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Les routiers sénégalais boycottent la transgambienne

Les relations diplomatiques entre le Sénégal et la Gambie ne sont pas au beau fixe. Après le scandale des armes iraniennes, plusieurs groupements de chauffeurs sénégalais ont décidé de boycotter la route traversant la Gambie pour se rendre en Casamance, une région située au sud-ouest du Sénégal. Les motifs de ce ras-le-bol: le mauvais traitement infligé par les policiers gambiens, ainsi que l’état déplorable du bac de Ferafenni, point de passage obligatoire pour rejoindre Ziguinchor, au sud du Sénégal.

«Il faut payer les militaires, payer la police, les douanes. Dès qu’un cachet ou une signature sont nécessaires on nous demande de l’argent», dénonçait Papis Touré, responsable de la gare routière de Ziguinchor, le 26 mars sur RFI.

Il y a certes une autre route qui traverse le Sénégal du nord au sud en passant par la ville de Tambacounda, à l’est. Seul hic: cet itinéraire rallonge le trajet d’au moins 900 kilomètres —sans compter l’état précaire de la route, en particulier pendant la saison des pluies. Mais c'est un sacrifice que ces routiers en colère sont prêts à faire, étant donné que les conditions de la traversée gambienne empirent au fil du temps, tant en raison de la vétusté du bac que du comportement des forces de l'ordre.

Comme le souligne le quotidien sénégalais Walfadjri (repris sur allAfrica), «les chauffeurs et transporteurs du Sénégal ont juré la main sur le cœur de ne plus emprunter la transgambienne pour rallier Ziguinchor».

A tel point que ces derniers envisagent la mise en place un blocage à Kolda afin d'empêcher le transit de tous les véhicules de livraison par la Gambie.

«Une fois en territoire gambien, nous ne sommes plus à l’aise puisque nous faisons face à des tracasseries de toutes sortes, en plus de la vétusté du bac. A chaque fois qu’un véhicule sénégalais fait un accident, il est confisqué et le chauffeur peut même être emprisonné et amené à payer une amende de 800.000 francs CFA (1.220 euros)», s’indigne Pape Ndour, président régional du regroupement des chauffeurs et transporteurs de Kaolack.

Pierre Marie Bassène, directeur de l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (Anrac), estime qu’il est «humiliant pour les Sénégalais d’aller se justifier devant la police gambienne quand on doit se rendre d’une partie à l’autre du Sénégal».

Pourtant, le projet de construction d’un pont reliant la Gambie au Sénégal a déjà été abordé entre les deux pays. Le 7 janvier 2010, le site Afrique Avenir est revenu sur l’allocution du président sénégalais Abdoulaye Wade, lequel confirmait l’entente entre Dakar et Banjul pour un projet commun:

«Nous avons trouvé un accord pour construire un pont sur le fleuve Gambie. […] Le Sénégal a accepté que le management du pont revienne à la Gambie, bien qu’il participera à la recherche de financements. L’essentiel, c’est que nous allons construire le pont qui doit permettre de régler beaucoup de problèmes.»

Jusqu'alors, aucune concrétisation de ce projet ne semble être à l'ordre du jour. Le président gambien Yaya Jameh a pourtant tenu à assurer le 12 mars 2011 que «la communauté sénégalaise se retrouve partout en Gambie (même dans son village natal, Kanilai) elle n’a jamais été victime de harcèlements des mains de la police nationale».

Lu sur RFI, allAfrica (Walfadjri)