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Bataille dans la ruche : 20 prétendants, une fiancée

L’Adema a cela de spécial que tous ses responsables se croient nés pour gouverner. D’où une flopée de candidatures qui ne manquera pas de tuer la fiancée.

Le Bureau exécutif de l’Adema Pasj

 Le « Vieux Commando« , pressé, en 1991, par les partis politiques de lâcher le pouvoir, s’est vengé d’eux en disant: « Je suis pressé moi-même de m’en aller. Seuls des fous et des idiots convoitent le pouvoir au Mali! ». Les partis ne l’ont pas écouté et, après son départ de Koulouba, ont installé Alpha Oumar Konaré au pouvoir. Comme Konaré a pu boucler ses deux mandats sans devoir dévaler à pied une colline et qu’il bénéficie d’une paisible retraite dans un palace de Titibougou, au bord du fleuve, le « Vieux Commando » a oublié ses propres citations et brigué, avec succès, la magistrature suprême en 2002. Hélas! A trois petits mois de la fin de son second mandat, il subit l’assaut d’une soldatesque venue de Kati. Sa fuite à dos d’homme ne s’a guère diminué l’appétit des politiciens pour le pouvoir. Pas plus que la lettre de démission lue, à l’aube et baïonnette sur la nuque, de l’astrophysicien Cheick Modibo Diarra que la CEDEAO avait pourtant doté des « pleins pouvoirs ». Ainsi, une foule de hauts cadres se crêpent le chignon pour obtenir l’investiture de l’Adema à la présidentielle de juillet 2013. Voyons de plus près la tête de ces citoyens qui veulent nous gouverner et qui sont au nombre de 20 (excusez du peu !)

La candidature de  KassoumTapo n’étonne personne.Il fut bâtonnier des avocats, ce qui montre sa connaissance du droit et son habitude du pouvoir. Habitude consolidée par le fait d’avoir présidé la CENI en 1997. L’homme fut, de surcroît, porte-parole du FDR aux premières heures du putsch du 22 mars, ce qui lui valut un petit séjour dans les geôles de Kati. Ce séjour, qui change des bureaux climatisés, a dû lui donner la compassion des détenus et l’incitera sans doute, une fois président, à améliorer le dur quotidien des bagnards. Toutes choses qui effaceront notre pays du tableau noir des organisations de défense des droits de l’homme. Au passif de Tapo, les mauvaises langues retiennent une seule chose: avoir réussi, avec 17 milliards de budget, à faire des élections de 1997 un fiasco total.

Si Tapo a la possibilité de rafler la mise, certains de ses concurrents, aussi peu connus que le sexe des anges, semblent venir amuser la galérie: Adama Doumbia (d’où sort-il, lui ?), Tiéoulé Waouya Koné (un poète sikassois, peut-être?), Mamadou Koné (encore un Koné !), Dramane Dembélé (hé, hé!), HarounaBouaré (un gros bambara qui a abandonné les champs?), Koniba Dembélé (allié lointain du roi du Miniankala?), Adama N. Diarra (il n’a pas médité le sort de l’astrophysicien Diarra, hein?).

Quelques candidatures font, elles, sourire. Ainsi, Ousmane Traoré, qui n’a pu faire prospérer la caisse Kondo Jigima, se croit qualifié pour hisser le Mali dans le péloton des nations émergentes. Alou Diarra, fort comme un lion et karatéka émérite, attire l’attention: lui à Koulouba, aucun jihadiste n’osera à nouveau se jeter sur notre patrie et, surtout, aucun bastonneur de Yerewolo Ton ou du MP22 n’osera, sous prétexte de changement, s’introduire de force dans  le bureau présidentiel.

