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Le dossier Karim vu par la presse française

Le fils et ex-ministre de l'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade, Karim, a été "mis en demeure" vendredi, après son audition par une Cour de répression de l'enrichissement illicite, de justifier d'ici un mois des avoirs de plus d'un milliard d'euros, a-t-on appris de sources judiciaires.

Le "patrimoine cumulé" de Karim Wade "ferait 694 milliards FCFA (1,058 milliard d'euros), selon ceux qui nous accusent", a déclaré à la presse Me El Hadji Amadou Sall, l'un de ses avocats.

Cette somme proviendrait de sociétés dont l'ancien ministre serait le "propriétaire", selon la justice, ainsi que de "propriétés immobilières" et de comptes bancaires, selon les avocats de M. Wade.

"Ce sont ces éléments qui figurent dans une mise en demeure verbale qui nous a été notifiée" vendredi, a ajouté Me Sall après la première audition de son client par le procureur spécial de la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI).

"Il est reproché à Karim Wade d'être propriétaire de Dubaï Port World, de la BMCE (Banque marocaine du commerce extérieur) et des sociétés AHS Sénégal, Niger, Jordanie et Ghana. Il serait même propriétaire de l'aéroport de Malabo (Guinée Equatoriale) qu'il gère", a précisé l'avocat en présence de Karim Wade, qui n'a pas fait de déclaration après son audition de près de deux heures.

Dubaï Port World (DPW) est depuis 2007 le concessionnaire du terminal à containers du port de Dakar, où il a remplacé le groupe français Bolloré. La BMCE est une banque marocaine installée au Sénégal et AHS une société aéroportuaire d'assistance au sol.

Me Sall a accusé le procureur spécial de la CREI, Alioune Ndao, d'"inventer" des choses pour "justifier l'indéfendable". "Il n'y a pas un seul franc (appartenant à Karim Wade) planqué à l'étranger. Rien ne permet de dire qu'il est à la tête de quelque fortune que ce soit", a-t-il assuré.

"Karim Wade a un délai d'un mois" pour justifier ces revenus, a précisé une source proche de l'enquête.

"S'il parvient à le faire, le dossier est classé. Autrement, le procureur doit le transmettre à la Haute cour de justice", a souligné la même source.

Gaz lacrymogènes

La Haute cour de justice est une cour spéciale chargée de juger les anciens ministres pour des faits commis dans l'exercice de leurs fonctions. Il revient aux députés de décider, ou non, du renvoi d'ex-ministres devant cette juridiction.

Karim Wade avait déjà été entendu plusieurs fois par des enquêteurs l'an dernier.

Des partisans de l'ancien parti au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais (PDS), qui criaient "Libérez Karim", ont été dispersés à l'aide de gaz lacrymogènes par les forces de sécurité présentes devant les locaux de la CREI. Ils ont riposté à coups de pierres. Les incidents ont eu lieu au début et à la fin de l'audition, mais ont été brefs.

Le PDS accuse le régime du président Macky Sall, élu en mars 2012 face à Abdoulaye Wade, d'avoir lancé une "chasse aux sorcières" depuis son arrivée au pouvoir et d'entretenir un climat de "terreur" contre ses dirigeants.

Plusieurs responsables du régime de M. Wade (2000-2012), dont son fils, ont été entendus à plusieurs reprises par la gendarmerie ou la justice dans le cadre d'enquêtes sur un enrichissement illicite présumé.

Karim Wade, 44 ans, fait aussi l'objet d'une enquête en France à la suite d'une plainte de l'Etat du Sénégal pour recel de détournement de fonds publics, recel d'abus de biens sociaux et corruption, selon une source judiciaire.

Après sa dernière audition par la gendarmerie, en novembre, il avait été interdit de sortie du territoire sénégalais avec six autres dignitaires de l'ancien régime.

Karim Wade, ex-ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l'Energie, doté de gros budgets, était surnommé "Super ministre" ou "Ministre du ciel et de la terre".

Ancien conseiller de son père, Karim a également occupé plusieurs autres fonctions, dont celle de responsable de l'Agence nationale de l'Organisation de la conférence islamique, chargée de grands travaux avant le sommet de l'OCI organisé en mars 2008 à Dakar.

AFP


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