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Daouda Ly ex-gardien de but des Lions 1997-2000 «Le football Sénégalais est pourri par l’amateurisme»

Doublure d'Omar Diallo à la Can 2000, Daouda Ly a eu une carrière tumultueuse en équipe nationale où il a connu toutes les émotions. Acteur de la folle aventure des «Lions» à Surulere, point de départ de la génération dorée de 2002, l'ex-portier de Ndiambour n'en a pas moins vécu des misères. Dans cette interview, l'ex-protégé de Peter Snittguer dit tout, sans ...porter de gants.



Comment avez-vous intégré l'équipe nationale ?

A l'époque, j'étais à Gorée, 1997. Yeggo nous avait battus en Finale. Ma première sélection, c'était lors de Sénégal-Burundi en 1997. Le Burundi avait gagné 1-0. Omar Diallo était le titulaire à l'époque, j'étais sa doublure.
Y'avait-il concurrence entre vous ?

Oui mais elle était saine. Je disais souvent à Omar : «Fais gaffe, le jour où je serai dans les cages, tu ne seras plus titulaire». Tous les matches que j'ai joué, titulaire avec l'équipe nationale, ont eu lieu à l'extérieur, comme contre le Togo et la Libye. Pour Sénégal-Côte d'Ivoire, à quelques semaines de la Can 2000, je suis rentré dans les 15 dernières minutes.

Comment avez-vous vécu cette aventure avec les Lions ?

C'est inoubliable. C'était à l'époque de Peter Scnittger. Chaque lundi, Peter nous convoquait au stade LSS. Je fais un petit coucou à Fadiga qui, avec son argent, aidait l'équipe à l'époque. C'est dire que les dirigeants n'ont jamais eu de respect pour le football. On était au centre d'accueil, du lundi au vendredi. C'est par la suite qu'on nous a emmenés à l'hôtel Ngor Diarama.
Peter était un fin stratège. Il mettait tous les joueurs au même poste, en concurrence directe, pour sélectionner les meilleurs, sans complaisance. Mais, les dirigeants faisaient dans le copinage.
On m'accusait de tous les péchés d'Israël, dans l'unique but de me déstabiliser, de me pousser à la rébellion. Mais en bon pikinois qui a connu la galère, j'ai géré.

Pourquoi toute cette hostilité à votre endroit ?

Peut-être que je dérangeais certains. Un jour, Ablaye Sarr et Fallou Cissé étaient venus se plaindre, auprès de Snitgger, au sujet de mes dreadlocks. Mais, lui n'entrait pas dans ces considérations, n'étant intéressé que par les performances. On se préparait à jouer contre l'Algérie en éliminatoires du Mondial 2002 et c'était la première sélection de Coly.
Je leur ai dit qu'il était hors de question que j'enlève mes rastas, alors que Ferdinand gardait les siens. Ils ont tout fait pour que Peter m'écarte mais, en entraîneur responsable, il me donnait beaucoup de conseils. Il était exemplaire et je me disais souvent que le jour où Peter allait quitter la tanière, je le suivrais.
On vous accusait de fumer du chanvre ?
Que de la calomnie. Les dirigeants de la Ja véhiculaient de mauvaises choses sur moi pour salir mon image. Pourtant, il y'avait des joueurs qui emmenaient des liqueurs, en plein regroupement. Mais, j'étais celui qu'il fallait abattre. Ils voulaient, dans un premier temps, imposer Issa Diakhaté de la Ja, avant de faire venir Kalidou Cissokho. A quelques semaines de la Can 2002, on m'a rétrogradé chez les espoirs pour le tournoi Amilcar Cabral, Cissokho était titulaire. Vous imaginez, j'étais doublure du titulaire en équipe nationale et je me retrouve encore doublure d'un gardien qui n a même pas encore de sélection chez les A.

Comment avez-vous vécu la Can 2000 et surtout l'élimination en quart par le Nigéria ?

Peter nous avait dopés avec un discours qui restera dans les mémoires. il nous avait fait savoir que personne ne misait sur nous, devant une équipe nigériane au sommet de sa gloire Okocha, Sunday Oliseh, Lawal etc... Cela nous a stimulés et on a failli créer l'exploit. On avait cédé dans les dernières minutes. Les nigérians ont gagné et c'était l'euphorie dans le stade.

