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Bineta Diop à Grand oral «La politique est sale en Afrique …»

Revenant sur les souffrances de la femme africaine, Bineta Diop, fondatrice de Femme Africaine Solidarité ; a fait part de son souhait qu'un jour, le 8 mars ne soit plus à célébrer. Elle était l'invitée d'Aminata Ndiaye et de son confrère Birahim Touré, sur le plateau de Grand oral.


Vous êtes parmi les 100 personnes les plus influentes, quel sens donnez-vous à votre désignation par Times magazine ?

C'était une surprise mais, c'était l'½uvre des femmes africaines. Reconnaitre une femme africaine, c'est pour moi reconnaitre mes s½urs, qui ont le mérite de s'occuper de leur communauté. C'est de là que Femme Africaine Solidarité s'implique, les femmes du Rwanda qui ont subi des génocides, celles du Burundi violées, qui n'ont rien fait. Ainsi, quand Times magasine dit que nous faisons partie des 100 personnalités les plus influentes, il veut parler du travail quotidien de ces femmes, le courage de la femme africaine qui, sans elle, l'Afrique ne serait pas debout.
Peut-on penser que la parité est la solution ?
L'idéal sera que cela parte de bas en haut, ce qui accompagnera le changement de mentalités. Notre travail, c'est d'accompagner les deux processus. Même si l'Union européenne a adopté la parité, pour arriver à 50%, cela ne suffit pas. Il n'est pas question de nombre uniquement, il faut des décisions prises par ces femmes, pour qu'elles puisent atteindre les autres.
Quel est le bilan de la parité au Sénégal ?
Les femmes au parlement, cela est un acquis, qu'il ne faut pas négliger, il faut qu'il soit une loi traversant les années, pour être une réalité. J'espère que cette parité sera appliquée dans le gouvernement, ainsi que dans d'autres domaines. Je salue l'entrée des femmes dans l'armée mais, il faut plus de femmes dans la police de proximité, afin de promouvoir la sécurité des femmes qui sont les plus exposées. Il faut des policières car, elles sont les seules à pouvoir régler certains problèmes. J'étais à l'est du Congo mais, il est incomparable au Sénégal. La femme y vit à l'état sauvage, sa situation est à la fois inhumaine et dégradante, elle reste des jours sans manger. Elle vent du bois, cueille des feuilles pour nourrir ses enfants. Son cas est alarmant, alors qu'elle n'a rien fait pour mériter cela. Je me demande si les leaders africains se soucient du bienêtre de ceux qui les ont élus, vu la richesse de cette région. La communauté internationale a une responsabilité dans cette situation, parce que les diamants tirés du sol de ce pays, ne sont pas connus de ces femmes qui sont utilisées dans cette guerre d'accaparement de nos ressources, dans leur corps, dans leur esprit.
Pourquoi les acteurs peinent à la rendre effective ?
Ce sont les hommes qui sont autour de la table, et on nous dit souvent, si vous voulez le pouvoir, il faut l'arracher. La politique africaine est très sale, les femmes ne se voient pas exposées pour être jetées en pâture comme cela se passe. Les femmes sont touchées dans leur valeur, elles se suicident souvent. Les femmes veulent faire de la politique, s'occuper de leur peuple, autant que les hommes mais, elles n'ont pas les outils. Elles n'ont pas assez de financement et la question des médias se pose aussi. Les hommes continuent d'accaparer les pouvoirs, alors qu'ils sont élus par les femmes. Je pense qu'il faut l'implication des femmes dans les partis politiques, pour arracher le pouvoir. Mais, les femmes n'ont pas les mêmes méthodes que les hommes, elles sont fidèles et ne peuvent pas faire de coups d'état. Aussi, doivent-elles créer des partis politiques mais malheureusement, les femmes ne votent pas pour les femmes.
Envisagez-vous un jour être à la tête de l'Etat ?
Je suis déjà au pouvoir, pour moi, le pouvoir, c'est d'arriver à changer quelque chose. Je suis déterminée à aider les femmes et je le fais bien. Je ne peux demander plus. Pour être à la tête de l'état, il faut avoir un parti, je ne suis pas disposée à aller en politique, étant donné que ce que je suis en train de faire à de l'impact sur le terrain.
La situation des femmes africaines reste préoccupante mais, selon vous, quelles sont les urgences ?
Je vous ai parlé des femmes qui souffrent dans les zones de conflits. Nous venons de lancer un projet qui s'appelle Iwa, qui veut donner le soutien aux femmes dans l'agriculture, qui est le futur, ainsi que d'autres, avec des chefs d'Etats africains.
Pensez-vous rejoindre, un jour, le président Macky Sall ?
J'ai toujours soutenu mon pays. Je suis née dans une famille traditionnelle religieuse, ma mère fut vice-présidente du Ps dans la zone de Diourbel, au temps de Senghor et Diouf. Et avec Macky, je vais continuer à le faire, n'étant pas dans la politique politicienne.
On va vers les locales, pensez-vous à une bonne représentation des femmes ?
Je pense que la parité va continuer, j'espère que les partis politiques vont l'appliquer. Je pense que les parlementaires vont le dénoncer, au cas contraire. Et que les Ong féminines vont dénoncer le parti politique qui aura failli à cette parité. Elle a été adoptée alors, il faut l'appliquer.
Vos rapports avec les autres Ong contre les violences faites aux femmes ?
Nous avons élaboré la plateforme des femmes qui se sont mobilisées pour les élections au Sénégal, qui ont joué un rôle très positif, en créant les salles de veille... Nous sommes en étroite collaboration pour les soutenir, ne voulant pas prendre leur place. Dans les pays où nous allons, nous fédérons les associations sur des objectifs, sans prendre leur place. On y réussi car, c'est en se mobilisant avec un agenda commun qu'on peut frapper aux portes et avoir des résultats tangibles.
Pensez-vous que le Sénégal peut avoir une femme comme Président ?
Je pense que le Sénégal est assez émancipé, nous nous sommes en avance sur beaucoup de principes, nous avons signé toutes les conventions qui parlent des droits de la femme. Alors, je ne vois pas pourquoi le Sénégal ne mérite une femme à la tête de l'Etat, je l'espère, le plus rapidement possible, cela apportera une avancée dans le pays.
Fanta DIALLO
REWMI QUOTIDIEN

Rewmi

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