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INSERTION PROFESSIONNELLE DES JEUNES DIPLÔMES , Un casse-tête au Sénégal (Papa Ladjiké DIOUF)

Les spécialistes qui s'intéressent aux questions d'éducation, de formation et d'insertion professionnelle dans notre pays constatent la difficulté de nos jeunes diplômés à trouver un premier emploi.

En effet, au Sénégal, les jeunes diplômés éprouvent actuellement d'énormes difficultés à trouver un stage à fortiori un emploi dans les entreprises. Une telle situation, au-delà des raisons habituellement avancées (contexte de crise, mauvaise politique, etc.) est également due :

- d'une part, à l'exigence de compétences pratiques dans nos entreprises pour être «recrutable». Aujourd'hui, dans pratiquement toutes les entreprises animées par un souci de performance et de qualité, les compétences pratiques sont un préalable pour le recrutement. Une question qui revient toujours lors des entretiens d'embauche est : «qu'est ce que vous savez faire ?» faisant ainsi allusion au savoir-faire pratique.

- D'autre part, la plupart des sortants de nos universités et de certaines écoles de formation professionnelle sont beaucoup plus outillés sur un plan théorique parce qu'ayant étudié toutes les grandes théories relatives à leur domaine de formation. Ils ont passé plus de temps dans les amphithéâtres et les classes que dans les lieux de travail en entreprise. Malheureusement, le problème de cette méthode mnémonique d'apprentissage, c'est l'incapacité de la plupart de ces jeunes diplômés à réaliser des tâches pratiques. Ils sont très souvent des ingénieurs, des titulaires d'un master ou même des docteurs sans ou avec très peu de compétences techniques avérées.

Malgré l'introduction «timide» du schéma LMD (Licence-Master-Doctorat) qui est un système professionnalisant au sein de nos universités, ces jeunes sortants des institutions universitaires de formation ont très peu de savoirs faire pratiques.
A cela on peut ajouter une présence massive des filières de gestion dans l'offre de formation ; les universités des métiers sont quasi inexistantes dans l'environnement de formation au Sénégal.

Cette situation pose le problème récurrent de l'employabilité des jeunes diplômés issus de nos universités et écoles de formation professionnelle.

Les chercheurs d'emploi comme les recruteurs éprouvent des difficultés dans le marché de l'offre et de la demande d'emploi ; les premiers pour répondre aux besoins des entreprises et les seconds pour trouver le bon profil.
Mais, une telle situation pourrait être améliorée voire résolue par des méthodes d'enseignement beaucoup plus pratiques comme du learning by doing (apprendre à faire en faisant, alternance école/entreprise) ou celle de «la main à la pâte» c'est-à-dire l'approche par les compétences.

En effet, la formation des étudiants doit se faire de plus en plus en alternance «école-entreprise» avec un double encadrement de professeurs et de professionnels.

Aujourd'hui, les besoins en formation doivent être bien corrélés aux attentes des entreprises pour permettre un partenariat franc et fort entre les institutions de formation et les entreprises au bénéfice des formés.

C'est vrai que beaucoup d'institutions de formation insistent sur la formation en alternance école-entreprise dans leurs offres, mais dans la réalité des faits la plupart des étudiants ont beaucoup de difficultés à trouver un bon stage. Et, ceux qui parviennent à en trouver un ne savent même pas, très souvent, comment ils doivent s'y prendre.

Les institutions de formation gagneraient à préparer ces jeunes au stage à travers un projet (objectifs, résultats attendus et méthodologie bien clairs) qu'ils vont élaborer et porter (acteur et sujet) avec l'aide de professionnels durant leur séjour en entreprise.

Le stage, en tant qu'antichambre du premier emploi, doit être une priorité pour ces institutions de formation. Il leur faut de véritables programmes de stage pour permettre aux étudiants de se frotter davantage aux réalités des entreprises afin d'acquérir des compétences réelles (techniques, relationnelles, organisationnelles et d'adaptation). Autrement dit, faire en sorte que les étudiants capitalisent le maximum d'expériences à l'issu de leur stage.

Ces étudiants doivent être préparés à devenir des professionnels employables tant au niveau national qu'à l'international. Et, pour réussir cela, il faut un partenariat fort et bien défini entre école et entreprise (redynamisation de la convention Etat/Employeurs) et l'intégration de la dimension orientation dans la convention pour une meilleure préparation des stages, leur suivi, leur évaluation et leur capitalisation.

Le Sénégal a longtemps été une référence en matière d'éducation et de formation, mais il est entrain d'être dépassé à cause de la routine dans les méthodes d'enseignement et d'apprentissage. Ceci, malgré la volonté étatique de s'adapter aux exigences actuelles avec l'approche par les compétences initiée par le ministère de l'enseignement technique et de la formation professionnelle (réforme ETFP) dans certaines institutions de formation.

Les écoles de formation et les universités doivent, avec l'appui de l'Etat, faire de leur mieux pour mettre en ½uvre concrètement la réforme LMD.

Et, c'est seulement cette volonté de s'adapter aux exigences actuelles en matière d'éducation et de formation qui peut permettre de suivre le train de la modernité et du développement et, au Sénégal, de répondre présent au rendez-vous professionnel et scientifique du donnant-donnant.

Car, comme le disait Gustave LEBON (Psychologie de l'éducation. (1910), page 86): «A notre époque de progrès rapides et de transformations incessantes, une nation qui ne sait pas modifier ses idées et refréner ses sentiments instinctifs même les plus louables risque de perdre le sens du réel et d'être surprise par les événements.» .


Papa Ladjiké DIOUF
Psychologue conseiller - Spécialiste RH

Rewmi

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