mais on doit se poser la question de la criminalisation de ce pouvoir ! En revanche les disparitions de civils nordistes à Abidjan en 2002 et 2003, "les commandos de la mort" de Gbagbo et de sa femme, pas une ligne, sans doute parce qu'ils sont "moins mal connus" !
§27 "Dans la « capitale rebelle », Bouaké, il semble que les pratiques des groupes militaro-mafieux, de type « Camorra », « Cosa nostra » et autres « Ninja », qu’a connu Abidjan sous la dictature militaire du général Gueï, restent les mêmes. Cela n’étonne aucun analyste, tant il est connu qu’un groupe des « fondateurs » de la rébellion est justement issu de cette mouvance."
Noter le "il semble que" , encore une supposition ! et quand on sait que le général Gueï a pris le pouvoir le 24 décembre 1999 et organisé des élections qui se sont tenues en octobre 2000, une "dictature" de moins 10 mois ayant mis en place des élections est, pour Michel Glady, sans doute, plus condamnable qu'un apprenti-dictateur élu pour 5 ans et qui y reste 10 ne consentant à des élections que sous la pression!
Chacun peut juger l'idée que Michel Glady se fait de l'information en lisant cet article disponible sur internet. http://conflits.revues.org/index2208.html. Je conseille au lecteur de bien noter tous les "semble que", "notoriété publique", "mal connu", "il est connu que" ... qui parsèment ces écrits et qui montrent ce Monsieur, qui dénonce la désinformation, bâtit des conclusions péremptoires sur des faits hypothétiques, soigneusement choisis pour accréditer sa thèse.
A toutes fins utiles j'ai vécu 19 ans en Côte d'Ivoire et j'y suis retourné régulièrement en 2007, 2008, 2009 y compris à Bouaké.
Enfin un excellent article, argumenté et limpide. Le premier sur ce site. Ce politolgue est indépendant et explique methodiquement les mécanismes de désinformation en Côte d'Ivoire.
Merci Mr Galy, un article à recommander ABSOLUMENT
Monsieur Galy
Je n'avais pas compris en lisant votre article.
Car pour qui se prétend politilogue avec un minimum de connaissance de la cote d'ivoire, quand on a subi, comme nous l'avons subi depuis plusieurs mois, la télévision ivoirienne (RTI), quand on a vu et entendu quotidiennement les montages les plus abjects, les mensonges les plus absolus, quand on a été spectateur de cette entreprise systématique de bourrage de cranes, d'appel à la haine de l'autre (pas seulement de l'étranger), de montages bidons, quand on sait que le système Gbagbo est basé sur l'achat des consciences à grande échelle (journalistes, avocats, hommes politiques..)
on est a priori surpris qu'un politologue sérieux (un type apparemment qui a écrit dans le Monde) puisse échafauder toute une théorie pour tenter de faire croire que les journalistes français sont à la solde de Ouattara, qu'ils font de la désinformation au profit de celui ci...
Et puis j'ai tapé Michel Galy sur le net et j'ai vu un certain nombre de vos articles et interviews sur la cote d''ivoire et les thèses que vous y développez en faveur de Laurent Gbagbo (voir votre interview dans mariane (voir ci dessous)
Question Mariane: "Vous doutez de la régularité du scrutin dans le Nord et pourtant les observateurs internationaux n’ont rien relevé de dramatique…."
Réponse M Galy: "Le Nord vit depuis des années sous le strict contrôle des Forces Nouvelles (les ex-rebelles qui n’ont jamais vraiment désarmé, ndlr). La pluralité des sources d’information n’y existe pas. Celle-ci est partielle et partiale. Dans les villages Sénoufos, les gens étaient convaincus qu’en cas d’élection de Gbagbo, il y aurait de grands massacres pour les éliminer. Rien d’étonnant si après vous vous retrouvez avec des scores de 90 ou 95% pour Ouattara."
