SlateAfrique

mis à jour le

La diva qui célèbre les Africains du Pérou

La chanteuse Susana Baca se bat depuis des années pour défendre l’héritage culturel africain au Pérou. Et ce n’est pas à 67 ans qu’elle va s’arrêter, assure le Los Angeles Times, qui a pu recueillir ses confidences.

«Je veux que [les Africains-Péruviens] sentent qu'ils ne viennent pas de nulle part... qu'ils se sentent légitimes», explique-t-elle. «L’Histoire officielle est celle des blancs. L’idée est de rendre visible celle que l’on cache», ajoute son mari Ricardo Pereira, musicologue.

Descendante d'esclaves noirs, Susana acquiert le statut de «diva» dans la presse alors qu’elle parcourt le monde pour célébrer sa culture métissée. En 2002, elle est lauréate du meilleur album folk au Latin Grammy Awards pour Lamento Negro.

Aujourd’hui, elle projette de construire un centre dédié à la préservation de la culture africaine-péruvienne dans le village rural de sa mère, à Santa Barbara. Dans la même optique, elle avait déjà fondé en 1992 l'Instituto Negro Continuo dans sa ville natale, Chorillos, en banlieue de Lima, la capitale péruvienne.

Mais pour elle, le chemin est encore long. Car malgré le fait qu’en 2009, le Pérou soit devenu le premier pays d’Amérique Latine à s’excuser auprès de ses citoyens africains-péruviens pour des siècles de discriminations et d'exclusion, le racisme y reste très répandu.

Selon le Los Angeles Times, les esclaves, arrivés avec les conquistadors espagnols au XVIe siècle, étaient alors considérés comme partie prenante de la colonisation étrangère par les Indiens et donc détestés pour cela. Pourtant, eux aussi ont été contraints d’abandonner leur langue, leur musique et leur religion.

Depuis les années 50, leurs descendants tentent de faire revivre cette culture africaine et obtenir l'égalité avec le reste de la population. Ils se sont inspirés du modèle des Africains- Américains, en rang derrière Martin Luther King Jr. pour lutter contre la ségrégation aux Etats-Unis. Aujourd’hui, ces noirs du Pérou comptent pour environ 2% de la population du pays.

Et dans cette lutte pour la reconnaissance, la musique paraît être la meilleure des armes:

 «Il ne s’agit pas que de chanter une jolie chanson ou de chorégraphier une danse: c’est la recherche d’une identité», déclare Rafael Santa Cruz, issu de la famille de musiciens Santa Cruz, qui a largement contribué à la promotion de l’héritage africain dans la culture péruvienne.

Le cajòn en est devenu le principal symbole. Il s'agit d'une caisse en bois inventée par les esclaves péruviens pour protester contre leurs maîtres, et contre l’Eglise catholique.

Par ailleurs, les membres du groupe Perú Negro, fondé en 1969, avaient été déclarés «ambassadeurs culturels des noirs du Pérou» par le gouvernement.

Lu sur le Los Angeles Times