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Nidaa Tounes ,parti durable et salvateur ou simple radeau de sauvetage ?

Par Boubaker Ben Fraj

Le 20 avril 2012, Béji Caïd Essebsi, grand vétéran de la vie politique nationale, lança son appel intitulé « Nidaa Tounès ».

Ce fut une sorte de plan d'urgence en huit points, destiné dans les circonstances où il fut lancé, à aider la Tunisie  à sortir de l'impasse où elle s'était enliséé , à cause de la rupture du dialogue, entre une Troika au pouvoir ( CPR ,Ettakattol dominés par les islamistes d’Ennahdha )  d'un côté, qui dans l'euphorie de sa victoire dans les élections du 23 octobre 2011, avait tendance à surestimer sa force réelle et n'en faisait qu'à sa tête, et de l'autre, les partis de l'opposition, sortis de leur cuisante défaite électorale, profondément désemparés face à leur dispersion et à leurs carences.

Dans cet appel du 20 avril, le principal élément était l'appel adressé par Essebsi aux forces de l'opposition démocratique, pour se rassembler autour d'une plateforme minimale, afin de constituer un contre-pouvoir qui serait en mesure d'équilibrer la balance politique dans le pays, et de présenter le cas échéant, une alternative fiable face à la Troïka, et notamment au parti islamiste Ennahdha, soupçonné d'intentions hégémoniques sur l'Etat et sur la société.

Depuis cet appel initial, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et entre-temps, Nidaa Tounès a rapidement muté d'une simple initiative plutôt personnelle et volontariste, en parti politique, légal et structuré, qui affiche de plus en plus, et sans dissimulation, son ambition de jouer les premiers rôles dans la scène politique nationale au cours de la période à venir.

En effet , au cours du trimestre écoulé, Nida Tounès a réussi à fédérer- en partie, grâce au charisme de Béji Caied Essebsi et à l'habileté de sa man½uvre- un grand nombre de figures politiques de premier plan ; et chose que d'autres partis bien plus anciens que lui ne sont pas parvenus à faire, il a réussi à susciter une large adhésion populaire, à travers toutes les régions du pays et auprès de toutes les couches de la société.

A en juger par l'engouement qu'il suscite actuellement, on peut dire sans trop de risques de se tromper, que Nidaa Tounès a réussi une bonne part de son pari, et qu'il va compter désormais parmi les acteurs principaux, qui vont déterminer le cours des choses, dans la phase du parachèvement du processus transitionnel engagé depuis la chute de l'ancien régime le 14 janvier 2011.

Par vocation, Nidaa Tounès, se refuse à se renfermer dans un schéma idéologique contraignant. Plutôt pragmatique dans sa vision et sa démarche, il ne se réclame pas moins de certains principes qu'il considère immuables, tel l'enracinement dans la Tunisianité avec sa double appartenance arabo-musulmane, l'attachement aux valeurs républicaines, au modèle sociétal et aux acquis culturels et sociaux modernistes, que le pays a capitalisés depuis son indépendance.

Pour ratisser le plus large possible, Nidaa Tounès se déclare ouvert à toutes les compétences nationales quelles que soient leurs affinités idéologiques, et surtout opposé à toute forme d'exclusion collective de la participation à la vie politique visant les anciens destouriens. Cette démarche semble lui avoir attiré des figures politiques notoires issues d'horizons aussi divers que la gauche et le centre- gauche, des syndicalistes, de personnalités actives dans la société civile, d'anciens rcdistes, des islamistes modérés et de nombreux transfuges, qui ont quitté leurs partis d'origine pour rejoindre Nidaa Tounès.

Parti durable et salvateur, qui rassure une large frange de Tunisiens et les réconcilie avec eux-mêmes, ou simple radeau de sauvetage éphémère, sur lequel se sont précipités tous les désemparés qui ne trouvaient pas avant lui, une force politique convaincante à laquelle ils pouvaient s'accrocher , Nidaa Tounès ne cesse de soulever autant d'enthousiasme chez ses sympathisants que d'hostilité et de méfiance chez ses détracteurs pour qui, ce nouveau parti ne serait qu'un « fourre tout », et pour les moins indulgents d'entre eux, un cheval de Troie offert par Béji Caied Essebsi aux anciens destouriens « comme lui » et aux opportunistes de tous bords, pour faire avorter la révolution, la transfigurer et la détourner de ses « véritables » objectifs.

Ainsi, lors d'une interview qu'il a accordée au journal « La Presse » le 31 Juillet 2012, Rached Ghannouchi , Président du parti Ennahdha déclare « Nidaa Tounès évoque un parti hybride, où se mêlent aux bourguibiens, des rcédistes et des gens de gauche» et de déduire « Nous sommes loin d'estimer que Nidaa Tounès puisse incarner un vrai adversaire pour le mouvement( Ennahdha, ndlr) ».

En s'exprimant ainsi, le Président d'Ennahdha savait-il que Nidaa Tounès serait dans le court et le moyen terme, pour lui et pour le parti qu'il dirige, l'adversaire politique le plus coriace, avec lequel il faudra bien compter ?

Boubaker Ben Fraj le 12 mars 2013

Remarque : le titre n’est pas de l’auteur

Tunisie Focus

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