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Energie solaire : Des solutions alternatives aux délestages

Avec une demande qui dépasse l'offre en cette période de grande chaleur, la production énergétique de la SONABEL ne satisfait pas les attentes des consommateurs. Les différents délestages l'attestent. Quelles sont les solutions alternatives que le solaire peut offrir en ces temps de délestages ? Les réponses d'Emmanuel Kaboré, directeur de Projet production solaire (PPS), une entreprise qui travaille dans le domaine de l'énergie solaire.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous présenter l'entreprise PPS ?

Emmanuel Kaboré : Le projet production solaire (PPS) est une entreprise spécialisée dans le domaine de l'énergie solaire et de l'optimisation énergétique. Nous sommes une jeune entreprise avec un personnel composé de dix huit employés permanents. Nous faisons les installations électriques solaires, les installations solaires photovoltaïques, les installations de pompes solaires.

Lefaso.net : comment se porte le PPS aujourd'hui ?

Emmanuel Kaboré : Malgré les contraintes quotidiennes, notre entreprise évolue doucement. Les clients commencent à nous connaître, à nous faire confiance et à parler de nous à leur entourage. De ce fait, notre portefeuille clients a augmenté. Nous travaillons également à communiquer davantage dans les médias pour que le public puisse nous connaître, connaître nos produits et nos prestations de service et surtout connaître l'importance de l'usage de l'énergie solaire et les avantages y relatifs.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous parler des contraintes majeures que PPS rencontre dans l'exercice de ses activités ?

Emmanuel Kaboré : Nous avons des contraintes par rapport au prix de nos produits et prestations de service. Le prix constitue un obstacle important qui freine la décision d'achat du consommateur. Nous aurions aimé que tous les Burkinabè puissent bénéficier des produits et services que nous offrons mais pour le moment, nous reconnaissons que l'énergie solaire a un coût assez élevé. Disposer d'un personnel qualifié pour offrir des prestations de qualité est également une autre difficulté que nous rencontrons. Il nous est difficile d'avoir des candidatures de personnes qualifiées, expérimentées et très compétentes sur le terrain. Nous recevons beaucoup de demandes d'emploi qui ne correspondent malheureusement pas au profil que nous recherchons généralement.

Lefaso.net : PPS a-t-il de grands projets actuellement ?

Emmanuel Kaboré : Oui nous en avons. Actuellement nous travaillons avec quelques banques de la place pour voir dans quelle mesure elles peuvent accompagner financièrement les clients dans leur projet d'usage d'énergie solaire. Dans ce cadre, les banques vont octroyer des crédits aux personnes intéressées qui feront le règlement par tempérament.

Nous nous sommes aussi approchés de quelques ministères pour étudier les possibilités de faciliter l'accès à l'énergie solaire pour les fonctionnaires qui sont en poste dans les zones non encore électrifiées. Nous voyons avec ces ministères comment ces fonctionnaires peuvent bénéficier des installations solaires et faire les règlements par tranche.

Un autre projet que nous avons est en relation avec la SONABEL (société nationale burkinabé d'électricité). Nous voulons que la SONABEL permette un certain type d'installations qu'on appelle installations de raccordement au réseau ou de soutien au réseau. Ce type d'installation va diminuer le coût des installations solaires. A PPS, nous sommes compétents pour faire ce type d'installation. Nous demandons donc à la SONABEL de mettre en place une structure de contrôle pour permettre ce type d'installations. Ainsi, les usagers d'installations photovoltaïques n'auront plus à utiliser les batteries qui ont un coût énorme et la SONABEL pourrait racheter le surplus d'énergie produite par ces personnes pour la consommation de ses clients.

Lefaso.net : Nous traversons actuellement une crise énergétique (les différentes coupures d'électricités l'attestent), quelles solutions PPS propose-t-il aux ménages ? Aux entreprises ? Et quels sont les différents coûts ?

Emmanuel Kaboré : Actuellement avec les délestages, nous avons des installations « secours en solaire » que nous proposons aux ménages et aux entreprises via la SONABEL. Nous proposons ces installations pour qu'en cas de coupure d'électricité à la SONABEL, les bénéficiaires puissent disposer toujours de l'énergie pour continuer à travailler. L'intérêt de ce type d'installation, c'est que même si la coupure d'électricité durait un mois, l'énergie emmagasinée répondra au besoin énergétique du client. Ainsi, cela réduirait considérablement sa facture énergétique. Ce qui est différent de l'usage du groupe électrogène par exemple. Pour les prix des installations, ils dépendent des équipements qu'on veut prendre en charge chez soi ou en entreprise. Pour les ménages, les prix commencent à partir de 500 000 F CFA. Pour les entreprises, ils varient entre 1 400 000 F CFA et 12 000 000 F CFA. Nous faisons ces installations de sorte que même sans coupure d'électricité, le client puisse utiliser l'énergie produite par le solaire. Nous disposons aussi de kits solaires pour recharger les téléphones portables, charger les piles, écouter la radio... Ces kits coûtent entre 8 000 F CFA et 50 000 F CFA.

Lefaso.net : Généralement, le public trouve exorbitant le coût des produits solaires. Que leur répondez-vous ?

Emmanuel Kaboré : Le coût des produits solaires est élevé du fait de la faiblesse de la demande. Du coup, les fournisseurs ne peuvent pas faire une économie d'échelle. Si la demande devient grande, les prix baisseront certainement. Cependant, nous notons que les prix ont été divisés par deux, voire par trois depuis 2005 par exemple. Cela s'explique par le fait que les autorités burkinabè aient détaxé les produits solaires et aussi par le fait qu'ils soient de plus en plus consommés.

Lefaso.net : Avez-vous un mot pour la fin ?

Emmanuel Kaboré : Nous voudrions dire aux populations que nous professionnels évoluant dans le domaine de l'énergie solaire sommes en train de nous organiser afin de pouvoir leur offrir des prestations de qualité. Nous espérons avec l'accompagnement du gouvernement, mettre en place une structure qui va réguler les activités de ce domaine. Nous invitons les populations à s'adresser aux professionnels pour les conseils et pour l'achat de leurs produits. Cela leur évitera de faire de mauvais investissements.

Interview réalisée par Patindé Amandine KONDITAMDE
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