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Selon une récente enquête réalisée par la Fondation Friedrich Ebert Stiftung : – 66,2% des sondés font confiance à Dioncounda Traoré – Plus de 75 % veulent aller aux élections après le retour des réfugiés et déplacés

Si le président de la République par intérim, Pr Dioncounda Traoré, était candidat à la prochaine élection présidentielle, dont la date du premier tour est annoncée pour le 7 juillet prochain, il n’y a aucun doute qu’il remporterait  largement les suffrages des électeurs.  Ce constat ressort d’une enquête d’opinion que vient de réaliser, du 13 au 20 février 2013, la Fondation Friedrich Ebert Stiftung. Dans ce document intitulé « Que pensent les Maliens ? « réalisé dans le cadre d’une série d’études au  nom évocateur « Mali-Mètre », la Fondation Friedrich Ebert Stiftung, une institution allemande présente au Mali depuis plus de 40 ans, constate que « près de la moitié des citoyens (46,4%) disent faire très confiance au président intérimaire; environ un sur cinq (19,8%) lui faire juste confiance. En revanche, 15,9% déclarent ne pas lui faire confiance et 13% lui faire modérément confiance ».  Pendant ce temps, les trois quarts des enquêtés souhaitent que les élections à venir soient organisées « après la libération totale des régions du nord et le retour des déplacés, des réfugiés et de la sécurité « .

A voir une  appréciation quantifiée de ce que les Maliens pensent des organes et institutions de la période transitoire doublée de la crise politico-sécuritaire  que le pays traverse depuis bientôt un an. Tel est l’objectif de cette enquête d’opinion que la fondation Friedrich Ebert Stiftung  vient de réaliser. Elle a consisté à interroger les citoyens maliens sur l’appréciation qu’ils ont des institutions organes tels que le président de la République par intérim, le Premier ministre et son gouvernement, l’Assemblée nationale,  des organes tels que les partis politiques, les regroupements politiques nés après le 22mars 2012, l’ex-junte, des actes tels que la feuille de route du gouvernement de transition, la tenue des élections présidentielle et législatives en juillet, etc.

Il ressort de cette enquête d’opinion que les Maliens font désormais confiance au président de la République par intérim, qui incarne la première institution de la République. Sa cote de popularité vient de connaître une hausse  spectaculaire.

En effet, près de la moitié des citoyens sondés (46,4%) disent lui faire très confiance et environ un sur cinq (19,8%) lui faire juste confiance, indépendamment du sexe des sondés. Un peu plus de un sur six (15,9%) déclare ne pas lui faire confiance, et 13% lui font modérément confiance. Au total, les deux tiers des citoyens lui font confiance (juste ou très confiance) contre 29% qui ne lui font que peu ou pas confiance. Moins de 5% des personnes enquêtées sont sans opinion. Comme on le voit, après les réticences et les contestations notées ça et là quand il s’était agi de confier les rênes du pays au président de l’Assemblée nationale d’alors, Pr Dioncounda Traoré pour assurer l’intérim de la présidence, les Maliens finissent par apprécier l’homme.

Le degré de confiance des citoyens au président intérimaire s’améliore nettement, comparé aux résultats de l’enquête réalisée par la Fondation Friedrich Ebert Stiftung en novembre 2012. Là, il est fait cas de « seulement «  15% des sondés qui disaient lui faire très confiance, contre 18% qui lui faisaient juste confiance et 42% qui ne lui faisaient pas confiance.

Le document ne donne pas les raisons  qui expliquent ce renversement de tendance, mais de notre point de vue, elles tiennent à deux facteurs essentiels. Le premier c'est le prompt appel que le président intérimaire a lancé en direction de la France et d’autres pays africains pour enrayer l'avancée des hordes jihadistes vers le sud. Le deuxième, c'est l'implication par Dioncounda Traoré  des éléments de l’ex-junte à la gestion de la crise sécuritaire; ce qui a conforté sa cote auprès des courants pro-putsch.

