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LES DAARAS AU SÉNÉGAL : RÉTROSPECTIVE HISTORIQUE

Les daaras, au Sénégal, constituent, depuis l'introduction de l'Islam, le centre d'éducation par excellence. Celui-ci a formaté des millions de personnes des deux sexes, en les dotant d'une conscience islamique ferme et résolue, d'une vision de Dieu, du monde, de la société, de l'être humain, de la parenté, des relations interpersonnelles, du commerce humain, des activités économiques et de la sociabilité fondés sur des valeurs fortes et un humanisme élevé, tirant leur substance des prescriptions du Coran et de la Sunna du Prophète Muhammad (Psl).

Elles sont apparues dans notre pays à une époque où la société traditionnelle, bien que fondée sur le viatique culturel de la société « thiédo », fortement adossée sur le « jom », le « ngor », le « fitt », la loyauté, l'attachement à la vérité, le goût du bien, du beau, du vrai et du juste, avait acquis droit de cité, depuis des millénaires. 

Reposant sur des croyances ancestrales, fondées sur le polythéisme, le culte des ancêtres et certaines pratiques négatives, même si la culture qu'elle générait lui a permis de se constituer, de se consolider et de survivre aux vicissitudes de l'Histoire, elle avait formé des personnes équilibrées, solides, pénétrées de valeurs fortes, unies et solidaires. 

L'introduction de l'Islam en Afrique, et on ne le dit pas souvent, est antérieure de quelques années à son établissement à la ville sainte de Médinatoul Mounawara, puisque, bien avant l'Hégire, des exilés mecquois, dont le credo était l'Islam, avaient été accueillis, en Abyssinie par le Négus chrétien Nadjachi, qui les avait protégés et aidés. 

En Afrique au Sud du Sahara, les travaux les plus récents établissent, aujourd'hui, que son apparition dans cette zone se situerait entre le 8ème et le 9ème siècle. 

Dès l'entame, des daaras ont vu le jour. Elles étaient bâties sur un modèle fondé sur le principe d'une éducation globale. Celle-ci prend en compte la personne humaine dans toutes ses dimensions. Elle assure sa formation, de manière à en faire non seulement un bon croyant, connaissant parfaitement les principes du Saint Coran et de la Sunna, mais aussi un citoyen formé et informé, vertueux et modéré, possédant toutes les vertus de la sociabilité, de la droiture, de l'intégrité, pénétré d'un esprit de justice, respectueux de l'autorité, aussi bien familiale, parentale, sociale, qu'étatique, attaché où une société d'ordre, de paix, de stabilité, de justice, de solidarité et de fraternité. 

Les daaras étaient, aussi, l'école du courage héroïque et de l'engagement patriotique, dans laquelle l'apprenant était préparé aux durs labeurs de la vie, à la faim, à la soif, à la sobriété dans l'existence. 

Il devait apprendre à vivre avec peu, à partager avec d'autres, à faire don de sa personne à sa communauté, à oublier les privilèges qu'il pouvait tenir de son origine sociale. 

Il se coulait dans le moule d'un modèle social humble, discret, poli, effacé, résistant et stoïque. 

Le talibé était préparé à devenir un régulateur social, un ouvrier du développement, un juge et un arbitre, un guide et un leader, prêt à s'impliquer dans toutes les nécessités sociales et dans tous les combats au service de sa communauté. 

C'est dans les écoles coraniques qu'ont été formées toutes les figures emblématiques musulmanes de l'Islam africain, qui ont porté haut, avec dignité et courage, le flambeau de la résistance à l'occupation coloniale. 

Dès l'époque de la Charte de Kurukan Fugha, en 1236, l'Islam est considéré par la population du Mandé comme la référence sublimable sur laquelle la société entendait bâtir un nouvel humanisme. 

Il sert, progressivement, de référence à tout ce qui concerne la vie religieuse, l'ordre moral, les relations intercommunautaires, la vie sociale, l'organisation économique, ainsi que le pouvoir diplomatique et militaire. 

Au sein des empires du Soudan nigérien, se développe, depuis l'époque du Ghana, jusqu'à la bataille de Tondibi et même au-delà, une civilisation brillante, faite de raffinement, de goût, de bonnes m½urs, de traditions raffinées, dont l'essence et la quintessence sont issues, directement des principaux foyers religieux que sont la Mosquée Sidy Yaya, la Mosquée de Dinguerber, la Mosquée de Sankoré, pour ne citer que ces exemples. 

Des Savants hors du commun, dont Ahmed Baba est l'archétype parfait, dispensaient un savoir polyforme, avec un talent et une compétence, que Maurice Delafosse a décrit, avec respect. 

Selon le témoignage de Léon l'Africain, la vie intellectuelle était tellement développée dans la société que tout le monde savait lire, puisque le commerce des livres y était l'activité économique la plus rentable. 

Dans la Sénégambie, où brilla de mille feux l'Université de Pire, fondée en 1603, par Khaly Amar Fall, à partir d'une daara, cette institution a formaté des héros et des savants hors du commun, parmi lesquels Thierno Souleymane Baal, Abdou Kader Kane, El hadj Oumar Foutiyou Tall, Malick Sy du Boundou, Matar Ndoumbé Diop de Coki et toute cette phalange d'érudits sémillants qui officiaient dans le Mbakhol, le Niomré, le Nguick, le Ndiagourèye, sans parler des centres comme Thilogne, Kobilo ou Ganguel, etc., dans le Fouta, ou bien Ndame, Ndiarndé, Djamal, etc. 

Ce fut au nom des valeurs humanistes, que ces daaras leur ont inculquées, que les marabouts du Cayor se sont soulevés contre l'esclavage, la traite négrière, dès le 18e siècle, dans ce qu'on appelle « la Guerre des Marabouts ». 

Ils furent les premiers abolitionnistes qui ouvrirent la voie à Toussaint Louverture. 

Ce furent leurs élèves qui, à Saint-Louis, ont, dès le 08 septembre 1832, revendiqué au Conseil privé de la colonie une place pour la langue arabe. 

Un an après sa nomination, Faidherbe entreprenait une offensive en règle contre les marabouts qu'i...

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