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Tanzanie - Cédez le passage aux animaux sauvages

Touche pas au Serengeti! Tel pourrait être le mot d’ordre qui rallie une foule éclectique de scientifiques et experts, de citoyens et militants écologistes, mais aussi de gouvernements et organisations internationales contre le projet de construction d’une autoroute en Tanzanie —maos pas n’importe où.

L'autoroute traversera le parc national du Serengeti, l'un des plus importants habitats de la faune sauvage au monde. Fait aggravant, son tracé croise une autre route, celle d’une des plus grandes migrations d’animaux sauvages au monde. Des dizaines de milliers de gazelles, de zèbres et leurs cortèges de prédateurs, lions et hyènes, réalisent un périple de 500 kilomètres du sud du Serengeti au nord de la réserve nationale kényane du Masaï Mara. Chaque année, à partir du mois d’avril, c’est le même spectacle grandiose qui s’offre aux touristes du monde entier venus en nombre pour l’événement.

Mais cette route, le président Kikwete l’avait promise à ses concitoyens en 2005, rappelle la ministre tanzanienne des Ressources naturelles, Shamsa Mwangunga:

«Ceux qui critiquent la route ne savent rien de nos plans.»

Selon le Guardian, d'ici 2015 la route sera empruntée par 800 véhicules par jour (pour la plupart des camions) et en 2035, 3.000 par jour, soit un véhicule toutes les 30 secondes.

D'après la ministre tanzanienne, la route n’affectera pas les migrations d'animaux sauvages, puisqu’un couloir de 64 kilomètres ne sera pas pavé.

Cette explication ne suffit guère à faire baisser la pression qui pèse sur les autorités du pays. Même le rapport commandé par le gouvernement tanzanien intitulé «Environmental and Social Impact Assessment» (Esia) fait du tort au projet. Il indique que le couloir de passage non-pavé prévu pour les animaux sauvages n’empêchera pas que la faune sauvage et son habitat soient sérieusement affectés par la construction de l’autoroute, observe Zuberi Mwachula, qui préside un groupe d’organisations locales de la société civile, Mazingira Network (ou Manet). Ce réseau a lancé une pétition contre le projet gouvernemental dont ils redoutent les «impacts directs, indirects et cumulés» sur l’écosystème.

Mais la mobilisation dépasse largement les frontières de la Tanzanie. Le 19 mars 2011 s’est tenue la première Journée internationale du Serengeti. Cette action commune à diverses organisations à travers le monde vise d’une part à rappeler l’importance de ce site naturel, classé patrimoine mondial par l’Unesco, et d’autre part les risques que l’autoroute fait peser sur lui mais aussi sur la population, en affectant les revenus générés par le tourisme.

La mobilisation à travers le monde peut prendre plusieurs formes: articles de presse, conférences, documentaires sont autant d’outils pour plaider la cause des défenseurs du Serengeti. Sur Facebook, la page «Stop the Serengeti Highway» reunit près de 40.000 personnes venant des quatre coins de la planète.

Parmi les solutions de rechange avancées, un tracé alternatif de l’autoroute; une route passant par le sud du parc Serengeti, bien que plus longue et plus coûteuse. La Banque mondiale s’est dite prête à financer un autre projet, et le gouvernement allemand lui a emboîté le pas en promettant son soutien financier. Sous la férule du professeur de biologie Andrew Dobson de la prestigieuse Université de Princeton (Etats-Unis), quelques 27 experts de la faune sauvage ont signé une lettre au gouvernement tanzanien pour qu’il change ses plans.

D’après David Blanton, de l’organisation Serengeti Watch, plusieurs tronçons de cette route alternative sont déjà construits.

«Cela signifie qu’il suffit seulement de construire les segments manquants.»

Une perspective qui pourrait s'avérer moins onéreuse que celle d'une route suspendue au-dessus du Serengeti, pour permettre la libre circulation des troupeaux migrateurs.

Lu sur le Guardian, The Citizen