Par ailleurs, il faut signaler que par rapport à l’âge, l’enquête de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung permet de noter que, « majoritairement, la population malienne est très confiante vis-à-vis du président de la République quelle que soit la classe d’âge. Les plus jeunes (entre 18 et 34 ans) sont les plus nombreux à se déclarer très confiants (62 %) ». Le niveau d’instruction a, en outre, peu d’influence sur le degré de confiance au président par intérim.

S’agissant du Premier ministre de transition, la grande majorité des enquêtés (61%) disent lui font confiance dont 40% lui font très confiance et 21% lui faire juste confiance. La proportion des sans opinion, 16%, est plus élevée, chez les femmes (21%) que chez les hommes (12%).

Les citoyens qui font très confiance au Premier ministre, chef du Gouvernement comptent plus chez les hommes (44%) que chez les femmes (35%). Par contre, les personnes qui déclarent ne pas lui faire confiance se dénombrent presque dans la même proportion chez les femmes que les hommes (environ 10%).

Par classe d’âge, les 18-34 ans sont plus nombreux (42,4%) à avoir confiance au Premier ministre, plus que la classe des 50-64 ans tandis que la majorité des 65 ans disent ne pas du tout lui faire confiance. Le niveau d’instruction n’a pas pratiquement eu d’influence sur le degré de confiance au Chef du Gouvernement.

A propos du Gouvernement de transition, près de 60% des enquêtés ont soit très confiance (31%), soit juste confiance (27%) contre 29 % qui n’ont pas confiance (10%) n’ont qu’une confiance modérée au Gouvernement de transition, sans différence significative selon le sexe. A noter que 13% sont sans opinion. Les personnes sans opinion comptent plus chez les femmes (20%) que chez les hommes (7%). Il faut ajouter que ni l’âge, ni le niveau d’instruction ne semble avoir d’influence sur le degré de confiance au Gouvernement de transition.

Pour ce qui concerne l’Assemblée nationale, l’opinion des citoyens a été sollicitée au niveau de deux paramètres : leur connaissance des députés élus de leur circonscription et l’appréciation de leur travail au niveau de la représentation parlementaire. Sur le premier aspect, c’est-à-dire la connaissance des députés élus de leur circonscription, plus de trois quarts soit 76,8% des citoyens enquêtés ont déclaré ne pas connaître les noms des députés élus de leur circonscription contre moins d’un quart soit 23,5% qui les connaissent. La proportion de ceux qui disent ne pas les connaître est plus élevée chez les femmes (85%) que chez les hommes (70%). Toutefois, la proportion de ceux qui déclarent connaître leurs députés semble augmenter avec le niveau d’instruction : un sur dix pour les sans instruction contre 42,2% pour le niveau supérieur.

Concernant l’opinion sur le travail des représentants du peuple à l’Hémicycle, parmi les citoyens qui ont déclaré connaître les députés élus de leur circonscription, plus de la moitié (52%) sont pas ou peu satisfaits du travail de leurs élus ; contre 30% de satisfaits dont 16,9% de très satisfaits et 13,5% de juste satisfaits. Les sans opinion représentent 14,6%.

Les proportions des très satisfaits ou des pas satisfaits sont plus élevées chez les hommes (respectivement 23% et 41%) que chez les femmes (46,4%)

Les enquêtes de la Fondation Friedrich Ebert Stiftung ont aussi porté sur le rôle joué par l’ex-junte, le rôle des partis politiques dans la gestion de la crise, les activités des regroupements politiques nés après le 22 mars, la feuille de route du Gouvernement de transition, la tenue des prochaines élections générales prévues pour juillet 2013.

L’impact de l’ex-junte

Concernant le rôle actuel joué par l’ex-junte, le sondage établit que la perception par les citoyens, indépendamment du sexe, est plutôt mitigée. La plus forte proportion des enquêtés pensent qu’elle ne s’occupe de rien actuellement (37%). Une proportion moins importante estime qu’elle s’occupe de la reconquête du nord (22%), des questions militaires en général (19%), enfin des intérêts de ses membres (20%).

