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"Aujourd’hui je suis mère et père en même temps

Une semaine après la journée internationale de la femme, la blogueuse Chantal Faida nous offre un recueil de témoignages de femmes vivant à Goma, en RDC.

"Aujourd'hui je suis mère et père en même temps. Pour tous les besoins des enfants, je suis obligée de faire quelque chose. Mon mari est au chômage et je me bats pour nourrir mon foyer en dépit du fait que je sois femme avec les tâches traditionnelles de maternité et d'encadrement de mon mari. Et pour réussir tout ça je dois avoir plusieurs mains", atteste une femme commerçante ambulante .

"Je suis une femme déplacée. La vie en exil est tellement dure. L'assistance humanitaire est irrégulière et insuffisante. Il arrive des fois où certaines femmes, mes amies, se livrent à la prostitution contre des sommes modiques, pour nourrir leurs enfants. C'est contre la morale mais une femme supporte difficilement la souffrance de ses enfants. Tous les moyens sont bons pour la survie de nos ménages", déclare une quadragénaire déplacée de guerre rencontrée dans le camp de Mugunga III.

"Avant, je remettais tout le salaire à mon mari"
"Nous sommes victimes de viols quand nous allons, pourtant en groupe, chercher le bois de chauffe à revendre dans les quartiers de Goma. Nos bourreaux sont pour la plupart des hommes en uniformes qui pourtant devraient nous sécuriser dans pareilles circonstances. Et donc, on ne sait pas où mettre la tête", fait savoir une femme déplacée de guerre dans une radio locale.

"Je suis cadre dans une entreprise de la place, avant, je remettais tout le salaire à mon mari. Mais la gestion de ces fonds était tellement opaque que j'ai pris la décision de gérer moi-même mon salaire. Depuis lors, mon mari a commencé à m'ignorer comme sa femme, il a adopté un comportement qui ne me plaisait pas. Je me demandais quoi faire pour sauver mon mariage. Démissionner ? Qu'allions-nous manger à la maison ? Qui supporterait les charges du ménage (frais scolaires ou sanitaires des enfants) d'autant plus que mon conjoint était au chômage ?", s'interroge une cadre de Goma.

"Eduquer une femme c'est éduquer toute la société"

"Je suis cadre dans un parti politique de la place, mais mes camarades hommes préfèrent tenir les réunions stratégiques pendant les heures tardives et j'ai de la peine à décrocher la permission de mon mari. Et en temps de nomination, on nous ignore alors que c'est l'occasion pour les hommes de favoriser la promotion des femmes à des postes de prise de décision. Nous avons aujourd'hui au niveau de la province, une seule femme députée provinciale, deux femmes ministres provinciales. Une directrice de la DGI à l'Antenne Provinciale. Quelques deux ou trois femmes chefs de quartiers sur les 18 que compte la ville de Goma. Peu de femmes responsables ou dirigeantes des entreprises étatiques alors que nous avons les mêmes diplômes que ces hommes qui dirigent. C'est déplorable", regrette une quadragénaire.

"J'ai un diplôme d'Etat. J'aurais bien aimé faire l'Esthétique à l'Université. Mais mes parents ont préféré supporter les études supérieures de mes frères. Alors qu'on dit souvent qu'éduquer une femme c'est éduquer toute la société", se lamente une jeune fille tresseuse de cheveux dans un salon de coiffure.

Voici quelques témoignages de femmes de catégories diverses dans la ville de Goma. La lutte est encore longue pour les femmes. Les hommes doivent comprendre que plus il y a de femmes responsables dans une entreprise, plus elle réussit. La femme est une force indéniable pour toute sorte de développement.

Chantal Faida

Rewmi

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