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Relancer les adoptions internationales au Mali

Les bébés d’une pouponnière, à Dakar (Sénégal). | Georges Gobet/AFP

Nous sommes des parents en suspens. Candidats à l’adoption, sélectionnés par le Mali, nous étions hier en attente de rencontrer notre enfant. Mais aujourd’hui nous en appelons à la raison et au bon sens, et espérons que l’adoption internationale pourra reprendre son cours au Mali. C’est dans ce pays, cher à notre c½ur que nous avions choisi de déposer une demande d’adoption. Nous y avons des amis, nous en aimons la fraternité qui s’y exprime, nous sommes emplis de ses paysages, de sa musique, nous nous inscrivons dans son histoire millénaire.

L’enfant adopté ne vient pas de nous. Nous, nous allons vers lui. Ce cheminement intérieur, nous l’avons parcouru tout en apportant les preuves de notre aptitude à être parent. Car adopter, c’est d’abord prouver : prouver qu’on s’est posé toutes sortes de questions habituellement réservées au domaine du privé ; prouver qu’on est en bonne santé mentale, en bonne santé physique, qu’on tient bien une maison, qu’on gagne assez d’argent, qu’on est aimé de nos amis, prouver qu’on est Français et pas depuis hier. Nous avons fait tout cela et plus encore.

Aussi, lorsque, après des années d’incertitude et d’attente, nous avons enfin reçu la nouvelle que les autorités maliennes sélectionnaient notre dossier, parmi des centaines d’autres, nous étions heureux. Nous nous sommes alors préparés àaccueillir notre enfant, dans la confiance. La confiance d’un engagement réciproque : nous nous sommes engagés à prendre soin, aimer, éduquer un enfant du Mali dans le respect de sa culture d’origine, l’enfant que le Mali nous confierait.

LA SURVIE EST ORPHELINS EST EN JEU

Les évènements qui ont débuté au début de l’année 2012, les premiers combats au Nord du pays, le coup d’état de mars dernier, nous ont bien évidemment inquiétés, en tant que citoyens, amis du Mali et en tant que candidats à l’adoption. Mais sur ce sujet, nous n’avons reçu aucun document officiel pouvant indiquerqu’elle fut menacée. Les adoptions ont continué. Et puis brutalement, sans préavis, en novembre dernier, tout s’est arrêté : le Mali a informé que l’adoption internationale était désormais limitée aux seuls ressortissants maliens. À ce moment-là, 81 dossiers de candidats français étaient en attente d’une adoption ; 81 dossiers en souffrance, 81 foyers qui tombent dans la plus grande des incompréhensions.

La conséquence la plus dramatique de l’arrêt des adoptions internationales au Mali est la condition des pupilles de l’état. Dans la période de grande insécurité que traverse actuellement le pays, il est peu probable que ces enfants trouvent un foyer au Mali. Les familles maliennes prêtes à les accueillir sont très rares. La situation des pouponnières est devenue précaire. Le nombre des enfants augmente chaque mois. Les orphelinats parvenaient jusqu’à présent à tenir un budget à peu près décent, grâce, en majorité, aux dons venant d’associations de parents adoptifs. Or, avec l’arrêt des adoptions internationales, cet apport financier va considérablement se réduire, puisqu’il n’y aurait plus de nouveaux parents adoptifs. C’est la survie même des orphelins qui est en jeu.

Les candidats que nous sommes ne souhaitent pas remettre en cause la souveraineté du Mali. Au contraire, si nous avons choisi d’orienter notre démarche d’adoption vers ce pays, c’est que nous nous reconnaissons dans ses valeurs d’ouverture et de tolérance. De plus, le Mali est signataire de la convention de La Haye qui place l’enfant et ses droits au c½ur du processus d’adoption. Aussi, nous souhaitons vivement que les autorités maliennes tiennent la promesse que nous avons reçue, que les procédures en cours aillent à leur terme, que nous puissions chérir notre enfant. Nous souhaitons que nos représentants français fassent entendre nos voix à Bamako. Les urgences sont nombreuses au Mali. La vie des pupilles de l’Etat en fait partie. Et nous sommes tout bonnement archi-prêts à devenir leurs parents.

Le Monde.fr | 18.03.2013 à 16h40

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