Par rapport aux résultats du sondage de novembre 2012, la proportion des enquêtés qui estime que l’ex-junte ne s’occupait pas des questions militaires a diminué de moitié (19% contre 40%) et celle qui affirmait qu’elle appuyait les institutions de transition (26,49%) a quasi disparu. Par contre la proportion des citoyens qui affirmaient qu’elle ne s’occupait de rien (14,81%) a presque triplé (37%) et celle qui pense qu’elle s’occupait des intérêts de ses membres (16,62%) a aussi significativement augmenté. Enfin, 6% sont sans opinion.

Place occupée par les formations politiques

A propos du rôle des partis politiques dans la gestion de la crise, les sondés estiment que les acteurs politiques ont un rôle limité.

La grande majorité de la population (89,1 %) affirme que les formations politiques ne s’occupent pas de la gestion de la crise. Ils s’occupent plutôt d’elles-mêmes (40,1%), de leur avenir politique (25,8%) ou de rien du tout (23,2%). Pour 28% des enquêtés, les partis politiques participent à la gestion de la crise, soit en appuyant les institutions de transition (15,9%) soit en s’occupant de la reconquête du Nord. A noter qu’une minorité (3,6%) estime soit que les partis politiques combattent les institutions de transition, soit qu’ils les dirigent (3,6%). Enfin 9,4% sont sans opinion. La proportion de ceux qui estiment que les partis politiques ne s’occupent pas de la gestion de la crise est plus élevée chez les hommes (97%) que chez les femmes (80%). En effet, ils ne s’occupent que d’eux-mêmes (43,5% d’hommes et 25,0% de femmes) et ils ne s’occupent de rien (26,5% d’hommes et 19,0% de femmes). La proportion de ceux qui soutiennent que les partis politiques ne s’occupent que d’eux-mêmes est plus élevée chez les plus instruits : 48,7% pour le niveau secondaire et plus de 44,6% pour le niveau supérieur. Une forte proportion des plus âgées (46,7%) pensent que les partis politiques ne s’occupent que d’eux-mêmes. Ils sont suivis des enquêtés des tranches d’âge 18-34 ans et 35-49 ans (environ 40%) dans cette appréciation.

Par rapport aux activités des regroupements politiques nés après le 22 mars 2012, elles sont négativement jugées par la grande majorité des enquêtés qui estiment que leurs agitations ont créé l’anarchie dans le pays (41,4%). Ils estiment que ces activités servent à assouvir des intérêts personnels (34,9%), ou contribuent à opposer les Maliens (30,2%).

Quid de la tenue des élections en juillet prochain?

Par ailleurs, il faut noter qu’à propos des prochaines élections générales, les trois quarts des enquêtés (75%) souhaitent qu’elles soient organisées « après la libération totale des régions du Nord et le retour des déplacés, des réfugiés et de la sécurité « , dans des proportions quasi identiques des hommes et des femmes et quel que soit le niveau d’instruction. Par contre, plus d’un citoyen sur dix (12%) souhaitent ces élections « aussitôt la libération du Nord, même si tous les réfugiés et les déplacés ne sont pas de retour  » et environ un sur dix (11%) souhaite leur organisation « avant la libération totale des régions du Nord « . Par rapport à l’âge, les plus jeunes, tranches d’âge de 35-59 ans (77,3%) et de 18-34 (73,9%) sont les plus nombreux à vouloir lier la tenue des élections à la libération totale des régions Nord.

Concernant la feuille de route, une minorité des personnes sondées (7,6%) ont déclaré la connaître dans ses grandes lignes, contre la majorité (92,4%) qui l’ignore. Parmi cette majorité, la proportion des femmes (93,5%) est légèrement supérieure à celle des hommes (91,5%). La proportion des personnes qui connaissent la feuille de route augmente avec le niveau d’instruction : 1,1% chez les sans instruction, 2,2% pour le niveau fondamental, 17% pour le niveau secondaire et 49% pour le supérieur.

(Nous y reviendrons)

Bruno D SEGBEDJI

Mali Web

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