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Après 8 jours à la Sécurité d’Etat (SE) : Transféré à la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) , Boukary Daou présenté aujourd’hui devant le procureur

Arrêté le 6 mars dernier pour avoir publié la lettre ouverte d’un certain «Capitaine Touré» protestant contre les avantages accordés au capitaine Amadou Haya Sanogo par le Président de la République par intérim, Pr Dioncounda Traoré, le Directeur de publication du journal « Le Républicain » Boukary Daou sera présenté aujourd’hui au Procureur. Il a passé le week-end dans les locaux de la Brigade d’Investigation Judiciaire après plusieurs jours dans les locaux de la Sécurité d’Etat. Compte tenu de l’évolution du dossier, le mot d’ordre «des journées sans presse» a été suspendu, mais le boycott de toutes les activités du gouvernement est maintenu.

Boukary Daou

L’interpellation du Directeur de publication du journal « Le Républicain » Boukary Daou, le 6 mars dernier, par la Sécurité d’Etat, continue de défrayer la chronique puisqu’il est toujours détenu. Il a été arrêté pour avoir publié et commenté dans son journal une lettre ouverte d’un certain «Capitaine Touré» protestant contre les avantages accordés par le Président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, au capitaine Amadou Haya Sanogo, intitulée : « les soldats au front révoltés par les avantages accordés au Capitaine Sanogo ». Depuis son arrestation, toute la presse malienne s’est mobilisée pour sa libération. Du coup un conseil de crise a été mis en place composé de plusieurs responsables de journaux et d’associations de presse. Il s’agit de Makan Koné (président de la Maison de la Presse) Dramane Alou Koné (président de l’ASSEP) Kassim Traoré (OJRM) Hamèye Cissé (Le Scorpion) Sambi Touré (Info-Matin) Alexis Kalembry (Les Echos)  Cheickna Hamalla Sylla (L’Aube) Ramata Diaouré (22 Septembre) Birama Fall (Le Prétoire)... Ce conseil a la lourde tâche d’informer la base sur l’évolution du dossier à travers une assemblée générale. C’est ainsi qu’au cours de la première rencontre, tenue le 11 mars, à la Maison de la Presse, il a été décrété d’observer «des journées sans presse ». Ce qui a été un véritable succès puisque 98% des organes de presse ont observé ce mot d’ordre. Il a été finalement suspendu le jeudi 14 mars à  minuit, après le transfert de Boukary Daou à la Brigade d’Investigation Judiciaire (BIJ) pour «les besoins de l’enquête».

Le boycott des activités  institutionnelles continue

Du coup, une assemblée générale s’est tenue, le lendemain vendredi, à la Maison de la presse. Elle a décidé de maintenir la rupture de toute collaboration avec les institutions de la République, de suspendre la couverture des activités  gouvernementales et de poursuivre l’assistance judiciaire au confrère jusqu’à sa libération définitive. Un collège d’avocats composé de Me Cheick Oumar Konaré, Me Amidou Diabaté, Me Mamadou Camara,  a été constitué pour la défense de Boukary Daou, qui doit être présenté, en principe, ce lundi au procureur.

Par rapport au dossier, Me Cheick Oumar Konaré a été très clair sur RFI : « Il se pourrait qu’il s’agisse de diffusion de fausses nouvelles, qu’on parle d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Il se peut qu’on parle d’autres infractions. Il se peut tout simplement que le dossier soit classé. Moi je reste optimiste. Ce qui a été publié n’est que l’expression de l’opinion d’une partie des soldats. Et la liberté d’opinion est une liberté constitutionnelle ».

Le président de l’Association des Jeunes Reporters du Mali (OJRM) notre confrère Kassim Traoré, a également réagi : « Ils l’ont interpellé pendant plus de 8 jours, ce n’est pas normal. On est dans un Etat de droit ou on ne l’est pas, c’est ce que nous avons déploré. Il ne faut pas qu’on crie victoire dès maintenant parce rien n'est gagné. Jusqu’à présent, Boukary Daou est entre les mains de la justice malienne. Il est encore privé de ses libertés. Et tant qu’il ne se recouvre pas la liberté, nous allons continuer les actions ».

Alou B HAIDARA

 

Vague de réprobations au Mali et dans le monde

Le directeur de publication du journal « Le Républicain », Boukary Daou, arrêté le 6 mars dernier par les services de renseignements de l’Etat (SE), a été transféré jeudi 14 mars dans l’après-midi à la Brigade d’investigation judiciaire (BIJ), occasionnant la fin des journées « presse morte ». De nombreuses réactions de la presse africaine et des mouvements politiques nous sont parvenues et toutes ont condamné avec la dernière vigueur cet acte. Nous vous proposons quelques extraits de ces réactions

L’Ordre des Avocats du Mali  s’inquiète de l’interpellation depuis quelques semaines par les services de la Sécurité d’Etat d’hommes politiques, de journalistes et de membres de la société civile. L’interpellation du Directeur de Publication du journal le Républicain est  » une atteinte grave à la liberté de la presse chèrement acquise à la faveur de la Révolution du 26 Mars 1991. Le Barreau rappelle qu’elle est un droit constitutionnel, et que l’Etat d’urgence présentement en vigueur sur l’ensemble du pays ne saurait justifier de telles atteintes graves à des libertés fondamentales « .

Le Barreau condamne avec vigueur cette arrestation et cette détention arbitraires et injustifiées. Ainsi  il  demande l’élargissement sans délai de Monsieur Boukarv DAOU.  » Le Barreau, encore une fois, rappelle au Gouvernement son devoir constitutionnel de protection et de promotion des droits et libertés des citoyens et réaffirme son attachement au respect de l’Etat de droit surtout en ces moments particulièrement difficiles que connait notre pays « . 

Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius s’est dit persuadé que le gouvernement malien saura faire respecter la presse, interrogé après l’arrestation de Boukary Daou, directeur de publication du quotidien Le Républicain, par les services de renseignement maliens.  » Je suis sûr que le gouvernement malien fera ce qu’il faut pour que la presse soit respectée « . Il a  aussi  rappelé le principe dans toute démocratie selon lequel  » partout le pouvoir militaire est soumis au pouvoir civil « .  » C’est comme ça que ça fonctionne dans une République, les militaires sont soumis au pouvoir civil, c’est une condition du bon fonctionnement d’une démocratie « , a-t-il insisté.

Le premier secrétaire du parti socialiste, Harlem Désir, a demandé au président par intérim Dioncounda Traoré, que soit libéré au plus vite le journaliste malien Boukary Daou.  » Je lui ai demandé qu’il soit libéré et j’ai insisté sur la liberté de ce journaliste et sur l’importance du respect de la liberté de la presse  au Mali « , a déclaré le premier secrétaire du PS à l’issue d’une rencontre avec le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, à Bamako.

Le directeur de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) Afrique soutient les journalistes maliens dans leur mouvement d’humeur pour protester contre l’arrestation d’un des leurs. « Nous sommes solidaires des journalistes du Mali en ces moments difficiles et appelons à la libération de Boukary Daou et au dialogue entre les autorités et la presse. La publication d’une lettre ne peut être un motif d’arrestation d’un journaliste qui n’a fait que rendre publique une opinion des soldats au front. Nous ne voyons pas en quoi cela peut pousser les militaires à déserter ou à quitter le front comme le soutiennent certaines autorités au Mali », martèle le président de la FIJ.

Le Regroupement de la Presse Mauritanienne (RPM)  » dénonce l’arrestation  du directeur de publication du journal Le Républicain et manifeste (son) soutien sans faille à ses confrères du Mali, qui font face à une   dangereuse régression de la liberté de la presse. Le RPM  exige la libération immédiate de ce journaliste  et demande au gouvernement malien  de procéder  à une  décrispation d’une situation devenue délétère avec l’interpellation, les arrestations, et même la violence contre les professionnels de l’information et de la communication. Ces actes n’honorent nullement le gouvernement malien selon le RPM. Il salue enfin   » l’esprit de lutte et de solidarité  des confrères  et réaffirme son appui à leur juste cause « .

Le Forum des Editeurs Africains basé au Burkina Faso, apporte «  son soutien et sa solidarité agissante à l’ensemble de la presse malienne. Il estime que la détention injustifiée de Boukary Daou, directeur de publication du quotidien  » Le Républicain «  est une violation des droits de l’Homme et de la liberté de la presse.  Suite à son transfert à la Brigade d’investigation judiciaire (la BIJ) ou plusieurs confrères, sa famille, ses avocats ont pu le rencontrer. Le Forum des Editeurs Africains se dit satisfait et salue ici la détermination de la presse malienne et prend acte du retour des autorités maliennes dans le giron du Droit en mettant fin à une procédure extra judiciaire qui n’honore pas le Mali « .

Le Forum des Editeurs Africains  » invite le gouvernement malien à libérer le directeur du quotidien  » Le Républicain «  et l’exhorte à décriminaliser les délits de presse. Il continuera avec les acteurs de la presse malienne à suivre de près l’évolution de cette affaire « .

Le CPJ commitee to protect journalists New York, condamne avec dernière vigueur  » l’arrestation arbitraire de Boukary Daou qui est un autre exemple parmi tant d’autres, qui montre que les agents de sécurité maliens agissent au mépris des règles du droit de l’Homme et des garanties prévues par la constitution pour intimider les journalistes au nom de la sécurité nationale « , a déclaré Mohamed Keita, coordonnateur du plaidoyer pour l’Afrique du CPJ. « Nous demandons au gouvernement de libérer M. Daou immédiatement et de veiller à la protection de ses sources « .

L’Alliance des Démocrates Patriotes pour la Sortie de crise (ADPS),  » réitère sa condamnation de l’arrestation par les Services Spéciaux du Directeur de Publication du Quotidien le Républicain et dénonce l’interpellation de M. Tiébilé Dramé, fondateur dudit organe. L’Adps rappelle que le retour à l’ordre constitutionnel implique non seulement le respect des libertés publiques fondamentales, y compris la liberté de presse, mais aussi l’observation des procédures légales dans un domaine aussi grave que les mesures privatives de liberté. A cet égard, l’ADPS rappelle qu’aux termes de la Constitution du 12 janvier 1992, la liberté d’aller et venir est la règle, alors que la détention est l’exception et ne peut être ordonnée que dans le strict respect des règles de compétence et de délais prévues en la matière...

L’Association Professionnelle de Presse du Mali, suite à l’assemblée Générale des associations professionnelles de presse réunie le vendredi 15 mars 2013 à la maison de la presse, décide de suspendre le mot d’ordre de journées sans presse au Mali, de maintenir la rupture de toute collaboration avec les Institutions de la République, de suspendre la couverture des activités du gouvernement, de poursuivre l’assistance judiciaire au confrère jusqu’à la libération définitive. Dans la même correspondance, l’Assemblée générale salue les initiatives de médiation des personnes, structures et organisations de bonne volonté et remercie la presse internationale, les organisations internationales de presse et de défense des Droits de l’Homme, les responsables des organes de presse nationaux et l’association des revendeurs de journaux pour leur soutien, leur mobilisation et leur esprit de solidarité.L’Assemblée invite les confrères à redoubler d’effort et de vigilance, à rester mobilisés, unis et solidaires pour le triomphe de l’idéal d’une presse nationale libre, indépendante, forte et responsable.

Rassemblés par Clarisse Njikam

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