D’autres candidatures s’annoncent plus sérieuses. Ex-ministre de la solidarité, Sékou Diakité a déjà compéti en 2012 et a failli ôter le pain de la bouche de Dioncounda.Boubacar Bah, maire de la commune 5 et chef de l’Association des municipalités du Mali (AMM), a de l’allure mais quelqu’un pourrait soulever contre lui une vilaine affaire de parcelles.Seydou Traoré, surnommé « Seydou criquet » pour avoir vaincu, en tant que ministre de l’agriculture, une invasion acridienne, garde sûrement quelques restes d’acide criquetique pour aveugler ses adversaires: gare à lui! MoustapheDicko, ancien député de Douentza, a tout du sympathique berger peulh mais on se demande s’il ne serait pas infiniment plus utile dans les bourgoutières et pâturages de sa ville natale, maintenant qu’elle est libérée par les Français.SoumeylouBoubèyeMaiga traîne deux lourds boulets aux pieds. D’abord, il ne répond pas bien au critère de fidélité au parti car chaque fois que l’Adema refuse de l’investir, il trouve le moyen de se présenter sous les couleurs d’une association pour récolter, le plus souvent, 1% des suffrages. Ensuite, il traîne la réputation de dépêcher, lorsqu’il était maître espion en chef, des hommes cagoulés aux trousses de l’opposition. D’où de sérieux doutes sur ses convictions démocratiques. Abdel Kader Sidibé, maire de la commune 3, ne brille pas, lui non plus, par sa discipline de parti, un des critères de sélection aux primaires. Il a, en effet, été chassé du parti pour avoir refusé de déférer à l’injonction du Comité exécutif de laisser à Boubacar Bah sa place à la tête de l’AMM. Mais comme, à l’Adema, les responsables chassés reviennent toujours par un trou de serrure, revoilà candidat Kader candidat ! IbaNdiaye, ancien ministre, ancien maire du district, 1er vice-président de l’Adema, a des titres à faire valoir. Son défaut, c’est qu’il est toujours candidat à tout, ce qui laisse penser qu’une fois à Koulouba, il bondira sur tous les leviers du pouvoir et mettra les contre-pouvoirs au tombeau. Tiémoko Sangaré fut un ministre de l’agriculture terne; le peuple Adema pourrait y regarder à deux fois avant de  le choisir puisque ce spécialiste de la transhumance avait quitté l’Adema pour le MIRIA avant de revenir au bercail par des raccourcis de brousse.

Deux candidatures ne cessent d’étonner le Malien lambda. Celle de Mohamed Ag Bilal, un nom qui rappelle furieusement celui de Bilal Ag Chérif, le chef du MNLA; et surtout celle d’Ousmane Sy. Ce dernier, en tant que secrétaire général de la présidence de la République avec rang de ministre, pourrait se voir déclarer inéligible par la Cour constitutionnelle pour avoir fait partie des autorités de la transition. Lui-même aurait dû songer à ce risque de voir son dossier finir au panier, malgré le goût qu’il a sans doute découvert dans les gâteaux de Koulouba.

Voilà la liste des prétendants. La fiancée n’a que l’embarras du choix. Pour lui faciliter tâche, un comité de sages a été institué, composé, entre autres, d’Ag Oumarou, président enturbanné du Haut conseil des collectivités; Mme Konté Fatoumata Dioumba, présidente des femmes Adema; M. Diakité, président d’honneur du parti, et Lazar Tembely, patron des jeunes du parti. Le comité a rencontré collectivement, vendredi, les candidats; il les rencontrera individuellement plus tard avant de les soumettre à un bouquet de critères de sélection: fidélité au parti, compétence, moralité, fonctions occupées, expérience administrative, etc.Quand, sur la base de ces critères, le comité aura fait son tri, son choix sera soumis au Comité exécutif qui le fera avaliser par la conférence nationale. Avec ce qu’on sait de l’Adema, les candidats qui n’auront pas gain de cause lors des primaires iront aussitôt s’inscrire  dans un autre parti ou se présenter à la présidentielleen candidats indépendants. Pas vraiment de quoi se réjouir, le parti ayant déjà la triste image d’avoir aidé le « Vieux Commando » à jeter le pays dans la gueule du loup jihadiste.

Tiékorobani

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