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Le dossier d’enquête du fils de Wade révèle ses secrets : Sommet d’un krim concret - Les notaires Patricia Lake Diop et Tamaro Seydi camouflent le pillage

Les enquêteurs ont été patients pour faire le tour du patrimoine de Karim Wade sans pour autant prétendre arriver à être exhaustifs. Avant de lui servir une mise en demeure, les équipes de la Cour de répression de l'enrichissement illicite (Crei) ont effectué une enquête fouillée dont Le Quotidien vous livre certains aspects contenus dans les dépositions des témoins, des partenaires en affaires du fils du Président Wade, des notaires mais aussi de Karim Wade lui-même.
Le sauve-qui-peut des amis de Karim
Les investigations auront été longues pour démêler l'écheveau sur les biens supposés mal acquis de Karim Wade. Une mise en demeure lui a été servie le vendredi 15 mars 2013, pour justifier la licéité de son patrimoine évalué à plus de 693 milliards de francs Cfa. La justification de ce patrimoine doit se faire dans un délai d'un mois conformément à la procédure devant la Cour de répression de l'enrichissement illicite (Crei). En dépit de la mise en demeure, l'enquête se poursuit avec notamment des demandes d'entraide judiciaire envoyées dans de nombreux pays comme la France, Monaco, les Etats-Unis notamment.
L'enquête conduite par la Section de recherches de la Gendarmerie nationale a abouti à des révélations ahurissantes. Tant le patrimoine découvert est colossal mais surtout le modus operandi utilisé pour masquer les opérations a permis de convaincre les enquêteurs qu'ils ne sauraient être sûrs d'avoir fait le tour de la fortune du fils du Président Wade. Il faut dire que si l'enquête a abouti à de grosses découvertes, c'est qu'en vérité de nombreux témoins ont collaboré avec les enquêteurs. Les menaces, qui pesaient sur la responsabilité personnelle des uns et les autres, ont poussé de nombreuses personnes entendues à «causer bien volontiers» avec les gendarmes. D'ailleurs, dans cette situation de sauve-qui-peut, des témoins ont spontanément saisi les enquêteurs pour leur raconter ce qu'ils savaient des opérations réalisées par Karim Wade. Dans le lot des témoins figurent des notaires, des personnes au service de Karim Wade mais aussi certains de ses anciens amis de collège qu'il avait utilisés comme des porteurs de parts dans le capital de ses nombreuses sociétés. C'est comme qui dirait que chacun s'était fait un point d'honneur de dire ce qu'il en savait dans l'espoir d'être ainsi épargné.

