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RSF liste les pays et entreprises "ennemis d'Internet" en 2012

Reporters sans frontières (RSF) a rendu public, mardi 12 mars, son dernier rapport sur les "ennemis d'Internet", dédié à la surveillance des internautes. Pour ce rapport 2013, RSF s'est concentré sur cinq pays appliquant une surveillance généralisée de leurs citoyens, et sur cinq entreprises leur fournissant les moyens de cette surveillance.

Contrairement aux années précédentes, l'organisation n'a pas édité de liste générale des pays "ennemis" du réseau ni de liste des Etats "sous surveillance" pour leurs mesures allant à l'encontre de la liberté sur d'Internet. "Cette année, nous aurions pu ajouter plein d'autres pays à la liste 'sous surveillance', comme le Pakistan, l'Azerbaïdjan, le Royaume-Uni... Cette liste, qui fonctionnait bien avant, serait devenue trop longue", explique Lucie Morillon, directrice de la recherche chez RSF. Plutôt qu'un rapport figé, l'organisation a préféré un site évolutif et ciblé, à même d'être enrichi au fil des mois.

LA SURVEILLANCE S'INTENSIFIE

Pour Reporters sans frontières, les pays ayant appliqué le contrôle le plus strict des réseaux en 2012 sont le Bahreïn, la Chine, l'Iran, la Syrie et le Vietnam. Pour chaque pays, le rapport détaille les moyens de répression utilisés, notamment les logiciels espion, le vol de comptes sur les services Internet ou la surveillance ciblée et le piratage de connexions.

Ces derniers mois, la Chine et l'Iran ont notamment attaqué les moyens de contournement de la censure. La première cible sont les réseaux privés virtuels (VPN), qui permettent d'accéder à des sites bloqués par une connexion chiffrée, donc difficilement identifiable. En décembre, la Chine a ainsi décidé de bloquer les VPN que les autorités n'ont pas labellisé. Pour sa part, l'Iran a entamé le blocage de ces VPN non-labellisés début mars, en promouvant en parallèle son "Internet national" contrôlé.

GUERRE CONTRE LES VPN

"On peut parler d'une guerre contre les VPN. Il y a un caractère contextuel, avec les élections en Iran en juin 2014, par exemple. Mais surtout, ces pays ne veulent pas revoir les scènes des années précédentes dans d'autres pays. Il y a un bras de fer entre les autorités et les acteurs de l'information, les activistes... Soit entre les meilleurs moyens de lutter contre les murailles électroniques et leur suppression", détaille Lucie Morillon.

"La Chine et l'Iran ont été très actifs en matière de sophistication et de maîtrise de l'outil, mais il y a aussi la Syrie", qui a d'ailleurs coupé l'accès à Internet à ses habitants en novembre, ajoute Mme Morillon. "La lutte contre les VPN demande des moyens techniques et humains importants. Si ces trois pays sont arrivés à un tel niveau de sophistication et de volonté, il n'y a pas de raisons que ces compétences ne soient pas transférées à d'autres pays autoritaires", anticipe la responsable.

La France, elle, reste sous surveillance de RSF, notamment sur les questions de filtrage administratif ou sur la coupure de connexion Internet par Hadopi. L'organisation de défense des libertés indique rester vigilante, notamment sur les résultats de la mission Lescure, qui donnera la direction à suivre pour l'avenir de la Hadopi et du contrôle des contenus "illicites" sur Internet.

DES ENTREPRISES EUROPÉENNES

Cette liste de pays autoritaires s'accompagne, pour la première fois, de celles des entreprises leur fournissant les moyens de surveillance. Pour RSF, les sociétés américaines et européennes Amesys, Blue Coat, Gamma, Hacking Team et Trovicor sont les principaux alliés techniques de ces régimes, repérés dans les dispositifs de plusieurs pays "ennemis d'Internet". Ces technologies, souvent présentées comme neutres, seraient ainsi utilisées contre les opposants.

La société française Amesys, filiale de Bull, est d'ailleurs sous le coup d'une enquête en France, étant accusée de complicité de torture en Libye par la Ligue des droits de l'homme (LDH) et la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). La société française aurait fourni ses technologies de surveillance au régime de Mouammar Kadhafi, lui permettant d'identifier et d'arrêter des opposants, torturés par la suite.

"On a une banalisation de la surveillance et une sophistication des outils", explique Lucie Morillon. "Quand on voit ce dont les produits listés dans le rapport sont capables, ça pose de vraies questions. Les journalistes et acteurs de l'information sont de plus en plus vulnérables, sans qu'ils se rendent compte de cette surveillance invisible", prévient-elle. "La collaboration des entreprises avec ces régimes est un sujet suivi depuis longtemps par RSF. En 2005, nous révélions la condamnation du journaliste chinois Shi Tao, sur la base d'informations fournies par Yahoo!", suivie d'une seconde, renchérit la directrice de la recherche de RSF.

CONTRÔLER LES EXPORTATIONS

Le contrôle de ces technologies de surveillance est d'ailleurs un sujet politique montant. "Des pays défendent publiquement la liberté d'expression et des dissidents, mais accueillent des entreprises qui fournissent des technologies de surveillance", explique Mme Morillon. "Depuis deux ou trois ans, il y a tout de même des exemples de dégâts concrets publiés, notamment dans les pays qui ont connu le printemps arabe. Désormais, on sent des initiatives politiques [pour limiter ces technologies et leur commercialisation], mais il faut que les mesures soient contraignantes, et non simplement des déclarations", argumente l'organisation.

En France, l'organisation souligne "une volonté de contrôler ces exports" dans la "feuille de route numérique" publiée début mars. "Il faut impérativement que des mesures soient prises très rapidement, que l'affaire Amesys soit l'occasion pour les autorités françaises de prendre à bras-le-corps le problème", notamment pour "envoyer un message" à d'autres pays occidentaux, réclame l'organisation de défense des libertés.

En Allemagne, RSF indique que le parti vert a déposé un projet de loi pour contrôler l'exportation de ces technologies. Outre-Atlantique, "les Etats-Unis ont interdit l'export de ces matériels vers la Syrie et l'Iran... Mais il y a d'autres pays ! C'est pour ça que le Global Online Freedom Act [une proposition de loi destinée à empêcher aux entreprises américaines de collaborer avec les pays autoritaires] doit être adopté rapidement", déclare l'organisation.

Fin novembre, RSF a lancé We Fight Censorship, un site proposant notamment un "kit de survie", des outils et méthodes pour se protéger de la surveillance et de la censure numérique.

Lemonde.fr

Rewmi

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