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Manifestations de femmes contre les Frères musulmans, Le Caire, janvier 2013. © REUTERS
Manifestations de femmes contre les Frères musulmans, Le Caire, janvier 2013. © REUTERS

Pour les Frères, l'égalité hommes-femmes ne veut rien dire

Les islamistes égyptiens ont fait savoir que les droits des femmes allaient à l'encontre des principes de l'Islam.

Les Frères musulmans égyptiens ont annoncé leur refus de la déclaration de l’ONU sur les droits des femmes, Contre la violence fait aux femmes. Cette déclaration selon eux «inclut des articles qui contredisent les principes établis de l’islam, sapent l’éthique islamique et détruisent la famille, qui est la base de la société, selon la Constitution égyptienne.

Les Frères musulmans égyptiens ont annoncé leur refus de la déclaration de l’ONU sur les droits des femmes, Contre la violence fait aux femmes. Cette déclaration selon eux «inclut des articles qui contredisent les principes établis de l’islam, sapent l’éthique islamique et détruisent la famille, qui est la base de la société, selon la Constitution égyptienne. Si on l’adoptait, cette déclaration parachèverait l’invasion culturelle et intellectuelle des pays musulmans, éliminant la spécificité morale  qui préserve la cohésion des sociétés islamiques.»

L’Onu cherche à faire ratifier ce document, l’Egypte paraît mal partie pour le faire, avec au pouvoir un homme issu de cette même organisation des Frères musulmans, même s’il l’a officiellement quittée pour mieux remplir ses devoirs de président. A moins que les élections à venir n’apportent un changement de majorité? Peu probable pour le moment, l’opposition égyptienne ayant décidé de boycotter les élections parlementaires à venir: elle se dit tellement outrée par l’attitude générale du gouvernement qu’elle le juge illégitime et inapte à organiser des élections valables.

Des arguments d'un autre âge

Les Frères musulmans déclarent que ce projet de déclaration de l’ONU va à la fois à l’encontre de la charia et, en s’attaquant à la famille, de la Constitution égyptienne.

Empêcher la violence conjugale, autoriser les épouses à travailler ou voyager sans accord du mari, à avoir la même autorité que le père sur les enfants, à hériter autant que les hommes, permettre aux femmes non mariées d’avoir des relations sexuelles, accorder  des droits aux homosexuels ou aux enfants nés hors mariage? Non à l’invasion culturelle…

Les Frères musulmans ont-ils décidé d’endosser sans remords l’habit d’islamiste épouvantail oppresseur des femmes qu’il est si facile de leur mettre sur le dos? Apparemment oui..

Est-ce que politiquement, les Frères musulmans, se sentant en perte de vitesse par rapport aux salafistes, ont cherché à se faire mieux voir de la frange conservatrice de la population, tablant sur le fait qu’ils ont d’ores et déjà perdu tous les quelques progressistes qu’ils pouvaient à la rigueur avoir séduire lors des dernières élections?

Ils ne se cachent pas derrière de vagues professions de protection des valeurs traditionnelles. Non, au nom du drout à la différence culturelle, ils avouent bel et bien vouloir continuer à faire de la femme une mineure. Et attendent de l’autorité religieuse d’Al Azhar son soutien.

On ne peut pas dire qu’ils rendent service à ceux de leurs co-religionnaires qui sont convaincus, eux, que le Coran prône l’égalité hommes-femmes (mais que la tradition d’oppression des femmes se cache derrière quelques phrases ou hadith, et surtout derrière des normes sociales tellement sédimentées qu’on les prend pour des normes religieuses) – et qui ont une batterie d’arguments, basés à la fois sur le comportement du prophète avec les femmes, ses épouses et ses filles, et sur des passages du Coran sur la morale  et l’égalité des êtres humains.

Les Frères musulmans s’indignent des points suivants:

- Accorder aux filles une totale liberté sexuelle, ainsi que la liberté de décider de leur propre genre et de celui de leurs partenaires, et augmenter l’âge  du mariage.

- Fournir des moyens de contraception aux adolescentes et leur apprendre à les utiliser, légaliser l’avortement, au nom des droits sexuels et reproductifs.

- Donner les mêmes droits aux femmes adultères et aux enfants illégitimes.

- Donner les mêmes droits aux homosexuels, et garantir de la protection et le respect des prostitué(e)s.

- Donner aux femmes le droit de porter plainte contre leur mari pour viol ou harcèlement sexuel, et les rendre passibles des mêmes peines que s’ils avaient violé ou harcelé quelqu’un qui n’était pas leur femme.

- Héritage égal entre les hommes et les femmes

- Remplacer la tutelle par le partenariat, répartition égale des rôles familiaux tels que : dépenses, soins aux enfants, corvées ménagères.

- Egalité totale dans le mariage: autoriser des musulmanes à épouser des non-musulmans, abolition de la polygamie, de la dot, de l’obligation faite à l’homme de s’occuper de l’économie familiale.

- Retirer le pouvoir du divorce des mains des maris en le donnant à l’autorité judiciaire, et partager équitablement toutes les possessions après le divorce.

- Supprimer la nécessité de l’accord du mari pour que sa femme puisse: travailler, voyager, utiliser des moyens de contraception. »

Texte en anglais ici

Sophie Anmuth

 

Sophie Anmuth

Sophie Anmuth.

Ses derniers articles: al-Jazeera et l'Egypte: la fin agitée d’une brève histoire d'amour  Les Egyptiens font le gros dos en attendant que ça se passe  Les Frères musulmans oublient qu'ils ont été anti-révolutionnaires 

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