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Des Soudanaises cherchent leur nom sur les listes électorales à Malakal. REUTERS/Finbarr O'Reilly
Des Soudanaises cherchent leur nom sur les listes électorales à Malakal. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Les frontières disputées d'Afrique

Le référendum au Sud-Soudan va aboutir à l'apparition d'un nouveau pays en Afrique et à la délimitation de nouvelles frontières. Cet évènement rare pourrait donner des idées dans d'autres régions du continent.

Les Sud-Soudanais ont participé depuis le 9 janvier à un référendum sur leur indépendance, qui devrait mener à la partition du plus vaste pays d'Afrique. Des résultats provisoires parus dimanche 23 janvier montrent que presque 99% de la population a voté pour l’indépendance, qui devrait être proclamée en juillet prochain. De nombreux observateurs voient en la scission du Soudan un précédent important remettant justement en cause les frontières héritées de la colonisation un peu partout en Afrique. Voici un aperçu des régions et frontières africaines, souvent riches en matières premières, où la nouvelle de l'émancipation du Sud-Soudan chrétien vis-à-vis du Nord arabo-musulman pourrait renforcer des aspirations à l'indépendance.

Sahara occidental

Colonisée par l’Espagne à la fin du 19e siècle, la région du Sahara occidental connaît des soulèvements contre l’occupant espagnol à partir de la fin des années 1950. D’abord organisés par le Maroc, qui revendique le territoire dès son indépendance en 1956, puis par le Front Populaire pour la Libération de la Seguiet El-Hamra et du Rio de Oro (Polisario), un mouvement indépendantiste. Le roi du Maroc Hassan II organise le 6 novembre 1975 la «marche verte» sur le Sahara occidental, marche pacifique de 350.000 marocains pour faire pression sur l’Espagne et empêcher le front Polisario de récupérer les territoires lors du départ imminent du pays. La région est finalement partagée en 1976 entre le Maroc et la Mauritanie, tandis que le front Polisario, soutenu par l’Algérie, proclame la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

S’ensuit une guerre des sables entre le Maroc, aidé notamment par la France, et le front Polisario, qui prend fin avec un cessez-le-feu négocié par l’ONU en 1991 (la Mauritanie se retire de la région en 1979 et laisse un territoire vacant que le Maroc investit). Depuis cette date, le Maroc contrôle 80% du pays, protégés par une ceinture de sécurité appelée le «mur marocain». Aujourd’hui, le Sahara occidental n’a toujours pas de statut juridique, et figure sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU. La région est au cœur du différend diplomatique entre le Maroc et l’Algérie, et freine depuis 1994, date de fermeture de la frontière commune des deux pays, le développement de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Biafra

En 1967, sept ans après l’indépendance du Nigeria, le lieutenant-colonel Odumgewu Ojukwu proclame l’indépendance de la partie occidentale du pays, dont il est le gouverneur, et la création de la République du Biafra. Les Ibos du Biafra veulent au départ s’affranchir du pouvoir fédéral. Mais l’enjeu est également économique: d’importantes ressources pétrolières ont été découvertes en 1956 dans la région occidentale du pays, qui était déjà la plus dynamique sous la domination britannique. La majorité de la communauté internationale soutient le gouvernement du Nigeria, à l’exception notable de la France et du Portugal. De Gaulle décrète un embargo sur la vente d’armes au Nigeria et la France aide discrètement l’armée biafraise. Le Nigeria décide d’un blocus alimentaire qui provoque une terrible famine dans la région séparatiste.

La république du Biafra capitule face aux troupes fédérales le 12 janvier 1970 après trois ans de guerre civile —une des plus violentes de l’histoire africaine, qui a fait entre un et deux millions de victimes. Aujourd’hui, les revendications indépendantistes subsistent, mais sont réprimées par le pouvoir. Le général Ojukwu continue de défendre la cause des Ibos.

Casamance

Région du sud-ouest du Sénégal partiellement isolée du reste du pays par la Gambie et frontalière de la Guinée-Bissau, la Casamance est le théâtre d’un conflit entre les indépendantistes du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) et l’armée sénégalaise depuis 1982. En trente ans, plusieurs centaines de personnes sont mortes. Un accord de paix a été signé le 30 décembre 2004, mais qui n’a pas mis fin aux violences dans la région, où des militaires sont régulièrement abattus dans des embuscades menées par les rebelles. Mardi 11 janvier 2011, deux soldats sénégalais ont ainsi été tués dans un accrochage. Le lendemain, le secrétaire général du MFDC, Jean François Marie Biagui, a accepté l’offre de médiation faite par l’archevêque de Dakar, le cardinal Théodore Adrien Sarr, pour aider au règlement de la crise casamançaise.