Question mariane: "Mais si le vote a été obtenu à la régulière…"
Réponse Michel Galy: "Des représentants du parti de Gbagbo ont été molestés et la télévision ivoirienne, contrôlée par son parti, ne s’est effectivement pas privée de diffuser les images en boucle. La rumeur affirme qu’il y aurait même eu des scrutateurs pro-Gbagbo tués. Ailleurs on a falsifié des procès-verbaux de vote et dans certaines bourgades, il y a eu plus de votants que d’habitants. Les observateurs internationaux n’ont rien vu de tout cela, parce que le Nord est étroitement quadrillé par les Forces Nouvelles. On les a baladés, voilà la vérité… Alors, entre les PV truqués et les pressions…"
Alors j'ai tout compris. J'ai compris que le désinformateur c'est bien vous et non les autres. Et probablement, si quelqu'un comme vous à qui l'on reconnait un certain crédit, s'aventure à soutenir ces thèses depuis longtemps et à les mettre au service de la cause de laurent Gbagbo, à contester les résultats d'une élection dont la régularité a été consacrée par tous, la seule explication logique et rationnelle qui me vient à l'esprit est que vous aussi (comme vos amis Verge et Dumas) avez du être amené, à un moment donné ou un autre, à effectuer des missions grassement rémunérés (directement ou indirectement) par le gouvernement Gbagbo. vous aussi manifestement, participez de ce même système de déstructuration des africains. Mais si vous avez un minimum de dignité, alors relisez les stupidités que vous écrivez sur la cote d'ivoire depuis plusieurs années et fermez boutique. Votre fonds de commerce est en faillite car il n'y aura pas de guerre civile en Côte d'ivoire. ADO sera un vrai président pour tous les ivoiriens. Et les gens de votre acabit devront rechercher d'autres Laurent gbagbo ailleurs pour continuer d'abuser les crédules
En Côte d’Ivoire la France a joué au pompier pyromane.
En résumé, Monsieur Laurent Gbagbo a été déclaré élu suivant les voies du droit ivoirien, et suivant leur Constitution. Il est le président légitime. Alors que la « Communauté internationale » s’ingère sans droit ni titres dans les affaires internes d’un pays souverain et déclare élu monsieur Alassane Dramane Ouattara, en négligeant les fraudes et exactions commises dans le nord du pays favorable à Ouattara, avant et pendant les élections. Ayant faussé le scrutin.
Les élections ont eu lieu dans un pays divisé en deux et occupé sur plus de 60% du territoire par une ex ( ?)-rébellion armée (soutenant Alassane Ouattara) où des charniers ont été découverts par l’ONU et Amnesty international. Dans la partie nord, des scores peu démocratiques de plus de 90% en faveur de monsieur Ouattara, n’ont pas interpellé la « Communauté internationale ». Par contre 21 ONG et des centaines d’observateurs de la société civile africaine ont dénoncé les fraudes.
A ceux dont l’information est seulement franco-française je suggère de lire les avis, analyses et opinions d’intellectuels africains, qui pour « n’être pas encore entrés dans l’histoire » selon monsieur Sarkozy, savent de quoi ils parlent au sujet de la Côte d’Ivoire. Faute de mieux, j’ai collationné ces textes sur le site http://casanova.fr rubrique actualités.
http://www.casanova.fr/component/content/article/71-tribune-libre/145-co...
C'est plutôt ce lien qu'il faut publier.
Je sais parce que je suis moi même Ivoirien que tous commentaires sur la situation politique actuelle sont suspectée de parti pris pour un camp comme pour un autre. L'article de Michel Galy, même s'il est assez favorable à Gbagbo soulève une question importante et bien réelle: celle de la partialité des médias occidentaux. On ne parle pas ici des médias locaux (RTI ou TCI) qui comme toute la presse ivoirienne est affilié à un camp. La presse occidentale qui est toujours prompt à donner des leçons d’indépendance et de rigueur est étrangement partiale et moins rigoureuse lorsque la position du pays dont elle dépend est engagée. En un mot, elle est aux ordres quoi que l'on dise ou quoique l'on pense. Depuis, le déclenchement de la rébellion en 2002, une lecture rétrospective des articles de médias français montre ce parti pris flagrant pour le camp Ouattara. On a construit un cadre de réflexion manichéen en présentant les bons rebelles du nord soutenant le persécuté Ouattara contre le méchant Gbagbo et ses imbéciles de partisans Ivoiritaires. Cela correspondait de façon assez troublante à la position officielle de l'Élysée. Pourtant, la situation ivoirienne est bien plus complexe que celle là . N’en déplaise aux partisans d’ADO, il est très loin d’être un innocent persécuté et Gbagbo n’est pas le démon de l’histoire. Depuis le début de la crise électorale de novembre 2010, on constate cette coïncidence troublante entre ce que les médias occidentaux disent et la position officielle de leurs gouvernements. Pourquoi aucune enquête sérieuse et impartiale n'est faite sur le déroulement des élections ? Pourquoi tant d'animosité contre Gbagbo et ses partisans ? Je crois que de réelles questions de déontologie se posent. Au delà de tous les apparats, les médias occidentaux sont comme les médias d’État en Afrique, c'est à dire AUX ORDRES!!!!!!!
