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Boyo Célestin Koussoubé de l'ADF/RDA : « Nous allons demander au tribunal d'annuler l'élection du maire de Bobo »

59 conseillers municipaux ont refusé de participer à l'élection du conseil municipal de Bobo-Dioulasso, le samedi 9 mars 2013 pour des raisons de vice de forme. Dans l'entretien qu'il nous a accordé le lendemain, Célestin Koussoubé de l'ADF/RDA revient sur les raisons de ce boycott et le recours qu'ils comptent formuler pour demander l'annulation de l'élection de ces organes dirigeants de la commune.

Sidwaya (S.) : Quelle appréciation faites-vous du nouveau Conseil municipal de Bobo-Dioulasso mis en place en l'absence de 59 conseillers ?

Boyo Célestin Koussoubé (B.C.K.) : Mon appréciation n'est pas tellement favorable parce qu'un Conseil amputé de tant de conseillers pose problème. Quand on commence une élection dans une ville avec des problèmes, surtout une ville de l'importance de Bobo-Dioulasso, ce n'est véritablement pas une bonne chose. Je crois qu'on n'aurait pas dû s'entêter à tenir ce conseil dans ces conditions et il fallait chercher un apaisement par le dialogue afin que l'ensemble des conseillers soient présents. Ainsi, ils se sentent concernés par les problèmes de la commune. C'est donc un mauvais départ pour la commune de Bobo-Dioulasso.

S. : Finalement, l'élection des organes dirigeants de la commune s'est faite sans vous. Quelle conduite les partis politiques, dont le vôtre, compte tenir ?

B.C.K. : Les partis n'étaient pas contre le principe de l'élection mais nous avons simplement dit que le ministère a élaboré un guide de procédure qui stipule qu'on commence par les conseils d'arrondissement à Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou. Du reste, nous avons déjà été convoqués pour les conseils d'arrondissement et brusquement, on change pour dire qu'on commence par le conseil municipal. Nous trouvons que cette façon de faire n'est pas correcte et que Bobo-Dioulasso ne mérite pas toujours qu'on fasse des choses qu'on ne comprend pas et auxquelles il n'y a pas d'explications claires sous prétextes de raisons sécuritaires. Bobo-Dioulasso a fait des élections vraiment apaisées et même plus qu'à Ouagadougou où les choses se sont passées selon le Code de procédure.

Qu'on le veuille ou pas, cette décision est incompréhensive et c'est normal que nous manifestons notre mécontentement afin qu'on inverse les choses pour qu'elles se passent normalement. Si on avait commencé les élections par les arrondissements, nous allions participer. Nous savons que le CDP a la majorité et ce n'est pas une question de contester pour contester mais il faut qu'on respecte Bobo-Dioulasso. Il est écrit que Bobo-Dioulasso et Ouagadougou sont des communes à statut particulier et il faut respecter la loi, sauf si on veut se foutre des populations de Bobo-Dioulasso. Nous allons donc écrire aux juridictions compétentes parce que personne n'a cherché à casser ou à manifester. Nous allons leur demander de se prononcer sur ce cas afin de nous dire si c'est possible qu'on élise le conseil municipal sans un bon nombre de conseillers municipaux. Le Code électoral dit que le conseil municipal se réunit et que c'est parmi ses membres qu'on désigne le maire et ses adjoints à la majorité absolue. Nous ne sommes pas contre mais nous ne sommes pas d'accord qu'on tienne le conseil sans la présence de tous les conseillers.

S. : Votre parti politique, l'ADF/RDA, a boycotté cette élection, mais quatre de vos conseillers y étaient. Comment cela s'explique-t-il ?

B.C.K. : Cela peut s'expliquer parce que vous connaissez le niveau des conseillers et la corruption rampante dans ce milieu. Ce sont des gens à qui on propose de l'argent. Ils n'ont simplement pas respecté la discipline du parti. En tant que conseillers, ils peuvent aller voter mais il faut suivre la discipline du parti si vous êtes des militants convaincus. C'est déjà un signe que dans notre parti, il y a quelque part des traitres et donc des gens sur qui on ne peut pas trop compter. Nous ne sommes pas contre le fait qu'un conseiller vote le CDP si on estime que le candidat du CDP est bon. Mais nous avons posé un principe qui était de ne pas inverser l'ordre des élections et nos conseillers devaient suivre notre mot d'ordre. Ceux qui ne l'ont pas fait étaient pourtant à une réunion où on a décidé ensemble de ne pas aller à l'élection. Cela veut dire donc qu'ils ont été soudoyés et corrompus, même si c'est eux seuls qui peuvent expliquer leur décision.

S. : L'une de vos conseillères, en l'occurrence, Aminata Traoré, a même été élue présidente de commission. Quelle sera l'attitude du parti à son égard ?

B.C.K. : Pour le moment, nous disons que nous ne sommes pas d'accord avec ce conseil dans son intégralité. Ce n'est donc pas à dire que nos allons prendre des mesures contre notre conseillère qui a été certainement appelée avec la proposition de ce poste. C'est son intérêt personnel qu'elle cherche. C'est une conseillère et elle a le droit d'élire et d'être élue et nous n'avons pas de dispositions à prendre contre. D'ailleurs nous la félicitons dans le cadre de ce conseil mais nous n'approuvons pas l'ensemble de la procédure. On n'est pas contre le fait que quelqu'un de l'ADRF/RDA soit élu si les autres conseillers qui l'ont élu estiment que la personne a les compétences et c'est tant mieux parce que cela permet à notre parti d'avoir un conseiller dans le conseil municipal.

S. : Vous dites que vous allez cependant participer à l'élection des maires d'arrondissements. Est-ce à dire que vous n'allez pas participer aux sessions du conseil municipal durant tout le mandat ?

B.C.K. : La mise en place des conseils d'arrondissement se fait selon la règle édictée par le code de procédure. Pour nous, les choses commencent demain (NDLR : lundi 11 mars 2013) par les arrondissements et nous allons y participer et nous ignorons le conseil de la commune. Pour les arrondissements, il n'y a aucun problème. Nous sommes démocrates et les partis que nous sommes, notamment l'ADF/RDA, l'UPC, l'UNIR/PS, le PDS/Metba et le RDB nous y allons et si nous gagnons, tant mieux. Le conseil municipal qui a été élu est boîteux. Nous allons donc demander aux juridictions compétentes de l'annuler et si elles ne le font pas, nous allons aviser. Nous attendrons leur réaction par rapport à une requête que nous sommes en train de déposer parce qu'il faut attendre qu'on affiche et que dans les 72 heures nous puissions réagir. Nous allons réagir parce que nous avons déjà élaboré un document pour demander au tribunal administratif de Bobo-Dioulasso d'annuler ce conseil parce qu'il n'est pas conforme au code électoral.

Entretien réalisé par Jean-Marie TOE

Sidwaya