Cabinda

Le Portugal colonial incorpore la région du Cabinda à l’Angola en 1956. Un mouvement indépendantiste spécifique à la région —séparée du reste du pays et enclavée entre la République du Congo et la République démocratique du Congo (RDC)— se développe. Le Front de libération de l’enclave du Cabinda (Flec), fondé en 1961, décide de créer un gouvernement en exil en 1971. L’Angola, qui acquiert l’indépendance en 1975, annexe le Cabinda avec le soutien de l’Union Soviétique et de Cuba malgré les revendications du mouvement d’indépendance cabindais, qui est lui soutenu par plusieurs pays de la région comme le Zaïre, le Congo, le Gabon ou encore l’Ouganda.

L’indépendance signifie aussi le début de la guerre civile angolaise, un des conflits qui a fait le plus de morts en Afrique au XXe siècle. Elle fut l'un des principaux terrains d'affrontement du bloc soviétique et de l'Occident pendant la guerre froide. Parallèlement à la guerre civile, le Cabinda est resté le théâtre de nombreuses violences et affrontements. La situation de la région, qui reste instable, a fait irruption dans les médias internationaux en janvier 2010 quand le bus de l’équipe togolaise de football a été mitraillé par des rebelles en marge de la Coupe d’Afrique des nations organisée en Angola, et dont certains matchs ont eu lieu au Cabinda. La RDC a également des vues sur une partie de la région.

RDC

La République démocratique du Congo est rongée par l’un des conflits les plus meurtriers depuis la Deuxième Guerre mondiale, conséquence directe du génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda en 1994. Selon l’ONG International rescue commitee, 3,8 millions de Congolais auraient péri entre avril 1994 et avril 2004. Les violences ethniques y ont alimenté la guerre dans la région du nord Kivu, où des soldats rwandais ont été déployés. En 1999, l’accord de cessez-le-feu de Lusaka a sonné le retrait des forces rwandaises de RDC. Aujourd’hui le Rwanda, qui a une puissante armée, veut toujours mettre la main sur le Kivu (nord et sud), tandis que l’Ouganda revendique certains territoires de l’ouest. La région du Katanga, l’une des plus riches en ressources naturelles du pays (cuivre, fer, cobalt ou encore diamant), connaît des revendications indépendantistes (la province avait accédé brièvement à l’indépendance entre 1960 et 1963).

Lesotho

Les frontières africaines qui sont susceptibles de changer au cours des prochaines années ne sont pas toutes contestées par des indépendantistes ni le fruit d’un conflit entre deux pays. Selon un récent article du Guardian, des habitants du Lesotho, petit royaume d’à peine 30.000 km² et de deux millions d’habitants enclavé dans l’Afrique du Sud, ont remis une pétition au Parlement et à l’ambassade d’Afrique du Sud pour demander le rattachement du pays à son grand et seul voisin. Le pays, ravagé par le Sida (un tiers des habitants est séropositif) et dont le nombre de décès est sur le point de dépasser celui des naissances, est sous la «menace persistante de conflit interne» selon l’Union africaine, qui recommande également l’intégration économique avec l’Afrique du Sud.

Erythrée/Ethiopie

L’Erythrée a mené une guerre contre l’Ethiopie de 1961 à 1991 qui a abouti à son indépendance suite à un référendum en 1993. C’était la première fois que les frontières héritées de la colonisation ont été changées en Afrique. Mais suite à l’indépendance, les deux voisins se sont vite opposés sur la revendication de certains territoires frontaliers, comme la ville de Badmé, la zone Tsorona Zalambessa et le Bure.

Suite à une incursion des forces érythréennes dans la région de Badmé, les deux pays, qui sont parmi les plus pauvres de la planète, se livrent une guerre entre 1998 et 2000. Bilan: 100.000 victimes, des déplacements de population massifs, un désastre pour les deux économies et des champs de mines qui continuent à faire des victimes aujourd’hui. La Commission de délimitation des frontières entre l’Erythrée et l’Ethiopie des Nations unies a estimé que Badmé appartient à l’Erythrée, mais le territoire est toujours occupé par l’Ethiopie.

Grégoire Fleurot

Grégoire Fleurot

Journaliste à Slate.fr, il s'occupe notamment de la rubrique «L'explication».

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