Après 2002, c'est toujours la dégringolade. Comment l'expliquez-vous ?
Cela fait mal. Quand je vois le Burkina Faso en finale d'une Can où nous sommes les grands absents, alors qu'à notre génération, nos clubs étaient les bourreaux des Asfa Yenenga et consorts, ça fait vraiment mal. Notre football a vraiment régressé. Ce sont les mêmes erreurs. On repart sur les mêmes bases comme si on ne retenait pas les leçons.
On cherche des coupables. Depuis Caire 86, c'est la même chose.
Le foot local est mort. Le professionnalisme dont on parle n'existe que de nom. Les clubs sont morts, les joueurs ne sont pas payés. Cela n'existe qu'au Sénégal. Les joueurs font à la limite du bénévolat. Dans ces conditions, comment peut-on dire que le football est professionnalisé ? De qui se moque-t-on ? C'est rare de voir un club payer d'un trait cinq mois de salaire aux joueurs.
Le foot est un métier. On doit le rendre aux footballeurs. Quand on regarde le championnat, on a honte. Il n'y a que Diambars qui peut se glorifier d'être un club professionnel. Ils sont très bien organisés. La preuve, leurs produits sont les plus prisés des recruteurs. Ils ont investi sur la formation. Le football, c'est l'organisation.

Aujourd'hui, la génération 2002 se dit écartée du foot sénégalais. Etes-vous d'avis ?
Quoi qu'on puisse dire, l'équipe de 2002 est la référence. C'est Dieu qui a fait qu'ils ont fait ce personne n'a jamais réussi. Lorsqu'on se qualifiait en 2000, on avait raté plusieurs Can. C'était le grand retour du Sénégal sur la scène continentale. Deux ans après, on est arrivé en finale de la Can 2002 et en quart de finale du mondial 2002, grâce à cette équipe. La moindre des choses, c'est de profiter de leur expérience car, ils ont marqué l'histoire du football sénégalais. Un mec comme Fadiga par exemple est utile. Il a un vécu et de l'expérience. Le drame au Sénégal, c'est qu'on fait la promotion de la médiocrité. Ceux qui ne savent rien investissent les médias pour faire la grande gueule.

Dans la même veine, Tony Sylva était écarté pour le poste de préparateur des gardiens...
Tony m'a trouvé en équipe nationale. Je faisais chambre commune avec Moussa Ndiaye en compagnie de qui il était, la première fois. Tony mérite mieux que quiconque ce poste qui lui revenait de droit. Il a hissé le Sénégal en finale de la Can, il a un vécu qu'il faut lui reconnaitre. En Côte d'Ivoire il y'a toujours Alain Gouamené. Même chose au Nigéria avec Stéphane Keshi. Je ne connais même pas l'actuel entraineur des gardiens, personne ne le connait.

Au poste de gardien de but, on ne sait toujours pas qui est titulaire entre Khadim Ndiaye, Ousmane Mané et Bouna Coundoul. Comment appréciez-vous cela ?
C'est le résultat de copinage. Peter nous mettait en concurrence directe pour prendre le meilleur. Je ne peux pas concevoir qu'on nous plante quatre buts contre la Côte D'Ivoire à Abidjan et qu'on reconduise le même gardien. Il faut sanctionner les fautifs.

Comment expliquez-vous la descente aux enfers des grands clubs comme le Ndiambour, la Ja ?
C'est le même amateurisme qui prévaut en équipe nationale qui existe dans les clubs. Aujourd'hui, les équipes navétanes ont plus de succès que celles du championnat. En 1998, en 16e de finale de la Coupe d'Afrique des clubs, on avait éliminé l'Asec d'Abidjan, à l'époque, la meilleure équipe africaine. On les a battus 2-0 à Dakar à l'aller. Maintenant, ce sont des équipes gambiennes qui nous éliminent. C'est triste.
Quel est le joueur qui vous a le plus marqué ?
Fadiga. Quand il débarquait en regroupement, il avait toujours un excédent de bagages car, il venait avec des équipements qu'il offrait aux joueurs. Un jour, il nous offert 20 paires de gants pour moi et Omar Diallo. Sur le plan humain et sportif, c'est un mec qui m'a marqué. Il était impressionnant car, il était polyglotte : il parlait le Flamand, l'Anglais, le Français, le Chinois etc... Il n'a pas de complexe, il est très simple. Il lui arrivait souvent de m'offrir de l'argent. Il m'appelle toujours au téléphone. Lors du décès de Bocandé, on m'avait retenu à la porte du stade Léopold Sédar Senghor, c'est lui et El Hadji Diouf qui ont donné des consignes pour que je rentre. C'est grâce à Fadiga que tous les joueurs professionnels de l'époque, notamment, les binationaux, ont osé jouer pour l'équipe nationale.

Qu'est-ce que vous êtes devenu maintenant ?
Maintenant, je me démène pour subvenir à mes besoins. Tantôt, je fais de la maçonnerie ou en man½uvre pour vivre décemment car, je ne veux dépendre de qui que ce soit.
Réalisé par Amadou Lamine MBAYE
REWMI QUOTIDIEN

Rewmi

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