Bravo. Un article intelligent.
Vraiment, je suis heureux qu'il y ait encore des personnes pour s'essayer a l’honnêteté intellectuelle - en voie de disparition, avec l'esprit critique.
Mais.
Je crains, et vous en êtes conscient j'en suis sur, que nous sommes arrivés a un point ou dénoncer et proclamer le vrai semble désormais inutile.
Voyez les commentaires :"Je ne pensais pas qu'il existait encore des personnes capables de défendre l'épopée des pieds nickelés Dumas et Vergès en CI" , "Les élections, ça compte pour du beurre?".
Nous formons nos opinions avec une incroyable facilité, mais nous nous y afférons avec une ténacité remarquable. Ici, les informations citées dans ces commentaires sont présentées comme des faits parlant par eux-mêmes, avec une conviction telle qu'on ne peut douter que leurs auteurs y croient réellement.
Apres tout, un mensonge suffisamment devient la vérité.
Et moi, je désespère presque.
Galy enfume les médias français depuis des années. Son centre de recherche n'est en réalité qu'une petite structure associative. Ses "infos" sont prises généralement dans les réunions du FPI - il était d'ailleurs un des invités d'honneur à l'investiture de Gbagbo. Il y a des dizaines de vrais chercheurs et professeurs spécialistes de ces questions en France mais par un curieux effet de contagion les journaux préfèrent Galy (souvent sans être dupes) peut-être pour se donner bonne conscience.
je pense que le role du journaliste c'est de collecter les faits sans toute fois créer lui même ces propopres faits.
Michel a dit vrai et je pense que c'est ce qui doit animer nos confrères journalistes.
Dans nos grandes universités et écoles,on nous a toujours appris à savoir faire la différence entre notre opinion et les faits.
Je crois que la presse internationale française en particulier doit irrésolublement s'inscrire dans ce paradigme fondamental de notre metier!!!
M. Michel Galy pro-Gbagbo ou pas, je trouve que son article « Côte d’Ivoire : une information sous influence » est intéressant. Il a au moins le mérite de susciter la réflexion. J’étais, avant de lire cet article, très mal à l’aise avec le formatage informationnel des esprits par un réseau ou Communauté internationale dont l’objectif est d’établir un nouvel ordre mondial. La communauté internationale décide qui doit gouverner tel ou tel pays, et met en place la logistique adéquate. Au Niger, par exemple, un coup d’Etat est fomenté parce que le Président souhaite une rémunération plus juste de l’uranium de son pays. Il est vrai que ce dernier a fourni lui-même le bâton pour la correction en voulant modifier la constitution pour se représenter. Ailleurs, MM. Moubarak, Mobutu, etc. sont enjoints de quitter le pouvoir parce qu’ils ne sont plus utiles.
En Côte d’Ivoire, non seulement M. Gbagbo n’était pas prévu dans les scenarii mis en place par la Communauté internationale pour remplacer le Président Guéi mais il a, malheureusement pour son pays, un caractère trempé. Ce fait contrariant explique les difficultés que la Côte d’Ivoire connaît depuis l’élection de M. Gbagbo à la présidence de ce pays. La communauté internationale a exercé une forte pression sur M. Gbagbo pour l’organisation d’une élection dans un pays divisé en deux, avec une partie tenue par des rebelles armés et leur candidat.
