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Ousmane Ngom et Farba Senghor face aux policiers

C'est vers les coups de 9 heures que la voiture du Procureur spécial près la Cour de répression de l'enrichissement illicite (Crei), Alioune Ndao, stationne dans l'imposante bâtisse qui abrite les bureaux de la juridiction. D'un geste acrobatique, deux individus, probablement ses gardes du corps, jaillissent de la voiture, l'entourent et l'accompagnent à l'intérieur. Ils s'engouffrent dans le couloir qui mène à la fois aux escaliers et aux ascenseurs sans prêter la plus petite attention au policier préposé qui demande à une dame où se trouvent les toilettes.
Dehors, la situation semble des plus normales. Les piétons vaquant tranquillement à leurs occupations, les apprentis «car-rapides» se disputant la clientèle. Seul changement visible et notable, l'interdiction faite aux bus de s'arrêter sur la chaussée juxtaposant l'endroit et le déploiement inhabituel des Forces de l'ordre. Le gouvernement de Macky Sall, après la casse surprise des thiantacounes, ne tenait pas à se faire surprendre une nouvelle fois. D'où l'énervement des Forces de l'ordre à commencer par le premier d'entre eux, le colonel Lam, comme le montre éloquemment la suite des événements. Sada Ndiaye ancien ministre, Saër Guèye, ancien ambassadeur, Youssou Diallo, ancien conseiller spécial de Souleymane Ndéné Ndiaye sont les premiers à faire les frais de ce déferlement de violence. «Vous dé­gagez ou nous nous chargerons de le faire par la force», leur lance-t-il sans aucune autre forme de ménagement. Les pauvres ne se le feront pas répéter deux fois. Ils reviennent sur le pas, sous le regard provocateur des policiers. Youssou Diallo eut la malencontreuse idée de décrocher son téléphone et de rendre compte de la situation à ses amis politiques restés au «Quartier général», la maison du Président Wade. Manu militari, il est embarqué et conduit à la police du Point E sur ordre du colonel Lam. Néanmoins, il puisera dans ses dernières ressources pour s'éviter une humiliation supplémentaire. Il refuse catégoriquement de s'asseoir à même la caisse du Pick-up comme lui ordonnent les limiers et prend place à côté de ces derniers sur un siège.

Ousmane Ngom et Farba Senghor face aux policiers
Un autre mouvement de foule signale l'arrivée de Ousmane Ngom, emmitouflé dans un rayonnant boubou bleu. Lui aussi, ancien tout puissant «premier policier» du Sénégal, se verra refusé l'accès à l'avenue Cheikh Anta Diop. Il s'offusque en ces termes, la gorge nouée et le c½ur serré : «Mais ! Nous n'avons même pas accès à l'avenue qui mène à la Crei. Cela montre un recul grave de la démocratie. Je pense qu'à ce rythme-là, nous nous acheminons vers une dictature.» Pour autant, il ne va pas terminer son speech. Les policiers, furibonds, chargent encore le groupe de journalistes qui recueil­laient les propos de l'ex-ministre de l'Intérieur. C'est le sauve-qui-peut. M. Ngom, lui, prend le Couloir de la mort de l'Université.
Un passant qui n'avait «rien à voir avec la manifestation», selon ses propres termes, gît sur le sol, atteint par un projectile à la tête. Au vu de la quantité de sang qui ruisselait de tout son corps, il se met à délirer. De nouveau, les policiers dégainent leurs bombes lacrymogènes

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