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François : un pape normal

Habemus papam normalum. François, pape normal pour une ère qui ne le sera sans doute pas. Bien sûr, il y a la fausse surprise; pour la première fois dans l'histoire de la chrétienté, le pape n'est pas issu de la vieille Europe. Rome n'est plus vraiment dans Rome et rien que pour cela on risque de crier au génie céleste. Mais à bien y regarder ce nouveau pape est terriblement humain.

Tout ça à cause de Benoit XVI. Avant lui, les papes marchaient dans les pas de Saint Pierre, celui en qui Jésus Christ avait placé toute sa confiance, jusqu'à accepter qu'il le renie par trois fois.  Forcément cela en imposait. 
 
Qui plus est, le pape en tant que chef de l'Eglise était supposé être « inspiré par Dieu » dans ses moindres gestes. C'est le principe de l'infaillibilité ; le pape ne peut pas se tromper,  puisque Dieu lui murmure à l'oreille.  Il a donc toujours raison. Jusqu'au bout d'ailleurs, Dieu choisissant le moment pour rappeler à lui son serviteur. Sainte Catherine de Sienne voyait dans le pape « le doux Christ sur terre ». 
 
Ainsi allait l'Eglise, de pape en pape, de décès en conclave. C'était avant Benoit XVI.
 
En démissionnant, Ratzinguer s'est comporté comme le commun  des mortels. Fatigué, lassé par les scandales et les querelles intestines de la curie, il a lancé un « ciao tutti » pour retourner à ses chères études de théologie, les seules qui vaillent à ses yeux.  Hier, c'est comme un retraité, un peu particulier, qu'il a regardé à la télé la fumée blanche sortir du Vatican, commentant le nom du nouveau pape en des termes qui devraient rester secrets (mais ne jurons de rien...).
 
François devra donc faire avec. Ou plutôt sans. Sans le mystère et la sacralité qui entourait les papes. On va le scruter, le juger en permanence. Aux premiers signes de fatigue persistants on va se demander si un nouveau pape, plus jeune ne serait pas plus adapté ? On se rappellera les discussions qui ont précédée le conclave. On distillera dans la presse les secrets de son élection. On remarquera qu'il est le fruit de multiples compromis. Il fallait envoyer un signe au continent sud américain où les fidèles sont de plus en plus nombreux. Il fallait aussi un bon connaisseur des arcanes de la curie romaine,  panier de crabes qui feraient passer les guerres internes à l'UMP pour des bisbilles d'enfants de ch½ur.  Il fallait un conservateur. Il  l'a clairement été, expliquant que « l'homosexualité était le démon infiltré dans les âmes ». Il fallait un Italien. Son nom l'est ; les apparences sont sauves.
 
Normal, Jorge Mario Bergoglio l'a été dans son premier acte. Choisir son nom. François, comme saint François d'Assise, qui voyait dans le chant des oiseaux, la couleur du ciel, le bruit des ruisseaux, dans le moindre détail de la nature et de la vie de tous les jours, dans la normalité  en somme, l'expression du génie de Dieu. Même si considérer qu'expliquer à plus de 2 milliards d'êtres humains où est le bien et le mal est au fond tout, sauf normal.

Par Olivier Ravanello  | Le Monde selon Ravanello  

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