La notaire Me Patricia Lake Diop passe à table
La première cible des enquêteurs dans le milieu des notaires a été Me Patricia Lake Diop qui passait pour être la notaire attitrée de la famille du Président Abdoulaye Wade. Me Patricia Lake Diop est membre par alliance de cette famille. Elle est l'épouse de Aziz Diop, fils de  Awa Wade, une s½ur du Président Abdoulaye Wade. C'est donc dire que Patricia Lake Diop est une belle cousine de Karim Wade. Le Parquet spécial de la Crei avait de bonnes raisons de s'intéresser au Cabinet de Me Diop et pour cause. Il est de notoriété publique que l'étude de Patricia Lake Diop était l'officine principale de blanchiment d'argent pour les Wade. Il s'y ajoute que des membres de la Crei avaient déjà une connaissance précise de ce qui se faisait dans cette étude notariale. Ils savaient ce qu'il fallait y chercher, où et comment. En effet, l'un des magistrats du Parquet spécial, Antoine Diome, avait déjà eu à effectuer en 2009 une mission d'inspection dans ce Cabinet au temps où il officiait au Parquet général de la Cour d'appel de Dakar. Déjà, le magistrat avait identifié un vaste réseau de blanchiment d'argent opéré par le Président Wade et des membres de sa famille par le biais de ce cabinet de la première femme sénégalaise nommée notaire pour avoir bénéficié d'une charge en 1981. L'activité principale du cabinet apparaissait en quelque sorte comme une véritable «buanderie». Les membres de la famille Wade faisaient déposer régulièrement d'importantes sommes d'argent, des centaines de millions de francs Cfa, sans aucun acte en contrepartie. Les sommes étaient déposées en cash par Victor Tendeng, un gendarme affecté au service de Karim Wade et qui démissionnera de la marée chaussée pour suivre son patron après la chute du régime Wade. Victor Tendeng sert présentement de chauffeur à Karim Wade et a été au volant du véhicule qui a conduit ce dernier le vendredi 15 mars 2013 au siège de la Crei au Point E.
L'autre principal porteur de valises auprès du cabinet de Me Patrica Lake Diop a été un autre gendarme au service de Karim Wade, son garde du corps  Victor Kantoussan. L'enquête a pu établir que les sommes étaient déposées et reversées par un clerc de la  notaire, en l'occurrence Fréderic Sagna dans le compte professionnel de l'étude notariale ouvert à la Sgbs. Après ces dépôts, Me Patricia Lake Diop émettait un chèque à partir de son compte pour payer des opérations que lui indiquaient Me Wade et son fils Karim. Me Patrica Lake Diop déclarera aux gendarmes avoir, après un certain temps, pris conscience des risques encourus pour demander à la famille Wade de faire déposer directement l'argent dans le compte bancaire et que les espèces sonnantes et trébuchantes ne transitaient plus physiquement par le cabinet. Cette mesure de précaution dictée par la notaire n'agréera pas les Wade et à partir de cet instant, la fréquence des opérations avait baissé. La mission d'inspection confiée à Antoine  Diome, avait été ordonnée par Mandiogou Ndiaye qui était à l'époque procureur général près la Cour d'appel de Dakar et qui assurait à ce titre la surveillance des cabinets des notaires. Le rapport produit à la fin de la mission connaîtra un sort rocambolesque. En effet, suite à des désaccords avec le ministre de la Justice Me Madické Niang, Mandiogou Ndiaye, actuel président de la Crei, avait été relevé de ses fonctions de procureur général. Le magistrat Abdoulaye Bâ avait été nommé à la place.
Au moment où Antoine Diome bouclait sa mission d'inspection, un autre ministre de la Justice avait été nommé en la personne de Me El Hadji Amadou Sall. Ce dernier, informé des découvertes faites par le magistrat inspecteur et qui pourraient éclabousser gravement le Président Wade et sa famille, demandera au procureur général Abdoulaye Bâ d'instruire son jeune collègue de dresser deux rapports de la mission d'inspection. Me El Hadji Amadou Sall voulait un rapport exhaustif et précis sur toutes les constatations de dysfonctionnements et d'anomalies relevées mais aussi voulait un autre rapport édulcoré. Cette demande avait été formulée à l'endroit de Abdoulaye Bâ à l'issue d'une réunion de coordination des parquets tenue au ministère de la Justice. Ce jour-là, le Garde des Sceaux, ministre de la Justice, avait demandé à son procureur général de rester après la réunion pour qu'il  lui parlât seul à seul.
Abdoulaye Ba répercutera la demande de sa hiérarchie à son collègue qui s'abrita derrière son serment de magistrat. La seule concession qu'acceptera le jeune magistrat, face à la demande insistante de son patron, a été de faire un rapport complet et exhaustif et d'en faire un autre dans lequel, le  nom des personnes notamment du Président Wade serait enlevé. Le souci était de protéger l'institution que représentait le président de la République car on ne sait pas entre quelles mains un tel document pourrait tomber un jour ou l'autre. Que cherchait le ministre de la Justice avec ces deux rapports ? D'aucuns s'imaginent qu'il pourrait utiliser le rapport exhaustif comme une arme politique tandis que le rapport plus ou moins édulcoré pourrait rester dans le circuit administratif. Allez savoir !
De toute façon, Me Patricia Lake Diop, entendue à plusieurs reprises, a coopéré avec les enquêteurs. Elle n'avait vraiment pas le choix. Les faits l'accablent et elle a dû se faire violence pour briser l'omerta et parler. Elle ne pouvait se dérober, empêtrée dans des opérations qui pourraient lui valoi...

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