Le Président de la Commission électorale indépendante (CEI) déclare M. Ouattara élu, à l’hôtel du Golf qui est le quartier général de M. Ouattara sans en référer au Conseil constitutionnel. Le représentant de l’Onu en Côte d’Ivoire confirme le résultat annoncé. M. Gbagbo court-circuite le processus en se faisant investir par le Conseil constitutionnel sans demander l’annulation de l’élection qu’il conteste et l’organisation d’une nouvelle élection conformément aux dispositions des textes électoraux. L’Onu valide le résultat annoncé par la CEI, une première dans uns pays-membre. L’Onu met la pression sur M. Gbagbo pour qu’il quitte le pouvoir. La procédure surprend et l’on se demande naturellement pourquoi l’Onu n’a-t-elle pas réagi quand, par exemple en 2000, M. Bush a remporté l’élection présidentielle au détriment de M. Al Gore dans des conditions particulièrement troubles, ou encore récemment en Centrafrique où il y a eu de sérieuses contestations des élections présidentielles ? Avec un minimum d’objectivité, on voit que cette élection présidentielle en Côte d’Ivoire pose un sérieux problème juridique et institutionnel qu’il convient de discuter et de résoudre de manière sereine et équitable.
Normalement, dans une situation de droit, lorsqu’il y a litige, la Communauté internationale aurait dû, au préalable, faire faire des investigations, dire et appliquer le droit. En effet, le représentant de l’Onu, en tant qu’être humain, peut se tromper. Ce faisant, elle aurait démontré la mauvaise foi du perdant s’il s’entête à ne pas reconnaître sa défaite. Au lieu de cela, la Communauté internationale décide que M. Ouattara est le président élu, somme M. Gbagbo de partir, c.-à -d. de démissionner. En toute logique, la Communauté internationale ne peut pas demander à M. Gbagbo de démissionner puisqu’il n’est pas élu selon elle.
La Communauté internationale dit qu’il faut appliquer les résolutions de l’Onu sur la Côte d’Ivoire. Soit, mais qu’on nous explique alors pourquoi la Communauté internationale ne fait-elle pas appliquer les nombreuses résolutions de l’Onu sur l’Etat d’Israël et la Palestine, ou encore sur la Corée du Nord. Cette situation de deux poids deux mesures suscite beaucoup de scepticisme lorsque la Communauté internationale s’acharne, unanime, avec des sanctions injustes sur un pays. Le monde n’est pas régi par des forces altruistes. A ce titre, il est bon de relire le livre « …Et demain l’Afrique » de M. Edem Kodjo et méditer sur l’histoire de l’Afrique.
Les Africains devraient donc éviter de se diviser en prenant parti pour l’un des présidents du bourbier ivoirien. Ils devraient plutôt penser aux souffrances de la population ivoirienne auxquelles la Communauté internationale a contribuées en imposant un blocus financier et économique pendant quatre mois, au non-paiement des salaires et aux morts faute de médicaments dans les hôpitaux du fait de ce blocus,, etc.
Depuis la mort du président Houphouët-Boigny, la population de Côte d’Ivoire est prise en otage par MM. Bédié, Gbagbo et Ouattara. Aucun homme n’est indispensable pour présider un pays. Les hommes meurent mais les pays demeurent. Imposer M. Ouattara n’est pas une solution de long terme car l’on ne peut pas écarter l’hypothèse d’une rébellion à l’envers du Sud qui risque de prolonger la souffrance de la population ivoirienne. Des leçons doivent être tirées des nombreuses guerres dans d’autres pays africains. Pour la quiétude de la population ivoirienne, la Communauté internationale ferait une bonne action en aidant à mettre en place une solution d’apaisement qui exclut ces trois concurrents de l’élection présidentielle.
Selon Albert Camus, la démocratie n’est pas la loi de la majorité mais la protection de la minorité. Or le bombardement de la Communauté internationale en Lybie avec ses effets collatéraux néfastes sur la population qui soutient Kadhafi, et le blocus économique et financier en Côte d’Ivoire qui étouffent les partisans de Gbagbo, vont à l’encontre de l’obligation de protéger la minorité. Ce sont de véritables actes de punition de la minorité pour son choix politique qui contrarie peut-être des desseins cachés.