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Robert Badinter, lauréat du Prix Kéba Mbaye : Des africains contestent le choix

Le prix Kéba Mbaye est couru, pour les vertus qu'il symbolise. Il récompense, tous les deux ans, une personnalité ou une organisation qui s'est distinguée dans le domaine de l'éthique. Mais, en deux éditions seulement, il est parvenu à s'imposer parmi les récompenses les plus prestigieuses de notre continent, quand bien même le choix des lauréats finit de dérouter plus d'un.

Pour sa première édition qui a eu lieu en 2011, il avait été décerné à Amadou Toumani Touré, l'ancien président du Mali. Parmi les raisons qui avaient justifié cette distinction, les organisateurs avaient avancé un respect des engagements de céder le pouvoir après la transition, un rôle de grand médiateur dans différents conflits, mais aussi, des actions sociales d'envergure en faveur des démunis. Encore que tout le monde connaît la suite.

Cette année, en revanche, il a été attribué au Sénateur et avocat Français, Robert Badinter. D'abord, pour ses efforts pour la promotion des droits de l'Homme, ensuite, pour un parcours élogieux dans la carrière professionnelle, et enfin un militantisme à toute épreuve pour le droit de vote des étrangers dans l'Hexagone. Si, on y ajoute une farouche adversité contre la peine de mort, le choix finit de se discuter, au niveau des critères qui ont prévalu à la sélection.




Tout de même, dans le cas d'Amadou Toumani Touré, comme dans celui de l'avocat français, il n'est pas interdit de penser que les motifs expliquant le choix gagneraient à être revus à la hausse, parce qu'il y a des sénégalais et africains tout aussi méritants, et dont le travail participe davantage au développement culturel, moral et intellectuel de notre continent. Ce sont des hommes comme ça qui méritent d'être davantage fêtés, pour leur capacité à faire de l'émulation.
En quittant le pouvoir malien et en promettant de ne pas essayer de s'y agripper, le président Touré a certes donné le bon exemple à ses pairs africains, mais après tout, il n'aura fait que son devoir. Dans une république normale et démocratique, c'est la moindre des choses de quitter le fauteuil présidentiel, une fois le mandat fini. Et ayant été porté au pouvoir par le peuple malien, le Président Touré n'aurait fait que son devoir, si la grande désorganisation qu'il avait laissé mûrir entretemps, ne l'avait pas rattrapé en chemin. Rien de particulier donc sur cet acte, somme toute banal, qui aurait passé inaperçu sous d'autres cieux.

Pour Robert Badinter, en revanche, ce sont des questions de considération personnelles qui font douter de la pertinence du choix. Dans l'affaire DSK, par exemple, ayant pris fait et cause pour son ami Dominique, l'avocat français et intime du coupable n'avait laissé aucune chance à Nafisatou Diallo. Parcourant les médias français et les tribunes internationales, il a partout dénoncé un lynchage médiatique dont l'ancien boss du Fmi aurait été l'objet, tout en vouant aux gémonies une justice américaine accusée de procéder à une destruction délibérée du patron du FMI.

Où était alors l'égalité des armes, dans le combat DSK-Nafissatou Diallo ? Quid des chances d'une victime de condition modeste, pauvre africaine de surcroit, qui a eu seulement le courage de s'attaquer à un homme puissant pour laver son honneur sali ? Pouvait-elle seulement faire face à des amis aussi puissants que Robert Badinter ? Que ce serait-il passé, si le procès s'était déroulé en France, et non aux Usa ?
En réalité, l'avocat Robert Badinter a surpris et beaucoup déçu dans cette affaire, pour des préjugés stricto-personnels. Même s'il a été avéré que la justice américaine a fait montre d'une volonté d'humiliation excessive et inutile à l'encontre de Dominique Strauss-Kahn, il n'en demeure pas moins vrai que c'est bien l'ancien boss du FMI qui s'est mis dans cette situation scabreuse et lamentable. Qu'on le veuille ou non, il y a bien une victime présumée, et un coupable présumé, avant que Dame Justice ne tranche en faveur de la guinéenne. Et cela, Badinter le savait. Surtout quand il a passé le relais des plaidoyers gratuits à sa femme, la philosophe féministe Elisabeth Badinter, dont la sentence publique sur l'affaire Dominique Strauss Khan restera tristement gravée dans les mémoires : «On ne se sert pas d'une possible injustice pour faire avancer une cause». (Sic)

Cheikh Ba

REWMI QUOTIDIEN

Rewmi

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